^^ ED.PEIIRÎER-J.SALMON ILAVIE DES ANIMAUX n ILLUSTRÉE LJ^JS OISEAUX .msK im^ kTr~-^l^ 1^ l\ A^^:>^ rX. QL674 .S35 f^ fr-' r -W:^ n -^-. ^-^ .^--v ^, H ^r^r^- pc^-o- .Se\ 0^ 1 FOR THE PEOPLE FOR EDVCATION FOR SCIENCE LIBRARY OF THE AMERICAN MUSEUM OF NATURAL HISTORY ~^'}^^^%f r^f^ :;K*!/^. .:/" im . .J< ^9i .^V '.^P^^^^^^-^ F^-Ç.^r/^^^4?^ r^m ^rê^^'^y^^- l^^l^'rwr '^^^^fS^^^ u f.rrC^, JfMfrl _^(«^A/^^ LA VIE DES ANIMAUX ILLUSTRÉE Les Oiseaux iririt* LIBRAIRIE J.-B. BAILLIÈRE ET FILS, PARIS EDMOND PERRIER LA VIE DES ANIMAUX ILLUSTRÉE Les Mammifères Par A. MENEGAUX A 1 D E - N A T U B A L I s T E AU M L' S É r M 2 vol. gr. in-8 avec 80 pi. en couleurs ei nombreuses photogravures par W. K.I HNERT. 40 Ir. L es Oiseaux Par J. SALMON CONSEBVATllK ADJOINT Uf MISÉIM d'hISTOIRE NATLBELLE DE LILLE 2 vol. gr. in-8 avec 63 pi. en couleurs ei nombreuses photogravures par \\'. KlllNERT. 40 Ir. 1715-04. — CoRBKiL, Imprimerie Éd. Crkté. LA VIE DES ANIMAUX ILLUSTREE sors LA DIRECTION DE EDMOND PERRIER DDECTELR DU MLSÉLM d'hISTOIKE NATrBELLF. DE PIBIS, MEMBRE DE l'aCADÉMIE DES SCIENCES Les Oiseaux,^ JULIEN SALMON CONSERVATEUR ADJOINT DU MUSÉUM d'histoire NATURELLE DE LILLE 63 PLANCHES EN COULEURS ET NOMBREUSES PHOTOGRAVURES D'après les Aquarelles et les Dessins originaux de W. KUHNERT PARIS LIBRAIRIE J.-B. BAILLIERE et FILS ig, RCE HAUTEFEIILLE, PRÈS DU BOULEVARD SAINT-GERMAIN Tous droits réservés. • ••• (^0(^ oé. ^é^f't- ^"^ ■^' LA VIE DES ANIMAUX ILLUSTRÉE Les Pigeons Les Pigeons ou Colombidés établissent la transition entre les Passereaux et les Gallinacés, mais ils forment cependant, par leurs caractères, leurs mœurs et leur mode de reproduction, une famille très homogène. Caractères. — Ils sont de taille mo^yenne ; leur corps est ramassé; leur tête petite ; leur cou et leurs pattes sont courts. Le bec, chez ces Oiseaux, est assez grêle ; il est mou à la base, corné à la pointe, celle-ci bombée et plus ou moins crochue. Les narines, en forme de fente longi- tudinale, sont percées dans une épaisse membrane et recouvertes d'une écaille renflée et nue. Les ailes sont de longueur médiocre, mais pointues. La queue, ordinairement composée de douze rectrices, exceptionnellement de quatorze ou seize, est généralement courte, un peu arrondie. Les tarses, courts, scutellés, se terminent par quatre doigts articulés au même niveau, et dont trois dirigés en avant et unis à la base, le quatrième en arrière libre; les ongles sont courts et presque droits. Cette disposition des pattes permet à l'Oiseau une marche assez facile sur le sol, mais peu rapide. Le plumage serré, lisse, est formé de grandes plumes rigides, larges, arron- dies, duveteuses à la base; les couleurs tendres y prédominent, relevées parfois au cou et à la poitrine par de jolis reflets métalliques. Les deux sexes portent sensiblement la même livrée. Au point de vue anatomique, les Pigeons ressemblent beaucoup aux (ialli- nacés; ils n'en diffèrent que par quelques particularités, telles que la brièveté des CiKcums, le plus grand développement du système pneumatique, mais ce qui La vie des animaux illustrée. IV. — I [2] LES PIGEONS. 2 les caractérise surtout, c'est l'existence d'un jabot pair qui, à l'époque de la reproduction, sécrète un liquide crémeux destiné à l'alimentation des jeunes. Habitat. — Les Pigeons sont répandus dans toutes les contrées de la terre. Ils vivent par couples ou en bandes nombreuses dans les forêts elles steppes, aussi bien que dans les régions montagneuses. La plupart des espèces sont migratrices, quelques-unes sont sédentaires. Mœurs. — On admet généralement que les Pigeons sont des Oiseaux fort bien doués sous tous les rapports. I.,eurs mteurs sont douces et sociables. Ils sont gais, vifs, prudents et même craintifs; leurs allures, assez gracieuses, sont intéressantes à observer. Excellents voiliers, ils se meuvent aussi avec aisance sur le sol. Les organes des sens, surtout la vue, sont, chez eux, bien développés; mais la faculté la plus curieuse qu'ils présentent est une forme spéciale de la mémoire dont il sera question plus loin à propos des Pigeons voyageurs. Leur voix, variable selon les espèces, présente un caractère qui est propre à cet ordre d'Oiseaux, c'est le roiicoiileineiit. Malgré la douceur de leurs mœurs, les mâles se livrent parfois quelques com- bats, et ils ont alors une façon spéciale de combattre, se servant peu de leur bec qui est trop faible, mais se lançant par contre de vigoureux coups d'aile qui finissent par renverser un des adversaires. Leur nourriture est presque exclusivement végétale; les graines en forment la base. Au contraire des autres Oiseaux, ils boivent d'un seul trait, en plon- geant leur bec dans l'eau et en aspirant celle-ci entre leurs mandibules. Les Pigeons sont monogames et les unions paraissent durer toute la vie. Il y a une ou deux pontes par année : chaque couvée se compose de deux œufs d'un blanc pur que les parents couvent alternativement: de ces deux œufs, l'un donne généralement naissance à un mâle, l'autre à une femelle. Les petits naissent presque nus et ont besoin pendant longtemps des soins de leurs parents avant de pouvoir quitter le nid. On a vu, à propos des caractères anatomiqucs, que le jabot des Pigeons sécrétait, à l'époque de la reproduction, une substance crémeuse qui servait à l'alimentation des jeunes. Mais au contraire de tous les autres Oiseaux, ce n'est pas le mâle ou la femelle qui vient apporter la nourriture dans le bec des petits; ce sont ces derniers qui introduisent le bec dans celui de leurs parents pour }' recueillir la bouillie laiteuse, plus ou moins mélangée de graines àdemi-digérées, qui leur est offerte. Il résulte de cette particularité qu'un Pigeon est dans l'impossibilité de nourrir et d'élever un petit Oiseau d'une autre famille que la sienne. Le nid est placé dans des endroits très variables, tantôt sur les branches d'un arbre, tantôt dans un buisson ou dans une crevasse de rocher. Il est négligem- ment construit et peu solide. Classification. — Les Colombidés forment un groupe tellement homogène qu'il est inutile d'y établir des subdivisions. Nous verrons successivement les différents genres d'après l'ordre de leurs affinités qui les lient d'une part aux Passereaux, d'autre part aux Gallinacés. LES COLOMBARS. 13] LES COLOMBARS Les Colombars et les genres voisins forment un terme de passage entre les Passereaux et les Pigeons proprement dits. Caractères. — Ils ont un corps lourd, trapu. Leur bec épais, robuste, est renflé à l'extrémité en forme de pince solide; leurs ailes sont de longueur médiocre, pointues, sub-obtuses ; leur queue mé- diocre, arrondie ; leurs tarses courts, scutellés, en grande partie emplumés; leurs doigts larges et plats, réunis à la base par une membrane formant une sorte de plante de pied. Leur plumage est orné de teintes mé- talliques très vives où domine le vert. LE COLOMBAR D'ABYSSINIE {Pha- lacrotreroii cibyssiiiica). — Caractères. — Cet Oiseau mesure environ o"',33 de long. Il a le dos vert-olive, le ventre jaune; la tète, le cou et la poitrine d'un vert cendré; les plumes des ailes noirâ- tres bordées de jaune ; la queue noire à la base, d'un gris argenté dans sa seconde moitié ; l'iris rouge, l'œil entouré d'un cercle dénudé bleuâtre; le bec bleuâtre à la base, rougeàtre à la pointe; la cire recouvrant les narines, d'un rouge sale ; les pattes jaune orangé foncé. Habitat. — Le Colombar habite l'Afrique centrale et méridionale. Mœurs. — Son existence est essentielle- ment arboricole. Il se tient en sociétés de dix à vingt indi- vidus sur les branches des grands arbres, particulière- ment sur les sj'comores, dont l'épais feuillage l'abrite merveilleusement contre les fortes chaleurs de la journée. Parfois, on le rencontre par paires, et même dans chaque bande les couples ne se séparent pas. Cette particularité, qui indique chez cet Oiseau un instinct très développé de sociabilité, le rapproche des Perroquets avec lesquels il a encore d'autres ressemblances. Ce n'est pas sans raison, d'ailleurs, que les Co- lombars sont parfois désignés sous le nom de Pigt'oiis-Per)-oqia'ls ; leurs cou- Jj^>y^ t-^J ^ Le Colonicallc hérisse. [4] LES PIGEONS. 4 leurs vives, les postures singulières qu'ils prennent en grimpant sur les branches des arbres ou en s'y reposant, leur vol rapide, bruyant, les font ressembler beaucoup à des Psittacidés, pour l'observateur non prévenu. Les Colombars se nourrissent surtout de fruits et de baies. Ils nichent dans les creux des arbres. Les Ptii.onopks. — Proches parents des Colombars, les Ptilonopes sont ori- ginaires de la Malaisie et de i'Occanie. Ils vivent sur les coteaux boisés, se nour- rissent exclusivement de fruits, notamment de figues, de bananes. Le Colomgalle hérissé. — Près des Colombars et des Ptilonopes, se place une espèce très curieuse, le Colomgalle hérissé [Alectra'uas pulcherrimus). Son plumage est presque entièrement d'un beau bleu indigo, à l'exception des plumes du cou et de la poitrine qui sont blanches, étroites, rigides, et sont sus- ceptibles de se hérisser en une sorte de crinière. Cet Oiseau vit dans l'Afrique méridionale et occidentale et à Madagascar. Il se retire dans les bois pendant la nuit et le milieu du jour ; le reste du temps il parcourt les plaines en bandes nombreuses, à la recherche des baies et des graines qui forment le fond de sa nourriture. Les Carpophages ou Muscadivorf.s. — Ils habitent l'Océanie. Leurs mœurs sont celles des Colombars. LES COLOMBES OU PIGEONS PROPREMENT DITS Caractères. — Les Oiseaux que l'on réunit dans le genre unique Colombes présentent les caractères suivants : bec faible, droit, presque égal en longueur à la tète, membraneux et recouvert d'une cire épaisse, molle, dans sa première moitié, corné à la pointe qui est renflée et arrondie ; narines étroites, oblongues, horizontales, percées dans la cire; ailes allongées, pointues, sub-obtuses ; queue ample, ordinairement composée de douze pennes, arrondie ou tron- quée à angle droit; tarses courts, plus ou moins emplumés au-dessous de l'ar- ticulation. On ne peut guère établir dans ce genre que les deux subdivisions reconnues par Degland et qui sont les suivantes : 1° Espèces à tarses plus courts que le doigt médian, assez emplumés au-des- sous de l'articulation, et dont l'aile ne porte, en dessus, ni bande, ni taches transversales noires :.... Grand Ramier: 2° Espèces à tarses aussi longs que le doigt médian, médiocrement couverts au-dessous de l'articulation, et dont l'aile est relevée, en dessus, par des bandes ou des taches transversales noires :.... Petit Ramier, Bi\et. LA COLOMBE RAMIER OU GRAND R\îA\ERyColumba palumbus L.). — Dési- gnée encore sous les noms de Palombe ou de Pigeon des Rois, cette espèce est la plus forte du genre; sa taille est deo°',45. Degland la décrit de la façon sui- vante : Caractères. — Le mâle adulte, en été, a la tête, le cou, le croupion et les 5 LES COLOMBES OU PIGEONS PROPREMENT DITS. [5] couvertures supérieures de la queue d'un cendré bleuâtre ; le dos et les couver- tures des ailes d'un cendré brun ; le derrière et les côtés du cou d'un vert doré, à reflets bleu et cuivre rosette; la partie inférieure du cou ornée de chaque côté d'un croissant d'un blanc de plomb ; le bas du cou en avant et la poitrine d'une couleur vineuse a. reflets ; le ventre, les flancs et sous-caudales d'un gris bleuâtre ; les rémiges primaires brunes bordées de blanc, les secondaires d'un gris brun; la queue d'un cendré foncé en dessus, passant au noir vers l'extré- mité, avec une large bande transversale d'un gris bleuâtre en dessous; le bec rouge de chair, avec le bout jaune orangé et les narines couvertes d'une sorte de poussière blanche; les pieds rouges, les ongles brun de corne, l'iris jaune pâle. La femelle ressemble au mâle, mais le croissant blanc du cou est moins étendu En automne, les deux sexes ont des teintes moins pures. Les jeunes ont une teinte terne et ne commencent à être marqués de blanc que vingt-cinq à trente jours après leur sortie du nid. Habitat. — Le Pigeon ramier habite toute l'Europe, mais il s'y trouve irré- gulièrement répandu. Il est très abondant en Suède et dans les forêts de l'Alle- magne. En France, il est sédentaire dans un grand nombre de localités, migrateur dans d'autres. Il va passer l'hiver dans le nord-ouest de l'Afrique. A l'époque de ses migrations, on le trouve presque partout. Mœurs. — Le Ramier mérite bien son nom de Pigeon des Bois ; son exis- tence est essentiellement arboricole. Mais il se fixe aussi volontiers dans le voi- sinage des habitations que dans les régions désertes; on le voit fréquemment nicher dans les jardins des grandes villes. Il paraît avoir une certaine prédi- lection pour les forêts de conifères, probablement parce que les graines de ces arbres entrent dans son régime. Bien qu'il passe la plus grande partie de son existence dans les cimes des grands arbres, il marche aisément sur le sol, le corps horizontal ou redressé, en inclinant sans cesse le cou en avant, mouvement qui est familier à tous ses con- génères. Son vol est élégant et rapide ; quand il prend son essor, ses ailes frappent l'une contre l'autre en produisant un claquement, qui se transforme ensuite, pendant le vol, en une sorte de sifflement. Son chant est un roucoulement sonore. « Lorsqu'on observe le Ramier en pleine nature, disait Degland en 1867, c'est-à-dire dans les forêts ou dans les campagnes, et lorsqu'on étudie ses mœurs au sein de nos cités populeuses, il semble qu'il y ait en lui deux Oiseaux. Dans le premier cas, on voit qu'il est farouche, méfiant, qu'il fuit l'homme du plus loin et ne se laisse jamais surprendre; dans le second cas, il montre autant et plus de confiance que les races de Gallinacés et de Pigeons qui vivent dans nos demeures depuis des siècles. Ainsi les Ramiers qui habitent les Tuileries, le Luxembourg, loin d'être effarouchés par le nombreux public qui en fréquente les promenades, se rendent familiers au point de venir prendre dans la main, dans la bouche même, les aliments qu'on leur présente. Nous en avons vu jus- qu'à cinq sur les épaules, les bras, les doigts d'un de leurs pourvo3'eurs jour- [6] LES PIGEONS. 6 naliers, et c'était chose excessivement curieuse de les voir se chasser à grands coups d'aile et de bec, pour la possession d'une mie de pain. Peu de nos Oiseaux les mieux domestiques sont à ce point confiants. » Dans les forets, le Ramier passe la nuit et le milieu du jour caché dans le feuillage ; le malin et une partie de l'après-midi, il va à la recherche de sa nour- riture composée de graines, de baies et de fruits : il mange surtout des graines de céréales et de graminées : pois, fèves, haricots, blé, navette, glands, faînes ; il paraît aussi très friand des petites fraises des bois. Au printemps et en été, on le rencontre par couples. Le mâle, avant l'accou- plement, se montre très excité. « Il ne peut rester en place, dit Brehm, il vole, s'élève dans l'air obliquement, frappe violemment les pointes des ailes, qu'on entend battre de très loin, descend en planant, et continue ce jeu pendant long- temps. Sa femelle le suit quelquefois: mais, d'ordinaire, elle reste perchée, et l'attend tranquillement. Il revient généralement auprès d'elle après avoir exécuté ses évolutions aériennes. Jamais je n'ai vu deux mâles se battre pour posséder une femelle. » Le Ramier établit son nid dans les grands arbres, sur les branches qui ont une direction oblique par rapport au sol, et à une faible distance du tronc. C'est au mâle qu'est dévolu le rôle le plus actif; c'est lui qui, durant des heures entières, va ramasser sur le sol ou sur les arbres voisins, des bûchettes, des brindilles, des racines, que la femelle assemble à son gré. La construction achevée présente l'aspect d'une plate-forme presque à claire-voie, dont les maté- riaux sont grossièrement enchevêtrés, et qui paraît exposée à s'effondrer au moindre vent. Mais il n'en est rien, comme l'a fort bien montré O. des Murs, par la remarque suivante : « A la négligence apparente, dit cet auteur, avec laquelle semble construit le nid du Ramier et celui de toutes les espèces forestières de Pigeons, nous croyons que l'on a toujours été dans l'erreur, quant à l'appré- ciation qu'on en a faite, et au jugement qu'on en a porté. Ce nid, qui parait effectivement plutôt une ébauche qu'une œuvre achevée, est tellement léger que, du pied des arbres où il pose, on voit le jour au travers, et qu'on peut non seulement compter en quelque sorte les bûchettes qui le composent, mais même apercevoir la femelle quand elle s'y trouve. Nous voyons, au contraire, dans ce fait, non un indice de négligence de ces Oiseaux, mais une preuve de leur instinct. Sauvage et inquiet comme est le Pigeon ramier, il a besoin de voir ce qui se passe auprès et autour de lui, même et surtout quand il couve. De là, ce tissu lâche et à claire-voie qu'offre le nid, et qui permet à l'Oiseau de plonger, pour sa propre sécurité, jusqu'au bas de l'arbre dont il occupe le faîte. » Brehm, de son côté, affirme n'avoir jamais vu un seul de ces nids qui eût été renversé par le vent. Parfois le couple s'empare du nid abandonné d'un autre Oiseau, ou même d'un Ecureuil et l'approprie à ses besoins. Il y a, en général, deux couvées par an, la première dès la fin de mars, la seconde à la fin de juin. Le nombre des œufs n'est jamais de plus de deux par couvée, et quelquefois même d'un seul. Ces œufs sont oblongs, presque égale- 7 LES COLOMBES OU PIGEONS PROPREMENT DITS. [7] ment obtus aux deux bouts, et d'un blanc pur ou d'un blanc légèrement teinté de bleuâtre. Les parents semblent témoigner peu d'attachement envers leur progéniture, fait assez singulier si l'on songe à la tendresse qu'ils se prodiguent ii l'époque de l'accouplement, et que les poètes ont souvent célébrée. Si, en effet, on chasse la femelle de son nid, elle abandonne ses œufs ou ses petits. Ces derniers naissent presque nus comme tous les autres Pigeons. Ils ont longtemps besoin des soins de leurs parents qui les nourrissent d'abord de la substance crémeuse sécrétée par leur jabot, puis de graines ramollies, et les réchauffent alternativement jusqu'à ce que leurs plumes aient commencé à pousser. Les repas sont, chez ces Oiseaux, réglés avec une précision mathéma- tique : le premier a lieu vers neuf heures, le second vers quatre ou cinq heures. Jamais les petits n'ont à manger en dehors de ces heures régulières. A l'automne, les Ramiers qui se disposent à émigrer se réunissent en bandes nombreuses ; ils se répandent alors dans les champs et les prairies, où ils vont glaner les grains de blé, de chanvre, de millet, laissés par les moisson- neurs. L'époque des brouillards arrivée, ils se dirigent vers le sud, en bandes com- pactes. Ils voyagent de préférence de grand matin et par la brume, évitant ainsi la rencontre des grands Oiseaux de proie qui guettent leur passage. Chasse. — La chasse au Ramier se pratique en grand dans certaines localités, notamment dans les Pyrénées-Orientales, à ses passages annuels du printemps et de l'automne, en même temps que celle du Colombin dont il sera question plus loin. Le Ramier étant considéré comme nuisible aux récoltes, sa chasse est d'ailleurs permise en tous temps. Captivité. — Malgré son naturel assez farouche, le Ramier s'apprivoise faci- lement et peut être conservé dans une grande volière. Sa reproduction offre cependant d'assez sérieuses difficultés. LA COLOMBE COLOMBIN {Columba œnas L.). — Caractères. — Le Colombin est d'une taille inférieure à celle du Grand Ramier ; il ne mesure que o'".'ib de long. Son plumage en est aussi très différent. Le mâle, au printemps, a la tête, le cou et le dessus du corps d'un cendré bleuâtre, plus clair sur le croupion et les sus-caudales ; les reflets métalliques des côtés du cou sont d'un vert violet; la poitrine est d'un rouge vineux; le reste de la face inférieure et les sous- caudales d'un cendré bleuâtre ; les ailes, de même couleur que le dos, sont mar- quées de deux taches irrégulières noires ; les grandes rémiges sont noirâtres, lisérées de gris ; la queue, d'un cendré bleuâtre dans ses deux tiers antérieurs, est noire dans le reste de son étendue, avec la rectrice latérale de chaque côté marquée de blanc en dehors ; le bec rouge avec la pointe jaune ; l'iris rouge brun; les pieds rouges. En automne, les teintes de l'un et l'autre sexe sont plus sombres, et les reflets métalliques du cou tirent sur le verdcàtre. Habitat. — Le Colombin est répandu dans toute l'Europe jusqu'en Sibérie. En France, il s'établit surtout dans les grandes forêts du centre et du nord. [8] LES PIGEONS. 8 Il émigré dans le nord de l'Afrique, à l'automne, en compagnie souvent du Grand Ramier. Mœurs, -- Par ses allures et par ses mœurs, il diffère peu du Ramier. Ses mouvements paraissent cependant un peu plus vifs, sa démarche plus dégagée ; il s'agite et roucoule presque toute la journée. Sa nourriture se compose de graines de céréales, de légumineuses, de chènevis, de glands, de semences de pin et d'autres conifères. D'un naturel très farouche, il fuit le voisinage de l'homme, et habite de pré- férence les grands bois toulTus. Un couple de Colombins est, d'après Brehm, un vrai type d'amour conjugal. Le mâle ne quitte pas sa femelle; il reste près d'elle, la distrait par ses roucou- lements et l'accompagne si elle est chassée de dessus ses œufs. De plus, les deux parents déploient, pour défendre leur couvée, un courage remarquable que l'on chercherait en vain chez les couples du Grand Ramier. Le Colombin niche dans les cavités des vieux troncs d'arbres, ou dans l'angle de bifurcation des grosses branches. Les œufs au nombre de deux, rarement de trois, sont semblables à ceux du Ramier, mais un peu plus petits. Il y a deux et même trois couvées par année. Le Colombin a beaucoup d'ennemis à redouter, notamment les Oiseaux de proie et les petits Carnassiers. Brehm, cependant, cite un exemple peut-être unique où l'on trouva sur un même arbre un nid de Colombin et au-dessous, dans un trou de l'arbre, un nid de Martes. Chasse. — Les Colombins émigrent à des époques très régulières. Aussi sont-ils l'objet de chasses très importantes à leur passage dans le midi de la France, notamment dans les Pyrénées, où ils sont désignés à tort sous le nom de Bisets. Le premier passage a lieu au mois de mars, et dure une vingtaine de jours. Le passage d'automne commence dans les derniers jours de septembre et se prolonge souvent jusqu'en novembre. C'est par troupes de dix à quarante et même cent individus que voyagent ces Oiseaux, en compagnie souvent de bandes semblables de Ramiers. Les chasseurs des Pyrénées emploient différents modes de chasse en usage depuis fort longtemps, et tous plus ou moins meurtriers. Le plus simple consiste à placer à terre ou sur des arbres assez élevés, dans un endroit de passage connu, quelques Colombins en bois sculpté et peint, des- tinés à attirer l'attention des Oiseaux de passage. Ceux-ci, croyant voir une de leurs bandes au repos, viennent planer au-dessus des arbres ou se posent à terre. L'alarme est aussitôt donnée par une sentinelle qui fait lever la troupe en temps opportun, pendant que les chasseurs, cachés dans une hutte disposée à cet effet, peuvent tirer a volonté. Cette chasse, quelque simple qu'elle paraisse, exige cependant assez de sang-froid et une certaine expérience. Le plumage des Colombins, comme celui de tous les Pigeons, d'ailleurs, est fort serré, de sorte que le plomb qui frappe la poitrine de l'Oiseau n'a pas la force de pénétrer dans les chairs; les Colombins alors s'éparpillent, s'élèvent à une grande hau- teur et sont bientôt hors d'atteinte. Aussi les vieux chasseurs recommandent-ils 9 LES COLOMBES OU PIGEONS PROPREMENT DITS. [9] de ne tirer que quand la bande est au-dessus de la tète du tireur ou l'a un peu dépassé. Dans certaines localités, on emploie pour chasser les Colombins d'immenses filets méthodiquement disposés dans des endroits convenablement choisis. On donne à ces emplacements les noms de palomiéres ou de p.iiitii'7'es, selon que l'on y prend surtout des Ramiers ou des Colombins. On choisit entre deux chaînes de montagnes une gorge large à son ouverture et qui aille en se rétrécissant : à son extrémité doit se trouver une surface plane et unie d'environ cent pas carrés, qu'on appelle yb///t' dans le pays. L'embouchure étroite est entièrement fermée par des filets dont le nombre varie suivant la largeur de la gorge. Ces filets, qui ont chacun huit ou neuf mètres de largeur, sur dix-huit de hauteur, sont hissés, par le moyen de poulies, à des arbres qui n'ont pas moins de 25 à ?5 mètres d'élévation. Ils sont masqués, sur le devant, par une seconde rangée d'arbres élagués dans le bas, pour donner passage aux Oiseaux. Environ 3o mètres en avant des filets est une trèpe, qui consiste en trois troncs d'arbres plantés en triangle, à six pas les uns des autres, rapprochés et liés ensemble par le haut avec une chaîne de fer. Sur leurs cimes réunies, on construit une cabane qui est occupée par un des chasseurs. Des deux côtés de la gorge, le long de la crête des montagnes, sont également disposées, d'espace en espace, des cabanes sur des arbres ou sur des éminences naturelles. Chacune de ces cabanes recèle un chasseur. Lorsqu'une volée de Colombins ou de Ramiers, engagée dans la gorge, veut franchir la crête, le chasseur le plus à portée lui lance un matou, espèce de palette blanchie et emplumée, qui imite grossièrement un Oiseau de proie. Les Oiseaux effrayés rétrogradent et fondent souvent jusqu'à terre. Ils sont ainsi maintenus successivement, d'un chasseur à l'autre, dans la direction des filets. Au moment où ils dépassent la trèpe, le chasseur posté dessus leur décoche, à son tour, tou- jours en queue, jamais par devant, un Oiseau empaillé ou un matou. Les Colombins épouvantés se jettent les uns sur les autres : on lâche une détente, et Oiseaux et filets, tout est précipité pêle-mêle à terre. Captivité. — Le Colombin s'apprivoise encore plus aisément que le Ramier, et se reproduit en captivité, fait qui s'observe rarement chez le Ramier. L/V COLOMBE BISET OU PIGEON DE ROCHE {Columba livia L.). — Cette espèce est la plus intéressante du genre Colombe; on la considère comme la souche de toutes les races actuelles de Pigeons domestiques. Caractères. — Sa taille est de o°',32. Son plumage est d'un gris ardoisé, avec des reflets chatoyants verts et vert violet sur les côtés et le bas du cou; le crou- pion d'un blanc pur; les ailes barrées transversalement de noir et marquées d'une grande tache de même couleur sur les pennes les plus rapprochées du corps; les rémiges et les rectrices terminées de noir; la rectrice la plus externe blanche sur ses barbes externes dans presque toute son étendue; le bec brun, la cire qui recouvre les narines d'un blanc farineux; l'iris et les pieds rouges. [iO] LES PIGEONS. 10 La femelle a la même livrée que le mâle, mais les teintes en sont moins vives; elle est aussi de plus petite taille. Les jeunes, à la sortie du nid, ont aussi des teintes ternes, mais ils se distin- guent aisément desColombins par leur croupion blanc et la large bande noire de l'aile. Variétés. — On a décrit comme espèces distinctes du Biset [C. Liria) de simples variétés géographiques, parmi lesquelles le C. amaliœ, le C. affinis, le C. inteviiiedia. Cette dernière seule, ou Biset sauvage de l'Inde (C. interme- dia de Strickelandi, pourrait être considérée jusqu'à un certain point comme une race distincte du Biset d'Europe. Elle difl'ère de celui-ci par la couleur du croupion qui est bleue au lieu d'être blîfnche. Mais ce caractère tiré de la cou- leur du croupion n'a qu'une faible valeur, il est très variable et disparait même complètement sous l'influence de la domestication seule. Il n'y a donc, en réalité, qu'une seule espèce de Biset sauvage. Habitat. — Le Biset habitait autrefois une grande partie de l'Europe et de l'Asie; les côtes rocheuses de la Suède, de la Norvège, de l'Angleterre, de l'Ecosse, et toutes les îles et côtes du bassin méditerranéen; certaines régions de la Russie, les bords du ^'oIga, le Caucase. En France, il nichait sur les bords de la Meuse, sur quelques rochers des bords du Rhône, et dans un grand nombre d'autres localités, Pyrénées, Bre- tagne, Normandie. Aujourd'hui, les individus qui vivent encore à l'état sauvage et se sont con- servés purs de tout mélange, tendent à devenir de plus en plus rares dans les régions où ils ont subsisté, et à se croiser avec les races communes des pigeon- niers actuels. Mœurs. — Le Biset s'établit de préférence sur les rochers et les falaises escarpées des bords de la mer, rarement dans l'intérieur des terres. De là lui est venu son nom de Pigeon de Roche. Aux hides, il niche dans les grottes et les cavernes, près des rivières, en compagnie des .Martinets, et on le désigne sous le nom de Pigeon de Montagne. C'est un Oiseau très farouche, dont la circonspection est plus grande encore que celle de tous ses congénères. Son vol est plus beau et plus léger que celui du Ramier, et aussi rapide que celui du Colombin. Il monte très haut dans les airs, et y décrit de vastes cercles; lorsqu'il redescend, il plane un moment avant de prendre pied, alin d'amortir sa chute. Son genre de vie dilfère peu de celui du Colombin. Comme ce dernier, il est d'une régularité parfaite dans ses habitudes. Les individus d'une même bande passent la nuit en commun dans des rochers inaccessibles. Dès le lever du soleil, ils sortent de leur abri et se mettent en quête de nourriture, après quelques évolutions préliminaires. C'est alors que les mâles se montrent dans toute leur beauté. Ils enflent leur jabot, hérissent les plumes brillantes de leur cou, étalent leur queue, laissent pendre les ailes et roucoulent avec animation, en abaissant et relevant le cou alterna- tivement et en décrivant chaque fois un demi-cercle. Paisibles et sociables, ces Oiseau.x n'ont de querelles sérieuses qu'à l'époque 11 LES COLOMBES OU PIGEONS PROPREMENT DITS. [11] des amours, mais sans qu'il s'ensuive jamais de dangereuses batailles. Cepen- dant ils montrent dans la recherche de leur nourriture une certaine jalousi- qui se manifeste de la façon suivante : quand l'un d'eux a trouvé une abone dante pitance, il la couvre de ses ailes, comme s'il voulait empêcher ses voisins de profiter de sa bonne fortune. Les Bisets se nourrissent, comme leurs congénères de la même famille, de graines de céréales et de légumineuses, blé, colza, lentilles, lin, fèves sau- vages : en même temps ils avalent aussi des petits cailloux. Gerbe a trouvé dans l'estomac de l'un d'eux une grande quantité de petits Mollusques. Les nichées ont lieu deux fois par an. Dès le commencement du printemps, les mâles roucoulent avec ardeur, et recherchent chacun une compagne. » Une fois le couple uni, dit Naumann, il ne se sépare plus; les deux époux restent ensemble, même hors de la période des amours. Les exceptions sont rares. Le mâle cherche un endroit pour construire son nid : l'a-t-il trouvé, il y demeure, et crie, la tète penchée vers le sol, jusqu'à ce que la femelle arrive. Celle-ci accourt, la queue étalée et relevée, l'agace et fouille avec son bec les plumes de sa tète. Puis tous deux se caressent et l'accouplement a lieu. Lors- qu'il est accompli, ils s'élèvent dans les airs en se jouant, en battant bruyam- ment des ailes, puis ils se reposent et s'occupent silencieusement à lisser leur plumage. Ce manège se répète plusieurs jours de suite; enfin, le mâle pous- sant sa femelle devant lui, jusqu'à l'endroit où doit être construit le nid, va chercher des matériaux, les apporte dans son bec et les remet à sa compagne, qui se charge de les coordonner. » Le nid, placé dans un endroit inaccessible, caverne, anfractuosité de rochers, a une forme aplatie, avec une légère excavation au centre pour recevoir les œufs. Il est grossièrement construit îi l'aide de branches sèches, de brindilles d'herbes, de chaumes desséchés. Les œufs, au nombre de deux, sont d'un blanc pur ou très légèrement lavés d'une faible teinte azurée. Ils sont couvés alternativement par le mâle et la femelle : par le mâle durant le milieu du jour, par la femelle le reste du temps. La durée de l'incubation est de seize à dix-huit jours. Les petits éclosent successivement à un jour ou deux d'intervalle ; ils sont d'abord nourris par la substance crémeuse sécrétée par le jabot de leurs parents, puis avec des graines ramollies, à moitié digérées; enfin ils reçoivent la même nourriture que les adultes. Leur complet développement demande environ un mois, mais ils restent un peu plus longtemps encore en compagnie de leurs parents. Comme les autres Pigeons, ils ont pour ennemis naturels et redoutables, les Oiseaux de proie et les petits Carnassiers. Captivité. — Le Pigeon Biset présente une remarquable aptitude à la domes- tication, mais cette aptitude, qui, si l'on considère les mœurs un peu farouches de cet Oiseau à l'état sauvage, semble au premier abord paradoxale, présente un caractère particulier : le Biset domestique conserve toujours, malgré les soins dont on peut l'entourer, une certaine indépendance, et il est loin de faire preuve de la même soumission, du même esclavage passif qui caractérisent les races actuelles de nos colombiers modernes. [12] LES PIGEONS. 12 Si l'on vient h le déranger pendant ses couvées, il abandonne le colombier ; certains auteurs ont même voulu trouver dans ce fait l'origine du nom de fiiyai'd qu'on lui donnait autrefois, nom qui a cependant une tout autre origine. La domestication du Biset remonte à la plus haute antiquité. En France, avant 1789, c'était le Biset qui formait le fond de la population des colombiers ou fuies \ de là, selon Cornevin, l'appellation de fuyard ou mieux de fuard donnée dans l'ancienne langue française au Pigeon des fermes. Le type domes- tique est peu différent de l'espèce sauvage; il en a conservé la livrée générale et le genre de vie; mais sa taille est un peu plus forte, et son plumage s'est pigmenté de noir ou de brun. Il subsiste encore sous cette forme et dans une demi-liberté dans certaines localités, notamment en Hollande. Des variétés nombreuses, que les éleveurs ont obtenues par la sélection arti- ficielle et des croisements savamment combinés, sont issues les races domes- tiques actuelles qui méritent de faire l'objet d'un chapitre spécial. LES RACES DE PIGEONS DOMESTIQUES L'étude des différentes races de Pigeons domestiques présente un très grand intérêt. Elle forme un des chapitres les plus importants de la biologie, car elle montre les variations considérables que peut subir une espèce sous l'influence de la domestication et d'une sélection artificielle sagement rai- sonnée. Historique. — Les premiers documents qui font mention du Pigeon domes- tique remontent à l'époque de la quatrième dynastie égyptienne. Puis nous apprenons par Pline, qu'au temps des Romains, les Pigeons étaient élevés avec beaucoup de soins, soit pour la table, soit pour le plaisir des amateurs ; on tenait compte de leur généalogie : certaines espèces très appréciées valaient, dit-on, jusqu'à Syo francs la paire. Dans l'Inde, en 1600, un historien de la cour d'Akber-Khan nous apprend qu'il existait alors dix-sept races distinctes, dont huit étaient estimées surtout pour leur beauté. A la même époque, les Hollandais étaient déjà très passionnés pour l'éle- vage des Pigeons, ainsi que nous l'apprend Aldrovande, et la plupart des races actuelles étaient créées, mais non perfectionnées comme elles l'ont été depuis. De nos jours, des sociétés colombophiles se sont fondées dans le monde entier; tandis que certaines d'entre elles s'occupent plus particulièrement de l'amélioration des races d'alimentation ou de fantaisie, les autres cherchent à perfectionner les races de messagers. Origine des races domestiques. — Les belles recherches de Darwin ont démontré que toutes les races connues de Pigeons domestiques descendaient du Biset et aussi de ses variétés décrites plus haut, mais qui n'en sont nulle- ment distinctes spécifiquement. Les principales raisons émises par le célèbre naturaliste pour justifier cette théorie sont les suivantes : 13 LES RACES DE PIGEONS DOMESTIQUES. [13J Toutes les races de Pigeons domestiques, même celles qui paraissent offrir les plus grandes dissemblances, diffèrent moins entre elles et du Bizet sauvage que de toute autre espèce de la famille des Colombides. Elles ont toutes la même conformation, les mêmes habitudes, la même voix, la tendance à un même système de coloration, et ne se distinguent souvent du Bizet que par des caractères d'ordre purement tératologique dont on ne trouve pas d'exemple chez les autres Colombides ; C'est en vain que l'on chercherait dans tout l'ordre des Pigeons un bec comme celui du Tumbler, un jabot comme celui du Boulant, une queue en éventail comme chez le Pigeon-Paon. De plus, toutes ces races se croisent aisément entre elles et avec le Bizet et donnent des métis indéfiniment féconds, avec une tendance à reproduire sou- vent le type primitif du Bizet. Cette particularité de retour atavique vers l'ancêtre primitif est très nette en ce qui touche à la coloration : Les éleveurs savent que quand apparaît, à la suite d'un croisement, un sujet plus ou moins bleu, les ailes sont presque infailliblement marquées des deux bandes noires caractéristiques du Bizet. Si, d'ailleurs, on admet pour les races de Pigeons domestiques l'existence de plusieurs souches distinctes, on est par cela même obligé de supposer que ces souches ont été assez nombreuses, et qu'il y en a eu au moins sept ou huit bien caractérisées. Or, il est douteux que ces espèces primitives, qui devaient avoir les mêmes habitudes que le Bizet, c'est-à-dire vivre sur les rochers, dans des endroits inaccessibles, fussent entièrement disparues avant la période historique. On n'a jamais constaté non plus un retour à l'état sau- vage des espèces domestiques; tandis que le Bizet de colombier a repris sa liberté dans certaines localités avec des caractères à peine modifiés. Aussi, nous conclurons avec l'illustre auteur de VOrigine des espèces : « Il est tout à fait improbable que l'homme soit autrefois arrivé à faire repro- duire libiement, à l'état domestique, sept ou huit espèces supposées de Pigeons, qui seraient totalement inconnues à l'état sauvage, et qui ne redeviennent nulle part marronnes; ces espèces, bien que très semblables au Bizet sous presque tous les rapports, présentant, sous d'autres, des caractères très anor- maux lorsqu'on les compare aux autres Colombides ; la réapparition occasion- nelle de la couleur bleue et des diverses marques dans toutes les races, autant quand elles restent pures que quand on les croise ; la fécondité complète de tous les métis; toutes ces raisons, prises ensemble, nous permettent de con- clure, avec beaucoup de certitude, à la descendance de toutes nos races domes- tiques de Pigeons de la Coliimha liria et de ses sous-espèces géographiques. » Nous allons voir d'ailleurs que la plupart des races domestiques, particuliè- rement les races de fantaisie, ne sont en réalité que des Bizets dont certains caractères d'ordre presque tératologique ont été soigneusement cultivés et entretenus pendant des milliers de siècles à travers les générations de ces Oiseaux, par la sélection artiticielle. Mode de formation des principales races. — De quelle façon ont donc pu être créées les variétés nombreuses qu'on exhibe dans les expositions à la curiosité du public et à l'appréciation des amateurs enthousiastes? La vie lies animaux illustpée. IV. — 2 |14] LES PIGEONS. li Le lîi/.et, maintenu dans une demi-captivité, se reproduit indéfiniment de par les lois de l'hérédité, avec des caractères identiques, mais cet Oiseau est susceptible de variations très nombreuses, si l'on vient a le priver entièrement de sa liberté, à le changer de climat ou à modifier son alimentation. Sous l'influence de ces conditions nouvelles, et d"autres encore peu connues, il a pu apparaître spontanément, parmi certains sujets d'une même couvée, quelques anomalies plus ou moins sérieuses qui auront attiré l'attention des éleveurs. Dès lors, par une sélection consciente ou inconsciente, ces anomalies se seront reproduites et fixées en donnant naissance chacune à une variété particulière. De nos jours, c'est encore sur ce principe que se basent les éleveurs pour conserver et perfectionner les races qu'ils élèvent en vue des concours. Ils choisissent, dans une couvée, les sujets qui présentent au maximum les carac- tères, j'allais dire les monstruosités, qui sont propres a la race cherchée, ils les font accoupler de nouveau avec des sujets semblables, et ainsi de suite, en sacrifiant ou éloignant tous ceux qui ne sont pas purs. Plus tard, des croise- ments entre ces races anormales ont produit des races avec caractères intermé- diaires. C'est à cette sélection artificielle, patiemment suivie, et à d'autres conditions secondaires d'élevage, que l'on doit la production et la conservation de la plu- part des races dites de fantaisie. Classification — Il est difficile d'établir pour les Pigeons domestiques une classification rationnelle, non seulement parce que le nombre des races et des sous-races augmente chaque jour, mais aussi parce que certaines d'entre elles, issues de croisements compliqués, ne trouveraient place dans aucun groupe. D'autre part on ne connaît pas non plus la généalogie de chaque race pure, ou plus exactement les différents termes par lesquels chaque série se relie au Bizet considéré comme le type primitif. Nous suivrons donc forcément un ordre artificiel, en nous basant sur les particularités morphologiques principales qui caractérisent chaque type. Ce système aura l'avantage de rappeler l'origine des diverses races, qui, pour la plupart, sont dues à des anomalies devenues héréditaires par une sélection longtemps continuée ; il se trouvera aussi en parfait accord avec le synopsis de Cornevin reproduit à la fin du chapitre, et qui est d'une réelle utilité pour la détermination rapide des races et des sous-races. Nous étudierons donc successivement : r Les races peu différentes, par leurs caractères morphologiques, du Bizet sauvage : Bi-{et de colombier et ses sous-races, Mondains : 2" Les races caractérisées principalement par une particularité tirée de la forme générale du corps et de la structure du bec : Romains, Messagers, Carriers, Polonais, Tiunblers ; 3" Les races caractérisées principalement par une disposition spéciale de cer- taines plumes du tronc et de la tête : 15 LES RACES DE PIGEONS DOMESTIQUES. [151 CulbiiliTiils à épi, Craralés, Coquilles, Jacobins, Tainbuitrs; 4" Ixs races caractérisées principalement par des dispositions spéciales des plumes de la queue : Sivifls, Pii^eoiis-Poules, Pii^eons de Modèiie, Pigeons-Paons ; 5° Les races caractérisées principalement par un œsophage très dilatable : Boulants, Maillés de Cau.x. Les cinq groupes établis ci-dessus peuvent être considérés comme autant de branches émanées d'une même souche, le Bizet sauvage, et s'étant différenciées chacune dans un sens différent, tout en présentant, de-ci de-là, quelques anasto- moses entre leurs ramifications, d'où sont nées plusieurs races dont la généa- logie est impossible à débrouiller. Remarques. — Parmi les caractères morphologiques secondaires utilisés dans cette classification, il en est qu'on retrouve dans les races les plus éloignées les unes des autres et qui doivent être considérés comme des anomalies incons- tantes d'une faible valeur caractéristique. Ce sont notamment : Ia\ présence de plumes aux lai-ses et aux doigts. On trouve accidentellement ce caractère, non seulement sur des races domestiques, mais aussi sur le Bizet sauvage. La frisure des plumes. Elle est due à un recroquevillement des plumes, se luaniiestant par des ornements variés : cravates, coquilles, huppes. Le soyeux des plumes. C'est l'aboutissant d'une modification des plumes dont le premier terme est la frisure. Elle est caractérisée par la disparition du rachis ou sa division. i"' GRorpi;. - RACES PEr distinctes Dr bizet sal:vace. Ce groupe comprend, d'une part, les races qu'il est impossible de différen- cier du Bizet, autrement que par la coloration ou des particularités spéciales physiologiques, et, d'autre part, une race sans caractères bien tranchés, qui montre une tendance de retour au type primitif. LE BIZET DE COLOMBIER.— H a été décrit et étudié plus haut: nous n'v reviendrons pas. On peut lui rattacher, a titre de sous-races, les variétés suivantes que nous diviserons, comme l'a très judicieusement fait Cornevin, en : i" Sous-races différenciées par la coloration : .Montagnarde, Lune, Satinette, Heurtée, Maillée; 2° Sous-races différenciées par des particularités physiologiques : Volante a tête lisse. Tournante à tête lisse, Culbutante à tète lisse, Pigeons Rieurs. La première division comprend des Pigeons qui ne se distinguent du Bizet que par la coloration seule. La seconde comprend des Pigeons, qui, avec un plumage variable, présentent dans le vol des particularités spéciales ; ces particularités se retrouvent aussi dans d'autres races très éloignées du Bizet. jlG! LES PIGEONS. 10 Soi s-RACE MoNTAGNARDK. — Lcs Pigcons montcignards ont la tctc, le cou, la gorge noirs, rouges, chamois ou bleus, et le reste du corps blanc. Sous-KACiî LuNiî. — Elle est caractérisée par un plumage blanc satiné, lisse, avec un plastron d'un brun rouge et deux barres de même couleur sur les ailes. Les pattes sont courtes et abondamment emplumées. Sous-race Satinkttk. — Les Pigeons de cette sous-race ont, comme leur nom l'indique, un plumage d'un gris-perle satinette. Leurs pattes sont aussi forte- ment emplumées. I! en existe plusieurs variétés. Sous-RACE DES Heurtés. — Il existait des Heurtés nettement caractérisés dès 1676. Ces Pigeons sont remarquables par l'opposition tranchée qui existe entre la coloration du front et de la queue d'une part, et celle du reste du corps d'autre part. Les uns ont le front et la queue noirs, bruns, bleus ou jaunes avec le corps blanc; d'autres ont au contraire le front et la queue blancs, et le reste du corps noir, brun, rouge, bleu, fauve ou maillé. Sous-RACE Maillée. — Ces Pigeons sont ainsi appelés à cause de leur type de coloration; les plumes des couvertures des ailes portent, à l'extrémité, une tache triangulaire de couleur variable, mais qui tranche sur le reste du plumage. Les variétés de Pigeons maillés sont nombreuses. Toutes sont très proli- tiques et d'un bon rendement pour l'élevage. Sous-RACE DES VoLANTS OU Mo\TE-AU-ciEL. — Désignés aussi sous le nom de Pigeons-Hirondelles, ces Oiseaux doivent leur nom à l'habitude qu'ils ont de s'élever dans les airs à une grande hauteur et d'y planer longtemps. A part la coloration, qui est variable et donne lieu à de nombreuses variétés, c'est le seul caractère qui les distingue des Bizets. Cette sous-race est connue depuis fort longtemps, car Belon, cité par Darwin, a vu en Paphlagonie, en i555, ce qu'il décrit comme une chose nouvelle, des Pigeons qui s'élevaient à une telle hauteur qu'on les perdait de vue, et reve- naient ensuite au colombier sans s'être séparés. Sous-KACE DES TOURNANTS OU Claqueurs. — Les Tournants se font remarquer par les allures singulières des mâles à l'époque des amours. Ils s'élèvent à quel- ques mètres au-dessus de leurs femelles, décrivent en volant cinq ou six cercles, alternativement à droite et à gauche, en faisant claquer bruyamment leurs ailes au point de détériorer l'extrémité des grandes rémiges. Sous-RACE DES CuLBUTANTS A TÈTE LISSE. — • On doune le noiB de Cuibiitanls à des Pigeons qiii présentent la singulière particularité d'exécuter, soit en volant, soit en marchant, de véritables pirouettes en arrière. Le nombre et la rapidité des culbutes sont variables selon les sujets: ordinai- rement, on assiste à trois ou quatre culbutes successives, quelquefois davantage et jusqu'il quarante par minute. Il existe des Pigeons culbutants chez plusieurs races distinctes. Ceux dont il est question ici, les Culbutants à tète lisse, ont le port et les caractères morpho- logiques du Bizet. 17 LES RACES DE PIGEONS DOMESTIQUES. [il On peut expliquer ces culbutes soit par une propriété physiologique com- mune a diverses races, ce qui n'éclaircit en rien le problème, soit par une ano- malie encore inconnue dans la structure du S3^stème nerveux, anomalie devenue hérc'ditaire par la sélection et localisée dans le cervelet, le bulbe ou la moelle, ou peut-être même dans les canaux semi-circulaires de l'oreille interne. Dans cette h3^pothèse, il _v aurait peut-être lieu un jour de faire des Culbu- tants un groupe tératologique particulier. Sous-RACE m:s Rieurs. — Aux sous-races basées sur des particularités ph_\sio- logiques, il convient d'ajouter ici les Pigeons Rieurs, qui ne diffèrent en rien du Bizet, mais qui se font remarquer par une voix très singulière, pro- fonde, mélancolique, très différente à la fois et du roucoulement normal et de celui du Pigeon-Tambour. Ils sont originaires de l'Arabie ; ils étaient déjà connus de Moore en 1733. LES PIQEONS MONDAINS. — Cette race n'a, pour ainsi dire, que des carac- tères négatifs, car on donne communément le nom de Mondains à des Pigeons qui ne se rapportent à aucune race bien définie, et qui proviennent de croise- ments divers avec retour à un type voisin du Bizet. Le tour des j-eux est toujours rouge. Le port et l'allure sont les mêmes que chez le Bizet. Cependant certains amateurs assignent aux Mondains des caractères très précis, mais de peu d'importance. On distingue les gros, les moyens et les petits Mondains'^ les premiers sont d'une taille presque égale à celle des Montauban. Les seconds forment une excel- lente race de produit, s'éloignant peu du colombier, et donnant jusqu'à six et huit couvées par année. II' GROrPE. — RACES CARACTÉRISÉES PRINCIPALEMENT PAR UNE PARTICULARITÉ TIRÉE DE LA FORME GÉNÉRALE DU CORPS ET DE LA STRUCTURE DU BEC. A ce groupe appartiennent trois types très différents en apparence : les Romains ou Runls, remarquables surtout par leur taille énorme ; les Messagers et les Carriers, dont le bec fort et allongé est muni à sa base de caroncules charnues très développées, ainsi que la peau dénudée entourant l'œil ; les Barbes ou Polonais, a. bec court, muni également de morilles très développées. Mais on trouve de nombreux termes de passage des uns aux autres. LES PIQEONS ROMAINS. — Les origines de cette race sont assez obscures. Il existait en Italie, au temps de Pline, des Pigeons remarquables par leur forte taille, et dont les représentants actuels sont les gros Pigeons de Campanie. On admet généralement qu'ils sont les ancêtres des Pigeons romains, mais il faut alors avouer, dans cette hypothèse, que l'élevage les a profondément modifiés. D'après P. Breschet, la race actuelle et ses variétés ont été créées à Paris, et cet auteur trouverait plus rationnelle l'appellation de Pigeons parisiens que celle de Pisreons romains. 18 1 LES PIGEONS. . 18 Les caractères généraux de cette race sont les suivants : taille supérieure a celle de tous les autres Pigeons et voisine de o'°,5o; corps lourd, massif, porté horizontalement; tète large et forte; bec gros, légèrement arqué; iris perlé; filet rouge autour des3'eux; morilles blanches, unies ; ailes à longues rémiges et portées bas; queue longue. Les Pigeons romains volent lourdement et gauchement, malgré leur grande envergure qui peut dépasser un mètre. Ils sont recherchés pour leur poids élevé qui permet d'obtenir rapidement de gros Pigeonneaux; mais leur élevage est rempli de dilHcultés. Peu prolifiques, ils ajoutent a cet inconvénient celui de casser parfois leurs (eufs, par suite de leur lourdeur et de leur gaucherie; ils ne sont pas non plus assez vifs pour se soustraire aux attaques des Oiseaux de proie, des Chats et des petits Carnassiers. Il en existe plusieurs variétés qui sont : les Bleus, les Fauves, les Chamois, les Rouges, les Noirs, les Gris-piqués et les Minimes, dont la description nous entraînerait trop loin. L'origine de ces variétés mérite cependant d'être contée, car elle montre comment les éleveurs savent perfectionner une race dans un but déterminé, a l'aide de croisements bien combinés. J'emprunte les lignes qui suivent à un article de M. P. Breschet, lu au Congrès ornithologique de njoo : « Avant 1840, d'après les anciens auteurs que j'ai connus, nous possédions, de date immémoriale, les Romains bleus et les Romains fauves, les deux seules variétés existant jusque-la. Les cinq autres ont été constituées de 1840 à iH??, a Paris tout spécialement. Comme ceux d'aujourd'hui, les amateurs de l'époque se réunissaient au marché aux Oiseaux. Je regrette de ne pas connaître, pour leur rendre hommage, les noms de ceux qui, les premiers, eurent l'heureuse idée d'enrichir notre pays des cinq variétés nouvelles, ^'oici du moins ce qui m'a été dit et ce que j'ai vu : « Vers 1840, Paris possédait une belle collection de Bagadais de forte taille; il y avait les blancs, les bleus et les noirs unicolores, les chamois, les noirs et les rouges papillotes de blanc : dans ces trois dernières variétés, le chamois, le noir et le rouge dominaient comme fond. On avait aussi le Cavalier blanc, d'une bonne taille également, un peu haut de jambes, avec une belle tète, le bec blanc et fort, le tour des yeux rouge, l'iris couleur de vesce grise, le corps tenu horizontalement et se rapprochant comme ensemble du Romain. Puis un autre Pigeon, gros et trapu, venant de Bordeaux, appelé Pigeon liirc, aux couleurs mal définies, principalement noires ou bleues, avec une tète forte, la morille très développée, le tour de r(x:il inùvi} (couleur du fruit appelé mure) : l'iris tantôt perlé, d'autres fois jaune. » C'est avec ces trois sortes de Pigeons que l'on est parvenu à créer les Ro- mains chamois, les rouges, les noirs, les gris-piqués et les minimes. « On a marié des Romains bleus, les uns avec les Bagadais noirs, les autres avec le Turc, pour obtenir les Romains noirs: les Romains fauves l'ont été d'un côté avec les Bagadais chamois et rouges, pour avoir les Romains de ces couleurs, et d'un autre côté avec le Cavalier blanc: puis les produits de lu LES RACES DE PIGEONS DOMESTIQUES. [19] ce dernier mariage ont été alliés aux Bagadais noirs, ce qui a donné le (iris- piqué. M Dans les premiers rapprochements de ces quatre races, on obtint des résul- tats surprenants comme force et rusticité; ce qui, du reste, arrive presque tou- jours dans les croisements. « Comme il est souvent difficile de former des séries nombreuses de diverses races, les premiers éleveurs s'étaient distribué la besogne et s'étaient, suivant leurs moyens, réservé des parts plus ou moins fortes. Ils avaient soin, d'ailleurs, de conserver des exemplaires purs des types qui servaient à leurs croisements. On comparait les produits, et chaque dimanche, au marché aux Oiseaux, on consta- tait les progrès, on notait les insuccès. Les premiers pas n'étaient pas les plus ditliciles : on avait obtenu de fortes et grossières charpentes; il s'agissait main- tenant, pour ainsi dire, de les raboter, de les polir pour les mettre en harmonie avec les types primitifs des Romains. « Chez les produits de l'alliance avec le Bagadais, il fallait diminuer la lon- gueur et la courbure du bec et de la tête, rétrécir le rebord qui entoure les yeux, grossir le cou en le raccourcissant un peu et en lui ôtant de son aspect cou de cygne, abaisser la taille, rendre le corps plus horizontal, allonger le col, redresser les talons, rendre le plumage plus abondant, moins collant, élargir les rémiges et les rectrices. ■' Chez les produits demi-sang de Turc, il fallait modifier beaucoup la tête, allonger le bec, diminuer les oreilles trop développées en forme de bourrelet, rougir le tour de l'œil (que ce Pigeon porte muré), faire disparaître l'œil de coq dont il est assez souvent doté ; enfin allonger le vol. « Le Cavalier laissait en héritage aux Gris-piqués l'œil de vesce, assez dillicile à reietcr. « En harmonisant les formes, en donnant la couleur aux yeux, il fallait encore embellir les nuances et supprimer les plumes disparates. » C'est ainsi, par une sélection rigoureuse et longtemps poursuivie, que l'on est arrivé à créer les races et sous-races de Pigeons romains avec tous les caractères qu'en exigent les grands connaisseurs. Sous-RACE Dii MoNTAUBAN. — On considère généralement les Pigeons Mon- tauban comme une sous-race des Romains, et issus du croisement de ces der- niers avec les Nonnains. — Leur taille atteint presque celle des Romains ; mais leur bec est plus mince, leur corps plus incliné, leurs ailes et leur queue plus développées. — Ils ont l'avantage d'être assez prolifiques. LES PIGEONS MESSAGERS. — Le terme de Pigeons iJU'SSciiieis s'applique à une race ayant des caractères bien définis, et aussi aux nombreuses variétés de Pigeons dits l'oyagetiis qui sont souvent très différents des vrais Messagers. Cette confusion vient de ce que les premiers Pigeons employés pour trans- mettre des correspondances appartenaient à la race des Messagers de Perse. De plus, nos l'oyageurs actuels possèdent assez bien de sang de la race dite Messagers. L'un d'eux, le Pigeon l'oyageiir de Bej-rout/i, appartient probablement à la 120] LES PIGEONS. 20 race connue depuis la plus haute antiquité sous le nom de Messager de Jias- surah. Il établit une transition très marquée entre le Bizet primitif et les autres Messagers, ceux-ci se reliant insensiblement aux Carriers. Cornevin donne de la race du Messager la diagnose suivante : « Bec de longueur variable, dont la mandibule supérieure supporte des caroncules quelquefois lisses, quelquefois chagrinées, toujours bien séparées sur la ligne médiane; œil cerclé d'un ruban blanc, d'épaisseur diverse. Ailes longues, s'étendant jusqu'aux trois quarts de la queue. « Faculté de revenir au colombier après avoir été transporté à de grandes distances. Tête ronde, grosse, large entre les deux yeux qui ont quelque chose de hardi; cou bref et relativement gros. Corps ramassé; membres courts. Plumage épais, serré et de colorations multiples, encore que le bleu, le noir, le rouge et le chocolat soient les dominantes. » On distingue trois sous-races de Messagers : i" les Messagers à bec ordinaire ou Aweisois; 2° les Messagers à bec court ou Liégeois; 3" les Messagers à fanon ou de Be)-roiilli. — De ces sous-races est né le Pigeon voyageur actuel dont il sera question plus loin. LES PIGEONS CARRIERS. — De formes élancées, élégantes, les Carriers attirent de suite l'attention par la longueur de leur bec et le développement réelleinent monstrueux des caroncules nasales ou moi-illes ainsi que de la mem- brane chagrinée qui entoure les yeux. Le bec a o"', 04 de longueur; les caroncules charnues qui en enveloppent la base forment une sorte de chou-fleur de o"',io de circonférence ; l'œil est entouré d'un ruban de peau chagrinée, verruqueuse, d'environ o"',o3 de diamètre. Tel est le résultat d'une sélection patiente et longue, qui a transformé peu à peu ces Oiseaux élégants en véritables curiosités foraines ! Les Pigeons carriers sont maintenus en captivité dans les volières d'amateurs, malgré leur caractère sauvage et peu sociable: peu prolifiques, ils ne sont consi- dérés que comme une race d'agrément. Le Pigeon cavalier provient sans doute du croisement entre un Carrier et un Pigeon grosse-gorge. Sous-RACE DU BA(;.\r>Ais. — Les Bagadais ne di lièrent des Carriers que par un développement moindre des caroncules nasales, un bec légèrement arqué, des formes moins élégantes. lien existe des variétés de diverses couleurs. Du croisement entre le Bagadais et le Romain est né le Pigeon turc. Sou.s-RACR DU Dragon. — Celte sous-race parait résulter de croisements effec- tués entre des Pigeons volants et des Carriers. LES PIGEONS VOYAGEURS. — Historique. — On a vu plus haut que des Pigeons de différentes races, particulièrement ceux du groupe des Messagers, se faisaient remarquer par la facilité avec laquelle ils revenaient au colombier, après en avoir été transportés à une grande distance. Cette particularité lut utilisée dès l'antiquité. La Perse parait avoir été le berceau des premières races élevées en vue du transport des dépêches. ^'1 LES RACES DE PIGEONS DOMESTIQUES. |21j On trouve aussi des preuves de l'existence des Pigeons voyageurs en Kgypte et en Grèce; les noms des vainqueurs aux jeux olympiques étaient cxpc'dics dans toutes les directions à l'aide de Pigeons. Les Romains employèrent plus tard couramment ce moyen de communica- tion, notamment au siège de Modène (43 avant J.-C). Au temps des Croisades, les Pigeons voyageurs jouèrent aussi un grand rôle. Nous les retrouvons ensuite, à une époque plus rapprochée de nous, lors des investissements des villes de Leyde et de Harlem en Hollande, de 1572 à 1374. Mais les races employées à cette époque étaient certainement très différentes de la nôtre. Il faut arriver au xix' siècle pour constater un effort sérieux de la part des éleveurs, en vue de perfectionner l'instinct particulier du Pigeon messager. C'est à la Belgique qu'appartient l'honneur d'avoir tenté les premiers essais. En 181 5, Rothschild de Londres apprit le premier, grâce à la poste par Pi- geons, le désastre de Waterloo et en profita pour faire une heureuse spéculation. Enfin, en 1870, ces Oiseaux ont laissé dans l'histoire de France un souvenir inoubliable, lors du siège de Paris. Investie de tous côtés, la capitale n'eut pendant longtemps aucun autre moyen de communication avec la province. Des ballons emportaient les Pigeons parisiens hors de la ville, et les fidèles messagers revenaient au colombier porteurs d'importantes dépêches. Origine des races actuelles. — Les premiers Pigeons employés au trans- port de messages appartenaient a des races très variées. C'est par une sélection et des croisements longuement étudiés que les colombophiles sont arrivés à créer la race actuelle, en essa^'ant de fixer sur un même tj'pe les qualités essen- tielles suivantes, développées au plus haut degré : la faculté de retour au. colom- bier, la rapidité du vol, l'endurance à la fatigue, et sans tenir compte du plu- mage ou d'autres particularités secondaires *. Le D' Deneuve a esquissé, dans un rapport au Congrès ornithologique de 1900, l'origine probable du Pigeon voyageur actuel, ainsi que le type vers lequel tendent tous les efforts des éleveurs. « Les premières expériences, dit cet auteur, avaient mis en concurrence des Cravatés, des Volants, des (lainits, des Becs anglais, des Petits Boulants, etc. A notre avis, les principaux éléments dont on a tiré le Pigeon messager contemporain ont été puisés dans ces variétés, auxquelles il est bon d'ajouter le .S';«c';7t', le Cumulet, le Bi^et enfin. « Le volatile que Buffon assimilait au Turc est certainement le même que notre confrère Chapuis désignait sous le vocable de Camus. Cet Oiseau a beau- coup d'attachement à son colombier; mais son vol est lourd et épais. Le Volant, au contraire, a tous les défauts opposés ; les produits de ces races nous fourni- raient un voyageur passable, sur les descendants duquel nous trouverions les morilles du Camus et les yeux blancs du planeur de l'azur. « Les principaux centres colombophiles étaient en Belgique, dès les débuts : Liège, Verviers, Gand, Anvers et Bruxelles. Chaque grenier avait un élevage particulier, d'où naquirent certaines races très remarquables. ri PI. XWIII. — Piijeons domestiques vuli;nires, du j,'roupe des pigeons dits ruyngcurs (Photoj^rapliie W. y\. Spooiier et C"). [22] LES PIGEONS. 22 « LWiii'L'rsois était liaut sur pattes, avec un bec long et une envergure remar- quable. Son voisin, le Liégeois, était détaille plutôt petite, IVeil très peu entouré de chair, parfois jaboté, bas sur pattes. << A Verviers, on possédait une collection de sujets se rapprochant des Liégeois, tandis qu'à Gand, et dans le Brabant, on ne s'écartait guère de r.-\nversois. " D'où, pour nous résumer, on peut conclure que deux races bien distinctes se trouvaient en présence : VAiii'crsoise et la Liégeoise. Par suite des croise- ments multiples qui ont été opérés à chaque saison à l'aide de ces races d'élite, il nous serait bien diflicile, à l'heure actuelle, de vous présenter, dans toute leur pureté, des sujets de chacune de ces deux variétés. Cependant, pour rendre hommage à la vérité, je dois ajouter que quelques rares colombiculteurs d'Anvers et de Liège en ont conservé à l'état primitif, à titre de curiosité. « Les qualités spéciales à chacune de ces deux races sont les suivantes : « L'Anversoise peut vo3'ager avec succès dés qu'elle a atteint plusieurs mois, et ses étapages peuvent être poussés à des distances relativement éloignées ; tandis que la Liégeoise réclame davantage de patience et d'application de la part de celui qui l'élève; elle doit être ménagée jusqu'à l'âge de deux ans, époque à laquelle elle a atteint, à peu près, son développement complet. " Alors, nous nous trouvons en présence d'une race voyageuse exquise, d'une endurance à toute épreuve, laquelle, dans les voyages aux extrémités du monde, brillera toujours au premier rang. « Pour revenir à notre élevage national, ce n'est guère que depuis la fatale cam- pagne de 1870 que le Pigeon messager est entré dans nos mœurs, aux jours si tristes dont le souvenir ne peut s'effacer de notre mémoire. Emportés par nos ballons au delà des lignes ennemies, lâchés au milieu d'un ciel noir, chargé de brumes glaciales, les Pigeons partirent des différentes villes de province et. grâce à eux, Paris, entouré par un cercle de fer et de feu, put communiquer avec le reste de la F'rance. " Avant cette époque, bien peu de personnes s'occupaient de colombiculture, et c'est au moyen des deux races sur lesquelles je viens d'appeler votre attention que nous avons formé à Paris, puis en province, nos patriotiques colombiers. Aujourd'hui, par suite des croisements répétés, les types spéciaux se sont con- fondus et ne forment plus dans notre pays qu'une seule espèce dite Pigei»i mes- sager. Toutefois, en Belgique, deux variétés très distinctes peuvent se retrouver, le mélange des races n'étant pas aussi complet que chez nous. ;< En terminant, qu'il me soit permis d'indiquer quel serait le type idéal du Pigeon de guerre, celui que nous cherchons et souhaitons à nos successeurs : ce serait un juste milieu entre les deux types accusés, c'est-à-dire un Pigeon de hauteur moyenne, bien planté, avec la poitrine épaisse, le sternum profond, les os du bassin rapprochés, les ailes ramassées, le petit vol large, la tète régulière en lorme de poire ou de toupie, l'ieil vif, entouré d'une membrane blanche ou grisâtre. C'est notre standard à nous, colombophiles, et celui sur lequel nous basons à la fois nos espérances patriotiques et nos recherches patientes. » La faculté du retour au gîte chez le Pigeon voyageur. — La merveilleuse taculté qui permet au Pigeon de letrouver son pigeoimier est restée longtemps 23 LES RACES DE PIGEONS DOMESTIQUES. [23; inexplicable. Des h\pothcscs plus ou moins ingénieuses lurent successivement proposées, puis réfutées, mais de nos jours le problème s'est cependant singu- lièrement éclairci. Et d'abord, pourquoi le Pigeon mis en liberté à une certaine distance de son pigeonnier tend-il à y revenir aussitôt? A cette question, la réponse est aisée. Si le Pigeon a des petits, l'amour ma- ternel, très développé chez cet Oiseau, suffit à lui faire accomplir un effort inouï pour retrouver sa couvée. En dehors de cette circonstance exceptionnellement favorable, on est obligé de faire appel à d'autres considérations, parmi lesquelles les habitudes. Comme toutes les espèces domestiques, et même, pourrait-on dire, comme tous les animaux sédentaires, le Pigeon est adapté à un genre de vie, a un régime, à des habitudes, auxquels toute dérogation lui est désagréable. Il est très attaché à son gite ; il y trouve une nourriture spéciale et toute préparée qu'il lui serait impossible de se procurer dans la campagne. Transplanté loin de son pigeonnier, même s'il n'a pas de petits, il cherchera donc à y rentrer le plus tôt possible, sous l'influence de cet instinct commun à tous les êtres vivants : l'ins- tinct de la conservation. Voilà pourquoi le Pigeon rentre au gîte. \^o\'ons maintenant comment il retrouve sa route, comment il parvient à s'orienter à des centaines de kilomètres de distance de son pigeonnier. Est-il guidé dans ce retour par un instinct ou un sens particulier r Les hypothèses les plus variées ont été émises pour expliquer ce qu'on appelle le sens du retour chez le Pigeon voyageur. On fît d'abord appel à une acuité spéciale de la vue qui permettait à l'Oiseau, en s'élevant à une grande hauteur, de distinguer son domicile de très loin. Puis on crut à un développement particulier de l'odorat, etc. Mais toutes ces hypothèses ne valent même pas la peine d'être discutées. L'une d'elles, cependant, due à Viguier, est curieuse à rappeler en raison de son originalité : « Un point de l'espace, a dit cet auteur, peut être déterminé par l'intersection du méridien magnétique (ligne isogone) avec le parallèle magnétique (ligne iso- cline), ou avec une ligne comprenant tous les points où l'intensité magnétique est la même (ligne isod^name). Doué d'un sens magnétique approprié, un animal pourrait avoir une perception inconsciente de la direction dans laquelle les différences de l'intensité magnétique s'accusent le plus (méridien magnétique) et de celle où l'intensité de l'action magnétique reste la même (ligne isody- name); il posséderait ainsi les éléments d'une direction générale pour revenir au point de départ dont son sixième sens lui a lait percevoir les conditions magnétiques. « L'organe qui recueillerait les influences magnétiques serait les canaux semi- circulaires de l'oreille interne. " Ck'tte conception de la faculté de retour n'est pas éloignée de la vérité, mais elle peut être ramenée à une interprétation beaucoup plus simple, basée sur ce que nous apprennent les lois élémentaires de la ph3'siologie, sans qu'il soit nécessaire de faire intervenir l'existence d'un sens spécial. [2/i] LES PIGEONS. 24 Le commandant Rcynaud a déjà mis en relief, depuis longtemps, cette remarque que les animaux susceptibles de retrouser facilement leur gîte à dis- tance revenaient en suivant exactement en sens inverse le chemin qu'ils avaient parcouru pour s'en éloigner. C'est la loi du contre-pied. Dans ce cas, les sens ordinaires, la vue, l'odorat, etc., mis en œuvre par la mémoire visuelle, olfactive, etc., suffisent à l'animal pour lui faire reconnaître sa route. Il faut cependant pour cela certaines aptitudes ou mieux une certaine éduca- tion dont on trouve un exemple même chez l'homme. C'est ainsi que les habi- tants des steppes, des déserts, ou des forets de l'Afrique centrale parcourent sans s'égarer des distances énormes, tandis qu'il est des gens qui ne peuvent visiter un appartement sans s'y perdre aussitôt. Chez le Pigeon, la question de distance n'a aussi qu'une importance secon- daire, car il est de règle que la faculté de retour au gîte chez les animaux soit en raison inverse de leur rapidité de locomotion. La loi du contre-pied ne peut cependant, à elle seule, expliquer comment un Pigeon, emporté dans un panier à plusieurs centaines de kilomètres de son colombier, y revient non pas en suivant le trajet inverse de l'aller, mais bien en ligne droite, par le chemin le plus court. 11 faut alors, pour expliquer ce phéno- mène, avoir recours à une nouvelle faculté qui vient en aide à la première et qui fait partie de ce qu'on appelle la inénwire du nioin-oneiit. Il existe en effet, chez l'homme et chez tous les animaux, un organe chargé de recueillir les sensations de translation, lesquelles sont ensuite communiquées au système nerveux central. Grâce à cette perception des mouvements, l'animal peut, par un réHexe conscient ou inconscient, selon le cas, maintenir son équi- libre dans l'espace, par le souvenir du mouvement précédemment accompli et l'appréciation de celui qu'il doit opérer pour le corriger. Il peut aussi rester relié, par une faculté spéciale de la mémoire, à son point de départ, et, une fois rendu à la liberté, s'orienter immédiatement vers ce point de départ, sans la moindre hésitation. Mais il s'en faut de beaucoup que cette faculté soit également développée chez tous les Pigeons vo3'ageurs, puisque, sur une centaine appartenant à un colom- bier, on n'en compte guère plus de cinq ou six qui soient des sujets d'élite, ce que les amateurs appellent des « tètes de pigeonniers ». Il semble donc que, par un entraînement progressif, le Pigeon acquière la faculté d'enregistrer automatiquement dans sa mémoire toutes les phases de ses déplacements, sans que la vue ait à intervenir, et qu'il remplace, dans l'usage du contre-pied, le déroulement inverse des actes de l'aller par des abréviations d'abord légères, le remplacement d'un arc par sa corde, par exemple, puis de plus en plus grandes, jusqu'à ce qu'il arrive au retour rectiligne. On voit de suite, par ce qui précède, comment on peut, par des sélections et une éducation convenables, exalter, chez les Pigeons naturellement prédisposés ;i cet exercice, la faculté d'orientation, et arriver ainsi à des résultats en appa- rence merveilleux. /,c dressage du Pigeon roi/ageur. — Les Pigeons dressés au transport des 25 LES RACES DE PIGEONS DOMESTIQUES. [25] dépêches sont Tobjei d'une éducation spéciale et d'un entraînement progressif*, mais tous les individus d'une iiiénie couvée, dont les parents ont été soigneuse- ment sélectionnés, sont loin d'avoir les mêmes aptitudes, et, quels que soient l'art et l'expérience du colombophile, c'est du hasard que dépend surtout la valeur de ses principaux sujets. Les premiers exercices que l'on fait exécuter aux futurs messagers consis- tent dans ce qu'on appelle l'adduction. On accouple les jeunes mâles et femelles avec des sujets déjà dressés, et on les habitue a rentrer ensemble au pigeonnier, les jeunes suivant leurs aines. Puis on les soumet à des épreuves d'entrainement en les lâchant à des distances de plus en plus grandes de leur colombier. Cette éducation demande à être suivie pendant trois ans; à ce moment, les sujets qui ont montré leurs réelles aptitudes sont propres a effectuer des parcours de plusieurs centaines de kilomètres. La rilesse du vol dépend, indépendamment des variations individuelles, d'un grand nombre de facteurs. Il faut tenir compte de la force et de la direc- tion du vent, de la température et d'autres conditions atmosphériques. Dans des conditions favorables, cette vitesse peut atteindre i Soo mètres à la minute. Il existe à cet effet des tables de mo\'ennes, dressées d'après de nombreuses observations, et qui permettent aux colombophiles de juger approximati- vement du temps que mettent leurs messagers pour accomplir un parcours connu. De l'utilisation du Pigeon voyageur. — Depuis la guerre de 1870, l'élevage du Pigeon voyageur a pris en France un grand essor, et les progrès réalisés à ce jour permettent de prévoir encore de plus belles espérances. De puissantes sociétés colombophiles se sont formées, et on estime à 100 000 le nombre des Pigeons qui pourraient être mobilisés en temps de guerre. Limité autrefois au service des places fortes, l'emploi des Pigeons voyageurs s'est étendu aujourd'hui au service des armées en campagne, grâce aux persévé- rantes expériences du commandant Reynaud. On a créé, en effet, des colom- biers mobiles dont le fonctionnement est le suivant : L'ne voiture analogue aux voitures d'ambulance est aménagée de façon à ser- vir de colombier. Chaque couple de Pigeons y possède sa cage spéciale où il mène la même existence que dans un colombier ordinaire; il peut s'y promener, y manger et couver tout à son aise. La voiture est attachée au quartier général et le suit dans ses déplacenients. A-t-on besoin de renseignements sur cer- taines positions de l'ennemi, ou désire-t-on une réponse rapide à un message expédié à quelque corps de troupes voisin, on envoie un éclaireurqui emmène avec lui un Pigeon enfermé dans une boite étroite attachée à la selle et dont la lorme intérieure épouse exactement celle de l'Oiseau, en ne laissant dépasser que la tête. Dès que l'éclaireur le juge utile, il consigne les résultats de sa mis- sion sur un bout de papier qu'il roule et place dans un étui fixé à la patte du Pigeon; puis il ouvre la boîte, et le Pigeon revient à la voiture-colombier d'où il était parti avec une vitesse mo3'enne de 80 kilomètres à l'heure, ce que ne pourrait faire aucun cavalier. [2G1 LES PIGEONS. 'X Les essais effectués jusqu'à présent ont montré que des Pij^eons arrivés dans une localité à midi pouvaient être utilisés le lendemain matin: emportés à 40 kilomètres de leur voilure et remis en liberté, ils la rejoignaient aussitôt sans difficultés. On voit par la quels immenses services est appelée a rendre la colombophilie militaire. Les expériences de làchersen nieront fourni des résultats encore plus surpre- nants. Ici, non seulement les Pigeons emmenés très loin des côtes, dans des directions quelconques, regagnent sans peine leur colombier, mais des Pigeons installés à bord d'un vaisseau comme ils le sont dans les voitures-colombiers, et lâchés de la terre, parviennent à retrouver leur habitation Hottante. On ne peut, dans ce dernier cas, opérer sur des distances aussi considérables que sur terre, mais il est certain que Ton peut s'attendre encore a de nouveaux progrès, tels qu'un système de communication entre deux bâtiments évoluant en pleine mer et plus ou moins éloignés l'un de l'autre. Les appareils destinés à contenir les dépèches envoyées par Pigeons sont assez variés. Le plus simple consiste en un fuseau de plume d'oie qui s'attache à une plume de la queue et dans lequel on glisse un lin parchemin roulé sur lui- même et portant le texte de la dépêche. On utilise plus fréquemment des étuis porte-dépêches: ce sont des étuis métal- liques à fermeture hermétique, du poids de quelques grainmes -seulement et que l'on attache a la patte de TOiseau. La simple pression sur un ressort suffit à ouvrir ou à fermer l'étui porte-dépéches. LES PIGEONS BARBES OU POLONAIS. — Dapiès Fulton, cette race est originaire du nord de l'Afrique. Elle était cependant connue en Angleterre, paraît-il, en 1(587. Le nom de Polonais ne rappelle donc nullement son lieu d'origine. Les Pigeons barbes ont une taille inférieure à la moyenne, des formes trapues. Leur bec, blanc ou rosé, est extrêmement court, large, convexe; leur tête large et aplatie. L'n large ruban oculaire, charnu, mamelonné, rouge, entoure l'ceil; des morilles roses, lisses, extrêmement développées, entourent la base du bec. La brièveté du bec et le prodigieux développement des caroncules charnues de la base du bec, résultat d'une méticuleuse sélection, empêchent ces Pigeons de pouvoir nourrir leurs petits ; aussi doit-on les faire élever par des Pigeonnes d'une autre race. LES PIGEONS TUMBLERS OU CULBUTANTS COURTE-FACE. — Cette race est probablement le dernier terme d'une série dont l'origine se trouve dans les Culbutants de la Perse. Elle a dû être importée en Angleterre après l'an 1600. « En 1763, dit Darwin, dans un ouvrage dédié à Mayor, les Courtes-faces Amande (Almond-Tumblersi sont complètement décrits; mais l'auteur, un éleveur de Pigeons de fantaisie, dit expressément, dans sa préface, qu'après beaucoup de dépenses et de soins ils étaient arrivés .i un tel point de perfection et si dillérents de ce qu'ils étaient vingt ou trente ans auparavant, qu'un ancien .'T LES RACES DE PIGEONS DOMESTIQUES. f-27, éleveur les aurait condamnes pour la seule raison qu'ils n'étaient pas conformes au type, que de son temps on regardait comme le bon. Il semblerait qu'il \- ait eu à cette époque un changement un peu subit dans les caractères du Culbu- tant courte-face, et on peut croire qu'il a dû apparaître alors un Oiseau nain et un peu monstrueux et qui serait l'ancêtre des différentes sous-races Courtes- Faces actuelles. Cette supposition me paraît justifiée par le fait que les Culbutants courtes-faces naissent avec un bec court, mais, comme chez les adultes, propor- tionné à la grandeur de leur corps, différant, par là, beaucoup des autres races qui n'acquièrent que lentement, pendant le cours de leur croissance, leurs caractères spéciaux. » Les Tumblers sont de très petite taille; ils ont un port extrêmement redressé, la poitrine saillante, la queue étroite, portée au-dessus des ailes; celles-ci longues et traînantes, les tarses courts et nus, d'un rouge vif; la tête arrondie avec le front élevé ou même proéminent; le bec d'une brièveté extrême, assez semblable à celui du Chardonneret; l'œil entouré d'un étroit filet noir. Les amateurs ne considèrent comme de bonne race que ceux dont le bec n'excède pas o"",oi6 ; chez quelques-uns, il se réduit à o^.oilî. Ce curieux produit de l'élevage artificiel a perdu la plupart des caractères de l'ancienne race dont il dérive, notamtnent la faculté de culbuter. L'appellation de Culbutants ou Tumblers est donc mauvaise, la particularité la plus saillante de ces Oiseaux étant le développement anormal et presque monstrueux de la tête, et que les éleveurs exagèrent à plaisir, à l'aide de manœuvres manuelles diverses exercées sur les jeunes peu après leur naissance. Il est évident que de semblables Oiseaux sont encore plus incapables d'ali- menter leurs jeunes que les Polonais décrits plus haut. Parmi les nombreuses variétés de Tumblers, toutes très appréciées en An- gleterre, se trouve VAlmond tricolore. Son plumage est uniformément papilloté blanc, jaune, rouge et noir, mais l'Oiseau subit plusieurs mues avant d'arriver à posséder ses nuances caractéristiques. Des Tumblers dérivent les deux sous-races suivantes : Sous-race Courte-Face a tète chauve [Bald lieads). — Ces Pigeons n'ont pas, comme leur nom semble l'indiquer, la tète chauve, mais blanche, ainsi que les cuisses, la queue et les rémiges primaires, tandis que le reste du plumage est coloré. Ils proviennent du croisement d'un Tumbleravec un Culbutant à tête blanche. Ils ont conservé de ce dernier non seulement la tête blanche, mais aussi la faculté de culbuter. Ils aiment à voler en tournoyant durant des heures entières et en exécutant de temps en temps leurs curieuses pirouettes. Aussi se plai- sent-ils peu en volière. Sous-UACE Courte-Face haruue {Beards). — Cette sous-race est ainsi appelée parce que les Oiseaux qui la composent ont une petite tache blanche en forme de bavette sous la base du bec. Les Beards ont la taille et les habitudes des Bald heads ; ils proviennent du croisement de ces derniers avec d'autres Tuinblers. 2S] LES PIGEONS. 28 111- GKOLPi;. — RACES CAKACIKHISIŒS PHINCIPALKMEN r PAR INE DISPOSITION PAKTi- CILIÈRE DE CERTAINES PLUiMES DU IRONC ET DE LA TP.TE. La lornit: du corps et du bec varie dans chaque race de ce groupe, mais dans des limites assez restreintes. Quelques-unes se rapprochent beaucoup du Bizet; les autres s'en éloignent d'autant plus que la fantaisie des amateurs a cherché l'exagération d'un plus grand nombre de particularités conventionnelles. Ce groupe montre donc, mieux qu'aucun autre, la prodigieuse quantité de variétés que peut fournir une seule espèce sous l'intluence de la sélection arti- ficielle. Le caractère dominant de chaque race sert à la désigner; c'est ainsi que nous verrons successivement: les Pigeons cravatés, les Pigeons capucins, les Pigeons à épi ou Culbutants à épi, les Pigeons à toupet ou Tambours, les Pigeons à cri- nière, les Pigeons frisés. LES PIGEONS CRAVATÉS. — Us sont, en général, de petite taille ; la particu- larité qui les caractérise est la présence, sur la poitrine, d'une sorte de fraise formée de plumes recroquevillées et frisées. Ils possèdent, jusqu'à un certain point, la faculté d'enfler leur œsophage, mais à un degré beaucoup moindre que les Boulants. Sociables, familiers, sédentaires, ils sont d'un élevage facile et d'une grande fécondité. Se basant sur des caractères d'une importance presque insignitiante, les ama- teurs ont multiplié considérablement le nombre des variétés de concours. Citons les plus connues, réparties, d'après Cornevin, en trois groupes : Le premier formé des sous-races à tarses nus : les Tunisiens, les Chinois, les Anglais, les Dominos, les Heurtés ; Le second formé des sous-races à tarses cmplumés : les Brunettes, les Sati- nettes, les Blondinettes, les Turbitéens, les Vizors ; Enfin, le troisième comprenant les sous-races naines. Liis Crav-vtés TUNISIENS- — Ils sout de très petite taille. Leur poitrine est proéminente, leur tête arrondie, rejetée en arrière, avec les yeux saillants, le bec court et crochu; leurs tarses sont courts et rouges, leurs ailes longues. Leur plumage est bleu, noir ou blanc, la fraise limitée au jabot. Les Cravatks chinois. — Ils ne diffèrent des Tunisiens que par un plus grand développement de la cravate, celle-ci formant en avant une touffe exubérante, et se prolongeant sur les côtés du cou et en arrière en une sorte de collerette. Les Cravatés anglais et les Cravatés fr.vnçais. — Us sont peu différents les uns des autres; ils se font remarquer par leur taille plus forte et un plumage plus agréable. Les uns sont à tète lisse, d'autres huppés, etc. Les Cravatés hominos. — Assez semblables aux Cravatés à épi, ils s'en dis- tinguent par des formes plus arrondies et une coloration différente. •^"•' LES RACES DE PIGEONS DOMESTIQUES. [29 Ils sont originaires de l'Asie Mineure. Les Cravatés heurtés. — Ils rappellent par leur t_\pe Je coloration les Heurtés voisins du Bizet. Mais leurs formes sont celles de la race des Cravatés, dont ils présentent tous les caractères généraux. Ils sont le produit de croisements divers. Le deuxième groupe des Cravatés comprend des races d'origine orientale. Ce sont des Pigeons d'une taille supérieure à celle des Cravatés européens; leurs formes sont aussi plus trapues; leurs tarses et leurs doigts emplumés. Les Bruxettes. — Le fond du plumage des ailes et de la queue est gris et les plumes bordées de gris mélangé de brun. Les Satinettes. — Les plumes du manteau sont d'un fauve foncé, les cou- vertures caudales bleu violet et les grandes caudales également bleu violet, marquées à l'extrémité d'une tache blanche lisérée de noir. Les Bluettes. — Les ailes sont d'un beau bleu clairet barrées de blanc. Les Su-verettes. — Les ailes sont d'un gris argentin, barrées de blanc et a vol blanc. Les Blondinettes. — Issues du croisement entre le Cravaté tunisien et les sous-races précédentes, les Blondinettes ont des caractères mixtes; les variétés de coloration sont très nombreuses, mais habituellement les ailes plus foncées que le reste du plumage, et les plumes de la queue portent à l'extrémité une tache blanche caractéristique. Les Turiutéexs. — Ils proviennent de divers croisements de Cravatés. Leur caractère essentiel est la présence sur le front et sur chaque joue d'une petite tache ovale de la même nuance que celle des ailes, avec le reste du corps d'un blanc pur. Les Vizors. — Ils dérivent du croisement de diverses sous-races du groupe avec le Domino; on a essayé d'obtenir, par ce moyen, des Pigeons qui, avec les caractères des Cravatés du deuxième groupe et leur plumage, en diffèrent par la couleur de la tête qui doit être identique à celle du manteau et de la queue. On voit, par les exemples qui précèdent, que si l'on élève toutes ces variétés au rang de sous-races, la liste peut en devenir illimitée, car on ne prévoit pas où s'arrêtera la fantaisie des amateurs. Les Damascènes. — Il faut encore citer cependant une sous-race naine de Cravatés, remarquable par ses allures élégantes et sa gentillesse : celle des Pigeons Damascènes. La tète est ronde et forte, le bec très court et noir, l'œil saillant, entouré d'un filet bleu qui contraste avec l'iris perlé ou blanc sablé de rouge. Le plumage est d'un gris pâle, barré de noir sur les ailes; les plumes de la queue sont ornées à l'extrémité d'un croissant noir. Cette sous-race est originaire de la Palestine. LES PIGEONS CAPUCINS, NONNAINS OU JACOBINS. — La particularité caractéristique de cette race consiste en une sorte de capuchon, formé de plumes relevées, fines et molles, qui entoure la tête, descend sur les côtés du cou, et s'étale en cravate sur le jabot. Ce capuchon n'est qu'une exagé- ration de la cravate qui caractérise le Pigeon cravaté chinois. La vie dks animaux illistrée. I\'. — 3 [30] LES PIGEONS. :'.0 Les Jacobins sont de taille mo^'enne ou petite; leur corps est élancé, leurs ailes et leur queue longues: leur bec court, surmonté de morilles blanches, l'œil entouré d'un mince filet rouge. Les variations du plumage caractérisent un certain nombre de sous-raccs; on distingue : Les Jacoiuns anglais à robe foncée, avec les extrémités blanches ; Les Jacobins français, de petite taille, et chez lesquels la tête, la queue et les rémiges sont blanches; le reste du corps brun, rouge, chamois, jaune ou panaché; Les Jacobins ai.lk.mands ou à visière, qui présentent sur le front une petite touffe de plumes redressées : Les Jacobins espagnols au plumage papilloté blanc et noir, rouge et blanc, avec la tête, le vol et la queue blancs; les pattes fortement emplumées; Les Jacobins a qukue de Paon, qui proviennent sans doute d'un croisement avec le Pigeon-Paon. Les Jacobins étaient connus avant l'an 1600, mais les caractères qu'ils possé- daient à cette époque étaient beaucoup moins marqués qu'aujourd'hui. Ces Pigeons ont un vol laborieu.K; ils sont très familiers et s'élèvent sans difficultés. LES PIGEONS COQUILLES. — Ils se reconnaissent de suite à une rangée de plumes redressées s'étendant en arrière de la tête, d'un œil à l'autre. Leurs formes et leurs couleurs varient beaucoup. Aussi ne peut-on considérer cette race comme bien homogène. Il existait déjà des Pigeons coquilles en 1600. Cornevin les divise en sous-races à tarses emplumés et sous-races à tarses non emplumés, bien que la présence de plumes aux tarses soit un caractère de peu de valeur, puisqu'il est inconstant. Au premier groupe appartiennent les A'o;/«a/;/s capes, les Coquilles liollaiidais. barbus, Iclc de luort, brésiliens. Au second groupe appartiennent les Pigeons cannes, les (Coquilles russes, les Coquilles sa.xous, les Sapajous, les Élourneaiix coquilles, les Moines à bavette. LES CULBUTANTS A ÉPL — Le caractère distinctif commun aux Pigeons de ce groupe consiste dans la présence d'un petit bouquet de plumes en arrière de la tête. Mais une particularité beaucoup plus intéressante et qui pourrait acquérir une grande importance s'il était prouvé qu'elle est liée à une anomalie anatomique héréditaire, se manifeste dans les allures de ces Oiseaux. La plupart, en effet, présentent dans leur vol de singulières habitudes qui ont été décrites à propos de certaines sous-raccs du Bizet; on trouve parmi eux des Volants, des Tournants, des Culbutants. Les 'Volants a épi. — De même que leurs proches parents, les Volants à tête lisse, étudiés plus haut, ces Pigeons ont l'habitude de s'élever et de planer dans les airs, à une hauteur prodigieuse. Leur plumage présente de nombreuses variétés. Les Tournants a épi ou Ringslagers. — Ils ont les formes générales du Bizet :{1 LES RACES DE PIGEONS DOMESTIQUES. [311 et les allures des Tournants a tête lisse. Leur plumage, assez variable, a pour caractères constants la présence d'une bavette blanche en croissant et d'un épi en arrière de la tète, ce qui justifie la place qu'ils occupent ici dans la clas- sification. Les Pigeons bouvreuils. — De formes mo3'ennes, ils se font remarquer par leur épi extrêmement pointu. Les Pigeons de Lahore. — Ils sont d'une taille relativement forte; leurs formes sont trapues, leurs allures lourdes. Leur bec, relativement large, est surmonté de caroncules charnues, l'œil entouré d'un filet rouge; les tarses courts et nus. Leur plumage est assez caractéristique: il est noir en dessus, à l'exception de la queue, et blanc en dessous. Les Pigeon's de Lowt.vn ou Culbutants indiens. — Ce sont des Culbutants terriens. « Légèrement secoués, dit Darwin, et posés à terre, ces Oiseaux commencent une série de culbutes qu'ils continuent jusqu'à ce qu'on les relève pour les calmer, ce qui se fait en leur soufflant contre le museau, comme lorsqu'on veut réveiller un sujet h3'pnotisé. Si on ne les relève pas, on prétend qu'ils conti- nuent à se rouler par terre, jusqu'à ce qu'ils en meurent. Ces particularités sont parfaitement établies, et le cas est d'autant plus digne d'attention que cette habitude est héréditaire depuis l'an 1600, la race étant nettement décrite dans le Aj'eeu akbery. Les Pigeons Mookee ou Prêtres trembleurs. — Cette sous-race, originaire également de l'Inde, se fait remarquer, non plus par la faculté d'exécuter des culbutes, mais par un tremblement convulsif du cou. Les Mookee sont d'une taille inférieure à celle du Bizet. Ils ont la tête très petite, aplatie, le bec court, l'œil sans filet, l'épi très pointu, le cou grêle et rejeté en arrière, les ailes et la queue longues, les tarses nus et rouges. LES PIGEONS TAMBOUR OU A TOUPET. — Ces pigeons constituent une race nettement caractérisée. Ils présentent, à la base du bec, une touffe de plumes allongées, frisées et redressées en toupet: leurs ailes sont longues; leurs pattes sont emplumées. Leur voix ne ressemble à celle d'aucun Pigeon; c'est un roucoulement plusieurs fois répété se continuant pendant plusieurs minutes et que l'on a comparé au son du tambour. Ils émettent aussi d'autres sons que l'on peut rendre par les deux s3ilabes glou-gloti. Ils étaient connus au temps de Moore, en 17^5. On en connaît deux sous-races différentes. Sous-race du Tambour dk Boukharie. — Elle se fait remarquer par le grand développement du toupet qui s'étale en une large huppe retombant de tous côtés et couvrant les yeux et le bec; la tête porte aussi, en arrière, une coquille très fournie. Ces Pigeons sont originaires de l'Asie; on en connaît plusieurs variétés ne se distinguant que par les couleurs de leur plumage. Leur élevage demande beaucoup de soins, car le grand développement des [32] LES PIGEONS. 32 plumes de leurs pattes les gêne beaucoup et leur toupet leur supprime presque la faculté de la vue. Ils doivent être maintenus à l'abri de l'humidité et dans un colombier d'une extrême propreté. Sous-race du Tamisovk de Dresde. — Chez cette sous-race, le toupet est redressé, il n'atteint pas le même prodigieux développement que dans la sous-race précédente. Les variétés basées sur le plumage sont aussi très nombreuses, mais quelques- unes d'entre elles sont dépourvues de la voix spéciale décrite plus haut. Les Tambours d'Ai.tenbourg. — On peut rattacher aussi aux Pigeons tam- bours une race désignée sous le nom de Race a favoris ou Tambours d' Allen- bourg. Ces Pigeons, dont la faculté de tambouriner est portée au plus haut degré, se font remarquer par une petite touffe de plumes de chaque coté de la tète, et une sorte de palmature entre les doigts médian et interne. Leurs formes et leur taille se rapprochent de celles des Culbutants. LES PIGEONS A CRINIÈRE OU NÈGRES. — D une taille et de formes sem- blables au Bizet, avec les pattes abondamment emplumées, ces Pigeons sont caractérisés par une collerette de plumes redressées, recroquevillées, qui, partant en arrière du cou sur la ligne médiane, retombent en double crinière sur les côtés. La race ancienne avait la tète et le devant du cou noirs, le reste du corps blanc, d'où le nom de Nègre, qui lui avait été donné; mais il existe aujour- d'hui des variétés plus communes, qui, au lieu d'avoir la tête noire, l'ont bleue, chamois ou rouge. LES PIGEONS FRISÉS MILANAIS. — Ils se reconnaissent à la disposition frisée des plumes du dos, des ailes et du plastron. La frisure des plumes est, comme la présence de plumes aux tarses, une particularité inconstante et peu caractéristique. Les amateurs ont cependant créé une race de Pigeons frisés, d'après un ensemble de caractères tirés en outre du port, de l'allure et d'autres particu- larités analogues. Mais le nombre des variétés de cette race peut être considé- rable. Il en est à tarses nus, d'autres à tarses emplumés, les uns sont à coquille, les autres à tête lisse; toutes les variétés de plumage peuvent s'y rencontrer. IV (iKOUPr.. — RACES CAKACTÉRISÉE.S 1>K1NC1PALEME.\T PAR LNE DISPOSITION SPÉCIALE DES PIA MES DE LA QIEIE. Ce groupe, assez hétérogène, renferme des Pigeons dont le caractère domi- nant réside dans une disposition particulière des plumes de la queue. Mais, en même temps que cette particularité, les éleveurs ont cherché à en développer d'autres pour mieux faire ressortir les contrastes. Il serait difticile, aujour- d'hui, à un observateur non prévenu, de reconnaître, parmi ces formes anor- males et de pure fantaisie, la moindre parenté avec le Bizet primitif. On répartit les Oiseaux de ce groupe en trois sections : la première formée de^ \i:i LES RACES DE PIGEONS DOMESTIQUES. [33] races chez lesquelles la queue a pris un développement considérable en lon- gueur : tels sont les Pigeons swifts; La seconde renfermant les races à queue courte : les Pigeons-Poules, les Pigeons de iModène; La troisième renfermant des races dont la queue est plus ou moins épanouie en éventail : les Pigeons-Paons. LES PIGEONS SWIFTS OU RAPIDES. — Us sont caractérisés par une oppo- sition très accusée entre la grande longueur des ailes et de la queue, et la brièveté des autres parties du corps. Leur bec, court, est orné de morilles assez bien développées; leurs tarses sont courts et nus. Il résulte des caractères précédents que ces Pigeons ont un corps élancé; aussi les avait-on appelés Pigeons-Hirondelles, nom d'autant plus mal choisi que les Swifts, malgré leur grande envergure, ont un vol très lent. Il conviendrait mieux de les appeler, à l'exemple de certains auteurs, Pigeons du Caire, parce qu'ils nous sont fréquemment envo\'és de l'Kgypte, bien que leur véritable patrie d'origine soit l'Inde. LES PIGEONS-POULES. — Ces Pigeons ont perdu, par la sélection et des croisements multiples, toute ressemblance extérieure avec la race primitive. Ils ont des formes trapues, ramassées. Leur cou est fortement arqué et rejeté en arrière; leur bec moj'en, recouvert de morilles blanches: leurs tarses courts et nus; leurs ailes et leur queue courtes; l'Oiseau peut relever celle-ci vertica- lement, comme le font certains Passereaux. Il faut joindre à ces caractères une particularité curieuse qui rapproche les Pigeons-Poules des Pigeons-Paons : c'est le tremblement convulsif du cou, observable seulement chez quelques variétés. Par suite de cette particularité, l'Oiseau prend une position très recherchée des amateurs : il rejette le cou en arrière et se « rengorge » en redressant la queue. Il existe plusieurs sous-races de Pigeons-Poules. L'une d'elles, le Pigeon- Poule romain, dont la taille est énorme, provient sans doute d'un croisement du Pigeon romain avec le Pigeon-Poule ordinaire. LES PIGEONS DE MODÈNE. — Ces Pigeons ressemblent beaucoup aux Pigeons-Poules, mais leur cou n'est pas animé de mouvements convulsifs; leur queue est plus courte, à peine relevée ; un filet rouge entoure l'œil. Ils sont originaires de l'Italie, où on les apprécie en raison de leur grande . fécondité. On en distingue deux sous-raccs ; les (Ja^^i et les Scliielli. Les Gazzi ont la tête, les ailes et la queue diversement colorées, et le reste du corps blanc. Les Schietti ont un plumage dans lequel entrent toutes les combinaisons possibles de nuances. LES PIGEONS-PAONS. — Ils attirent l'attention par leurs formes singulières et l'étalement en éventail des plumes de la queue. r.îil LES PIGEONS. .ii Leur taille est au-dessous de la mo\ennc; leur tète petite, avec un bec grêle et court, l'œil sans filet; leur cou grêle, fortement arqué, de façon à amener la tète au contact de l'éventail de la queue; leur poitrine proéminente: leurs ailes longues, traînantes, leurs tarses courts. Le nombre des plumes de la queue est variable, on peut en compter jusqu'à quarante-deux, mais les amateurs attachent moins d'importance au nombre des plumes qu'à la manière plus ou moins parfaite dont elle.s sont disposées en éventail. Ces curieux Pigeons sont d'un caractère très familier; ils sont assez féconds et très attachés à leur colombier. D'ailleurs, leur vol est très laborieux. Ils existaient dans l'Inde avant l'an iGoo et ne sont apparus en Europe qu'un peu plus tard. En 1677, Willughby en décrit un dont la queue portait vingt-six rectrices; en 1735, Moore en décrit un autre qui en avait trente-six; et en 1824 Boitard et Corbié constatent dé|à qu'on pouvait en trouver qui en avaient jusqu'à quarante-deux. Parmi les multiples sous-races de Pigeons-Paons aujourd'hui répandues dans les régions du globe, il en est une qui se rapproche assez bien du type ancien, c'est le Pigeon-Paon de Java. Quant aux variétés basées sur la coloration du plumage, la liste en est consi- dérable et n'a que peu d'intérêt. V' CROUPE. — RACES CARACTERISEES PRINCIPALE.ME.NT PAR INE PARTICll-ARITE DE STRICTURE DE L'ŒSOPHAGE QLl LE REND CONSIDÉRABLEMENT DILAIABLE. LES PIGEONS BOULANTS. — La race du Pigeon boulant ou Grosse-gorge est la plus distincte de toutes les races domestiques. Elle est décrite comme il suit, par Cornevin : oesophage très grand, très dila- table, que l'Oiseau gontle quand il boule. Corps et membres allongés: générale- ment des vertèbres surnuméraires; port redressé. Bec plutôt long que de dimen- sions moyennes; œil sans filet, avec iris généralement rouge; cou long, dos étroit et un peu ensellé, poitrine étroite; ailes longues, relevées, plaquées, et dont les pointes ne se croisent pas; queue étroite arrivant à peu près à ras de terre; jambes très longues; tarses également allongés, emplumés ou nus, ainsi que les doigts suivant les groupes. Ces Oiseaux ont un aspect très curieux: les mâles surtout, car ils peuvent se gonfler plus que les femelles, et leur tète disparaît entièrement derrière la boule énorme que forme leur œsophage distendu. On peut artitîciellement les gonfler, lorsque, selon l'expression des amateurs, ils ne veulent ^z.s jouer, en leur soufflant dans le bec avec un tube. Ils prennent alors un aspect assez comique, et se pavanent fièrement, le corps redressé, en cherchant à rester gonflés le plus longtemps possible. Bien que cette race fût connue en l'an lùoo, et que, depuis cette époque, les éleveurs n'aient pu qu'exagérer les particularités qui la caractérisent, on retrouve assez facilement, avec un peu d'attention, la voie par laquelle elle est dérivée du Bizet. La propriété que possèdent les Boulants de pouvoir gonfler leur œsophage M5 LES RACES DE PIGEONS DOMESTIQUES. [35] n"est que l'exagc'ration de la propriété qu'ont tous les Pigeons de se rengorger; elle a été bien étudiée par Lesbre et Cornevin, à qui nous empruntons les lignes suivantes : Ll- Pi.m.'on-Paoii et le Pi;^eon Boulant anglais. » L'animal fait grosse gorge à volonté, par un mécanisme produisant une déglutition d'air, comme dans le tic du Cheval; aussi est-ce avec raison qu'on qualifie parfois les Pigeons boulants de liqueurs. Toutefois, l'air avalé par le Cheval tiqueur arrive d'ordinaire dans l'estomac et l'intestin, tandis que chez le Pigeon cet air ne dépasse pas le jabot, l'orifice de communication avec le proventricule étant tenu exactement fermé. Il est probable que les plis mu- ::»!! LES PIGEONS. :H) queux rayonnant autour de cet orifice contribuent à son exacte fermeture. La plupart des auteurs d'ouvrages d'aviculture, ou même d'iiistoirc naturelle, font jouer au jabot le principal rôle dans la formation de la boule; c'est tout à fait à tort, ainsi que Lesbre et moi nous en sommes assurés par la dissection ; c'est à l'œsophage que revient la part de beaucoup la plus grande. » Une insufflation comparative de l'œsophage et du jabot chez le liizet et le Boulant fait prendre à l'œsophage du premier la forme d'un fuseau, et à son jabot celle d'une poche transversale dilatée. Celui du second frappe par sa dis- position en sac ellipsoïdal très développé; son jabot n'est guère plus dilaté que celui du Bizet. Voici quelques chiffres comparatifs, qui démontrent de la façon la plus certaine que c'est l'œsophage qui s'est modifié chez le Pigeon boulant, que c'est lui qui se dilate tout particulièrement quand l'Oiseau boule. Le rôle du jabot dans cet acte est, sinon nul, du moins très effacé relativement à celui de l'œsophage. Hi/.(-l. lïoiilanl. Largeur transversale maxima de rœsophagc o"',o3 om.og — — du jabot o"',077 ©".oSS » Nous avons constaté, en employant la méthode du déplacement d'eau, que la capacité de l'œsophage et du jabot du Bizet était de 114 centimètres cubes, tandis que celle du Boulant était de 597 centimètres cubes, soit plus de cinq fois plus considérable. « L'étude histologique comparative de l'œsophage et du jabot dans le Bizet et dans le Boulant n'a révélé aucune diâérence essentielle : seulement la paroi de ces organes est. à égalité de tension, plus mince chez celui-ci que chez celui-là; il est clair qu'elle doit s'amincir en proportion de la dilatation éprouvée, ainsi qu'un ballon de caoutchouc qu'on insuffle. « ... Le Pigeon commence à se rengorger vers l'âge de trois mois, mais ce n'est que quand il est apte à la reproduction qu'il peut dilater complètement son œsophage. « La présence de la boule force l'animal à porter la tête en arrière, à se tenir droit, campé sur ses pattes dans une attitude spéciale. Il n'est pas très solide, car un coup de vent le renverse; son vol est laborieux. « Malgré tout cela, il est très recherché des amateurs qui le prisent d'autant plus qu'il boule davantage. Et, comme tout est solidaire dans l'organisme, cette exagération entraîne celle de l'allongement du corps et de l'attitude redressée, de sorte qu'on a pu dire avec raison que ce sont les e.xagérations organiques du Boulant qui en font la valeur. » Les descriptions de Boulants faites par les auteurs anciens confirment d'une façon éclatante cette dernière proposition, basée sur des considérations mor- phogéniques. Le Pigeon boulant n'a pas toujours été, comme nous l'apprend Paul Vac- quez, le long pigeon, a. la tête longue, au cou long, aux ailes étroites et longues. FI. WIX. — Pigeons domestiques vulgaires iPhotograpliie W. M. Spooner et C») (texte page 38). ::: LES RACES DE PIGEONS DOMESTIQUES. [37] il queue longue attachée à un long corps, placé sur de hautes et longues jambes, que les spécialistes exposent dans les expositions d'aviculture sous le nom de Boulant français, anglais, allemand ou gantois; mais il fut pendant plus de deux siècles un Pigeon de taille mo^'enne ayant les formes ordinaires, quoique plus élancées, d'un Pigeon commun, un peu plus haut sur pattes, et possédant l'étrange faculté de développer, de gonfler démesurément son oesophage. Ce n'est qu'à partir de i8-25 que le Boulant primitif prit, peu à peu, sous l'influence d'un élevage et d'une sélection appropriés, les caractères qu'on lui connaît aujourd'hui, en se partageant d'autre part en plusieurs sous-races peu distinctes l'une de l'autre, et qui sont les suivantes : Les Pigeons boulants français ou d'Amiens. — Cette sous-race détient le record de la taille. M. R. Fontaine (de Lille) en a obtenu un spécimen qui attei- gnait o"',5o de longueur, les pattes avaient o'",2o. Les Boulants français ont un bec grêle, assez long, un corps long, une poitrine étroite, des jambes très allon- gées; leur jabot renflé a une forme hémisphérique; ils portent les ailes croisées en forme d'X sur la queue; leurs pattes sont nues. — Les variétés de plumage sont nombreuses. Les Pigeons boulants lillois. — De plus petite taille que les précédents ; leurs formes sont sveltes et élégantes, leur gorge est ovoïde et non sphérique; leurs tarses sont également nus, mais le doigt médian seul est garni de petites plumes. Ils présentent aussi de nombreuses variétés de coloration. Les Pigeons boulants anglais ou Powters. — Leur taille est à peu près celle des Boulants français; ils s'en distinguent surtout par leurs ailes qui reposent sur la queue sans se croiser, et par leurs pattes très emplumées. Les Pigeons boulants de Poméranie. — Assez voisins des Powters, ils s'en distinguent par leurs ailes croisées à l'extrémité, leurs pattes courtes, très emplumées, la forme de leur gorge. Les Pigeons boulants allemands. — Ils sont d'une taille moyenne; leur gorge est ovoïde, leurs pattes emplumées. Leur plumage est uniformément jaune, brun ou gris perlé avec barres alaires blanches. Les Pigeons boulants hollandais ou néerlandais. — Ils sont de petite taille; leurs pattes sont courtes; leurs formes ramassées. L'une des variétés les plus estimées est le Boulant gantois dominicain. Les Pigeons boulants Brunner. — De petite taille, de formes sveltes, et offrant un plumage varié, ils nous conduisent aux formes naines suivantes. Les Pigeons boulants Pigmy [Powter Pigmy). — C'est la forme naine du Bou- lant anglais. Les Pigeons boulants d'Amsterdam. — Cette sous-race naine se fait remar- quer par ses formes trapues, ses jambes courtes, ses tarses nus, et la dilatation considérable de l'œsophage plus prononcée que chez aucun autre Boulant. Toutes ces sous-races et variétés de Boulants dérivent d'une souche com- mune, le Boulant grosse-gorge des anciens. Celle-ci s'est divisée en trois bran- ches principales: les Boulants anglais, les Boulants français et les Boulants de :W] LES PIGEONS. :î8 Poniéranie, d'où sont nées toutes les sous-races et variétés connues, à la suite des croisements et de la sélection artificielle. Les Pigeons boulants, malgré la grande taille qu'ils peuvent acquérir quel- ques-uns pèsent jusqu'à (ioo grammes), ne sont guère considérés que comme une race de fantaisie. Leur élevage présente d'ailleurs beaucoup de dilliculiés; ils sont peu produc- tifs, et demandent à être tenus dans un état de très grande propreté. Par suite de la conformation spéciale de leur gorge, ils ne peuvent nourrir leurs petits ; la cause en est, non pas dans un défaut de sécrétion de leur jabot, comme on le croyait autrefois, mais bien dans la difiiculté qu'ils éprouvent dans l'acte de la régurgitation. Cette difficulté de la régurgitation s'explique par la distension de la tunique musculaire de l'œsophage. Les Pigeons maillés de Cai:x. — Aux Pigeons boulants se rattache la race des Pigeons maillés, appelés aussi Mondains de Caux. Ces Pigeons ont les formes générales des Mondains; leur plumage est maillé et de diverses façons: leur œsophage est très dilatable, mais à un degré moindre que celui des Bou- lants. Ils paraissent dériver d'un croisement entre une espèce très ancienne de Grosse-Gorge, le Grosse-gorge ardoisé à vol blanc, et le Mondain. On en connaît plusieurs variétés désignées sous les noms de Maillés feu. Maillés noyer, Maillés jacinthe. Ces désignations se rapportent à la teinte du plastron et des côtés du cou, le fond du plumage étant gris bleuté. Les Maillés de Caux sont des Pigeons d'une taille assez volumineuse, presque égale à celle des Montauban: ils sont très prolifiques et, pour ces deux raisons, sont très estimés des éleveurs. LES PKiEONS nO.MESTIQl'ES VILGAIRES C . En dehors des races précédentes qui sont déterminées chacune par un ensemble de caractères relativement lixes, il existe des Pigeons ne pouvant se rattacher à aucune race déterminée. Ce sont les Pigeons de ferme ou races comestibles, élevés sans grand souci de leur généalogie, le but principal des éleveurs étant d'obtenir le plus grand nombre de gros Pigeonneaux. On a vu quelles étaient, parmi les races pures, celles qui donnaient à ce point de vue les meilleurs résultats; les unes, de grande taille et assez prolifiques, s'éloignant peu du colombier, conviennent la plupart du temps à toutes les exploitations agricoles ; les autres, telles que les Pigeons voyageurs (non sélectes, ni entraînés en vue du transport des dépêches), d'une taille moyenne, susceptibles d'aller chercher au loin leur nourriture à travers la campagne, sur les places des villes, dans les rues, et de retrouver facilement leur gite, conviennent mieux dans certains cas particuliers. f) PL XXIX. — Pigeons domestiques vulgaires (plaiiclie page 3()). SYNOPSIS DES RA.CES DE PIGEONS iD'appks Cownemn, légèrement modilié;. Section I. — Races à œsophage non modifié. Sous-section I. — Races à queue de dcpeloppemeiit moyen et portée /lori^ontalcinent. Pas de filet oculaire, l'or- mat moyen Bizet (Sous-races : Montagnard, Lune, Sali- , nette, Heurté, Maillé, Volant à tête lisse,) Tournant à tète lisse. Culbutant à tête' l''' lisse). 1 Groupe. J Format variable, \ p [ caractères peu distinctifs .... Mondain (Sous-races : Gros, Moyen, Petit). I '■'' Catégorie. Bec de dimensions moyennes. D 1^ Bec dedimensions variables. Dispositions spéciales de certaines plumes du tronc et de la tête. lll' Le plus grand format de l'es- \ g \, pèce Romain (Sous-race : Montauban). j y Catégorie. Bec variable Messager (Sous-races : Anversois, Liégeois,/ Bec surmonté \ Beyrouth, Pigeon voyageur, type actuel). ^ II'- de caroncules i Bec long Carrier (Sous-races : Bagadais, Dragon'. i Groupe. tr. développées. Bec court Polonais ou Barbe. V 3'" Catégorie. — Brièveté du bec et de | la face, portée au maximum Tumbler. / Une cravate Cravaté (Sous-race à tarses nus : Tunisienne, Chinoise, Anglaise, Française, Domino, ' Heurtée. Sous-races à tarses emplumés : Brunette, Satinette, Bluette, Silverette, Blondinette Turbitéenne, Vizor. Sous-race naine : Damascène). Un capuchon Jacobin ou Nonnain. Une coquille Coquille (i" Sous-races à tarses nus : Hollan' daise. Barbue, Brésilienne, Nonnain cape. ,^ ^.,„„ „ c- • . 1 • /- , Groupe. 2» Sous-races a tarses emplumés : Carme, Russe, Sa.xonne, Sapajou, ttourneau co- quille. Moine à bavette). L'n épi Spicifer (Sous-races : Ringslager, Bouvreuil, Lahore, Mookee, Lowtan). Un toupet Tambour i Sous-races : Tambour de Boii- kharie, T. de Dresde, T. d'.Mtenbourg). Une crinière Nègre. Frisure des plumes .... Milanais frisé. Sous-section II. — Races à queue de longueur au-dessus de la moyenne. Bec, tête et pattes courts; ailes et corps \ allongés Swifts. SoijS-section III. — Races à queue brùre, relevée, non étalée. Pas de filet oculaire ; cou agité de mouve- ments convulsifs Pigeon-Poule. Un lilet oculaire; pas de mouvements convulsifs Pigeon de Modène (Sous-races : Gazzi.Schietti). Sous-SECTioN IV. — Races à queue très fournie, se relevant et s'étatant. Corps arrondi ; taille au-dessous de la moyenne Pigeon-Paon (Sous-races à tarses nus : Écos- saise, .\nglaise,.'Mlemande, Inverse, Guva- naise. Sous-races à tarses emplumés : Indienne, ( Indienne huppée des Philippines). Section II. — Races à œsophage modifié. Port droit; jambes longues Boulant ou Grosse-Gorge (Sous-races : Écos- saise, Néerlandaise, Lilloise, .Mlemande, / V Hongroise. ^ Groupe. Sous-race naine : .\msterdam.) Port droit. Plumage maillé Maillés de Caux. /Groupe. \' 40] LES PIGEONS. 40 i.A VIE .\v (:oi.ombii;r. Les Pigeons domestiques, quelle que soit la race à laquelle ils appartiennent, ont une existence bien différente de leur ancêtre primitif, le Bizet sauvage. Les uns, élevés pour le seul agrément des amateurs, sont tenus dans une complète captivité; les autres, élevés en vue de la production de la chair, sont uénéralement laissés en demi-liberté. Les premiers réclament des soins spéciaux; la liberté leur serait funeste, car ils seraient incapables de trouver par eux-mêmes leur nourriture; de plus ils pourraient se croiser avec des races communes; ils doivent être maintenus dans des volières spacieuses, convenablement aménagées. Dans chaque volière, on dispose une ou plusieurs cages analogues à celles qui seront décrites plus loin, et qui leur serviront à nicher; on y place égale- ment des perchoirs, des mangeoires, et de l'eau où ils puissent se baigner. Le sol est recouvert d'une couche de sable fm dans lequel ces Oiseaux aiment à se rouler, à la façon des Gallinacés. Les parois de la volière, les cages, les per- choirs sont passés à la chaux. La propreté la plus scrupuleuse est de rigueur, car sans cette précaution les parasites ne tarderaient pas à envahir le colom- bier. Il n'est pas sans importance non plus de protéger la volière contre les incursions des Rats, des Souris et des Chats, autant que contre les intempéries des saisons. Pour les races vulgaires, et laissées en demi-liberté, le pigeonnier le plus pratique consiste, pour chaque couple, en une caisse en planches bien assem- blées, dont la paroi supérieure inclinée forme toit, et dont la paroi antérieure est munie de deux portes à coulisseaux. Devant chaque ouverture se trouve une planchette horizontale sur laquelle l'Oiseau peut se poser avant d'entrer dans la cage. Ces pigeonniers sont adossés à un mur élevé, orienté vers le sud-est; ils doivent être distants l'un de l'autre de 4 a 3 mètres, et placés à 3 mètres au moins du sol. L'installation d'un colombier pour Pigeons voyageurs est un peu différente. Ici un même local est commun à plusieurs couples, qui doivent pouvoir nicher sans se gêner les uns les autres. Une mansarde élevée convient parfaitement. L'éleveur peut y entrer à volonté pour soigner ses pensionnaires, ou constater leur rentrée au gîte. Dans ce dernier but, on a inventé de nombreux systèmes de trappes ou cli- quettes, qui fonctionnent automatiquement. Le Pigeon traverse d'abord une rangée de cliquettes qui s'écartent devant lui quand il entre, et qui se refer- ment aussitôt, l'emprisonnant en quelque sorte dans l'antichambre de sa demeure; en même temps, un signal avertisseur prévient le colombophile qui vient constater la rentrée de son élève et lui donner les soins dont il peut avoir besoin. L'alimentation des Pigeons voyageurs est des plus simple : la petite féverole, la vesce, le blé en forment la base. Accessoirement, on y joint un peu de maïs, .'il LES ECTOPISTES. [41J du chcncvis, du millet, et a l'époque de la mue, ou lorsqu'ils rentrent de vo3'age, un peu de graine de lin et de verdure. Âlalgré tous les soins dont on peut les entourer, les Pigeons sont sujets ù dill'érentes affections : la diphtérie, les attaques épileptiformes, l'arthrite de l'aile, la conjonctivite, la morve, la gale, les vers intestinaux, la vermine. Bien que toutes ces maladies soient connues des éleveurs, et forment un chapitre important de la zootechnie, il est préférable de les éviter par des mesures prophylactiques; une extrême propreté du colombier et une alimentation choisie sont des précautions d'une grande importance. LES ECTOPISTES Caractères. — Les Ectopistes sont caractérisés par un bec médiocre, à bords mandibulaires légèrement flexueux; des narines linéaires percées dans une membrane renflée; des ailes longues, pointues, subaiguës; une queue longue, flabelliforme, à pennes très étagées; des tarses courts, robustes, un peu emplumés au-dessous de l'articulation ; l'ongle du doigt médian large et médiocrement recourbé. L'ECTOPISTE MIGRATEUR [t'clopisles migraloriiis). — Camcthrc^. — La taille de cet Oiseau est d'environ o",4o. Son plumage est en dessus d'un bleu ardoisé, avec des reflets bleus et violets à la base du cou; en dessous d'un roux vineux, avec la région anale et les sous-caudales blanches; les grandes rémiges sont noirâtres, bordées de blanchâtre; les scapulaires, semblables au dos, portent des petites taches irrégulières noires brillantes; les rectrices médianes sont d'un noir ardoisé, les latérales cendrées, passant au blanc vers la pointe et marquées chacune d'une grande tache noire sur les barbes internes; le bec est noir, l'iris orangé, avec les paupières nues et rouges; les pieds rouges. La femelle est d'une taille un peu inférieure à celle du mâle; son plumage est plus terne, le dos tire sur le cendré. Habitat. — L'Ectopiste migrateur se rencontre dans tous les Etats de l'Amé- rique du Nord. Il s'égare accidentellement en Europe, notamment en Angle- . terre, en Norvège, en Russie. On le désigne fréquemment sous les noms de Tourlcrellc du Canada, Ptij^con de passaf^e, Pigeon voyageur. Pigeon sauvage d'Amérique. Mœurs. — C'est le plus sociable de tous les Pigeons; il vivait autrefois en bandes innombrables de plusieurs millions d'individus. Les récits que nous ont rapportés Audubon et Wilson, à ce sujet, sont réellement fabuleux. A certaines époques de l'année, les Ectopistes émigrent, non pour changer de climat, mais pour se diriger vers les régions qui leur offrent le plus de nourriture. Jadis, pendant plusieurs jours, on assistait au délilé de leurs bandes immenses, longues de plus de deux milles, larges d'un quart de mille. Le ciel en était obscurci et le bruit qu'elles produisaient en volant rappelait le grondement lointain du tonnerre. [\2] LES PIGEONS. 42 Audubon a compté le passage successif de cent soixante-trois bandes sem- blables en l'espacô de vingt minutes! Tant que la région traversée ne promet pas une ample moisson de graines et de baies, les bandes continuent leur route en volant à une très grande hauteur et avec une grande régularité, sans me me paraître affectées par les coups de fusil : mais l'apparition d'un Oiseau de proie provoque la plus vive panique dont Audubon nous a laissé le curieux tableau. (( Je renonce à vous décrire, dit cet auteur, l'admirable spectacle qu'offraient leurs évolutions aériennes lorsque, par hasard, un Faucon venait à fondre sur l'arricre-garde de l'une de leurs troupes : tous à la fois, comme un torrent, et avec un bruit de tonnerre, ils se précipitaient en masses compactes, se pressant l'un sur l'autre vers le centre; et ces masses solides dardaient en avant en lignes brisées ou gracieusement onduleuses, descendaient et rasaient la terre avec une inconcevable rapidité, montaient perpendiculairement de manière à former une immense colonne; puis, à perte de vue, tournoyaient, en tordant leurs lignes sans fin qui représentaient la marche sinueuse d'un gigantesque Serpent. « 11 est extrêmement intéressant de voir chaque troupe répéter de point en point les mêmes évolutions qu'une première troupe a déjà tracées dans les airs. Ainsi, qu'un Faucon vienne à donner quelque part sur l'une d'elles : les angles, les courbes et les ondulations que décriront ces Oiseaux dans leurs efforts pour échapper aux serres redoutables du ravisseur seront reproduits sans dévier par ceux de la troupe suivante. Et si, témoin d'une de ces grandes scènes de tumulte et de trouble, frappé de la rapidité et de l'élégance de leurs mouve- ments, un amateur est curieux de les voir se reproduire encore, ses désirs seront bientôt satisfaits : qu'il reste seulement en place jusqu'à ce qu'une autre troupe arrive. »... Aussitôt que s'annonce quelque part une abondance convenable, les Pigeons se préparent à descendre, et volent d'abord en larges cercles, en passant en revue la contrée au-dessous d'eux. C'est pendant ces évolutions que leurs masses profondes offrent des aspects d'une admirable beauté, et déploient, selon qu'ils changent de direction, tantôt un tapis du plus riche azur, tantôt une couche brillante d'un pourpre foncé. Alors, ils passent plus bas par-dessus les bois, et par instants se perdent dans le feuillage, pour reparaître le moment d'après, et s'élever de nouveau au-dessus de la cime des arbres. Enfin les voilà posés ; mais aussitôt, comme saisis d'une terreur panique, ils reprennent leur vol avec un battement d'ailes semblable au roulement lointain du tonnerre; et ils parcourent en tous sens la forêt, comme pour s'assurer qu'il n'y a nulle part du danger. La faim cependant les ramène bientôt sur la terre, où on les voit retournant très adroitement les feuilles sèches qui cachent les graines et les fruits tombés des arbres. Sans cesse, les derniers rangs s'enlèvent et passent par-dessus le gros du corps, pour aller se reposer en avant, et ainsi de suite, d'un mouvement si rapide et si continu que toute la troupe semble être en même temps sur ses ailes. La quantité de terrain qu'ils balayent est immense, et la place rendue si nette que le glaneur qui voudrait venir après eux perdrait complètement sa peine. » 'i:! LES TOURTERELLES. /i:'.; Malheureusement, c'est en vain que l'on chercherait aujourd'hui, dans toute l'Amérique, le théâtre de ces spectacles grandioses. L'Kctopiste des États-Unis a eu le même sort que le Bizet de l'Europe. Sous l'influence des chasses acharnées qu'on lui a faites, ses bandes immenses se sont éclaircies, décimées. Les petites troupes que l'on rencontre encore de nos jours ne donnent plus aucune idée des prodigieuses légions du temps d'Audubon. Dans un grand nombre de localités, on ne rencontre même que quelques couples isolés, et il est à craindre que cette espèce ne disparaisse bientôt de la faune du Nouveau Monde. Les Ectopistes nichent sur les plus hautes futaies, au milieu des forêts. Leur nid, formé de brindilles sèches entre-croisées, est placé à la bifurcation des branches. Un même arbre en porte un grand nombre. La ponte est de deux œufs semblables à ceux du Bizet. Chasse. — La chair des Ectopistes est assez délicate; aussi fait-on à ces Oiseaux une chasse acharnée dès qu'ils se montrent dans un pa3's. Mais leurs apparitions sont très irrégulières, et dépendent de l'abondance plus ou moins grande des graines et des fruits. On les tuait par milliers lorsque, dans leurs migrations, leurs légions immenses s'abattaient sur les arbres d'une foret pour y passer la nuit. On les prenait aussi par centaines dans des lilets posés sur leur passage. Le résultat de semblables carnages a été la disparition presque complète de ce précieux gibier. Captivité. — Placés dans une volière convenable, les Ectopistes supportent la captivité pendant plusieurs années. LES TOURTERELLES Caractères. — Les Tourterelles ont des formes plus élancées, plus sveltes, que les Pigeons des genres précédents. Leur bec est droit, grêle, peu renflé à l'extré- mité; leurs lorums dénudés, leurs narines oblongues, étroites, horizontales, surmontées d'une écaille légèrement convexe, formée par la cire; leurs ailes allongées, subaiguës; leur queue médiocre, arrondie; leurs tarses longs et nus. L\ TOURTERELLE DES BOIS [Tiirliir aiiritus). — La Tourterelle des bois, ou Tourterelle commune de l'Europe, mérite une description complète, car on la confond fréquemment avec les Tourterelles communes des Oise- leurs, qui sont d'origine asiatique. Caractères. — Sa taille est d'environ o"',29. Le mâle adulte a la tète et le dessus du cou d'un cendré bleuâtre, les plumes du dos, du croupion et les sus-caudales d'un brun roux, marquées de brun et de cendré en leur milieu; le devant du cou et la poitrine d'une teinte vineuse; le reste des parties inférieures blanc; un demi-collier noir, coupé obliquement de raies blanches, orne les faces latérales du cou: les couvertures alaires sont noires, et bordées de roux de rouille; les rémiges brunes, bordées de gris roussàtre; les rectrices médianes ]W' LES PIGEONS. 44 d'un brun loussàtrc, les latérales noirâtres et terminées de blanc, la plus externe de chaque côté bordée de blanc en dehors ; les paupières nues et rouges, l'iris rouge jaunâtre, le bec brun bleuâtre, les pieds rouges. La femelle est de plus petite taille que le mâle; ses teintes sont moins vives, son collier moins étendu. Les jeunes ont des teintes sombres, et, avant la première mue, leur collier est à peine indiqué. Habitat. — La Tourterelle des bois est très répandue dans toute l'Eu- rope, mais particulièrement dans les régions méridionales. Elle est abon- dante également en Afrique et dans le nord-ouest de l'Asie. Mœurs. — Sans être un Oi- seau essentiellement migra- teur, la Tourterelle com- mune de l'Europe vient se reproduire de préférence dans les régions tempérées. Elle s'établit alors dans les bois, au voisinage des champs cultivés, là où elle est sûre de toujours trouver en abondance les graines qui forment le fond de sa nour- riture. Son arrivée a lieu par couples, vers le commencement d'avril; son départ s'ef- fectue, par petites familles, à la fin de l'été. En dépit de son naturel sauvage et mé- fiant en liberté, les poètes, frappés de la grâce de ses mouvements, de la douceur de son roucoulement, des marques de ten- dresse que le mâle témoigne à sa femelle, ont voulu voir dans la Tourte- relle le symbole de l'amour conjugal. On ne peut, en effet, s'empêcher d'ad- mirer les mœurs douces et sociables de ce charmant Oiseau, autant que la grâce de ses allures. La Tourterelle a un vol aisé, rapide, silencieux; a terre, elle marche avec élégance; poursuivie par un Oiseau de proie, elle se glisse adroitement au milieu des branches, pour lui échapper. Son genre de vie ne diffère pas de celui des autres Pigeons sauvages. Elle se nourrit de petites graines, de blé, de pois, de semences de pins. Son nid est grossièrement construit à claire-voie, dans les branches d'un arbre, à une faible hauteur, parfois même au milieu d'un buisson épais. On y trouve généralement deux œufs d'un blanc pur, que les parents couvent alterna- tivement. Captivité. — Les Tourterelles communes, prises jeunes, s'apprivoisent facilc- '// ^c.*.. . La Tourterelle des bois. 45 LES TOURTERELLES. [45] ment, et deviennent d'une remarquable familiarité. On peut les maintenir en volière ou en cage. Elles donnent avec les autres espèces des métis dont quelques-uns sont féconds. LA STREPTOPÉLIE RIEUSE OU TOURTERELLE A COLLIER (*) [Titrtiir risoriiis). — Caractères. — Le plumage de la Tourterelle à collier est d'une teinte Isabelle presque uniforme; les parties inférieures et la tête sont plus claires; les ailes noirâtres; le collier noir s'étend en un croissant continu sur la nuque et les côtés du cou ; l'iris et les pattes sont rouges, le bec brun. Habitat. — La Tourterelle à collier, ou Pigeon rieur, est originaire de l'Asie; on la trouve aussi dans le nord-est de l'Afrique et l'Arabie. Mœurs. — La particularité qui la distingue le mieux de la Tourterelle commune est son cri. Celui-ci comprend, outre un roucoulement sonore, quelques notes qui imitent assez bien le rire d'une personne, et que l'on peut traduire par bi-hi-hi-hi. C'est d'ailleurs ce qui lui a valu son nom. On rencontre la Streptopélie rieuse dans les forêts des steppes. Elle vit en bandes assez nombreuses, qui, lorsque la nourriture fait défaut, entreprennent de grandes migrations analogues à celles de l'Ectopiste migrateur d'Amé- rique. Captivité. — La Tourterelle à collier supporte la captivité plus facilement encore que la Tourterelle commune; aussi la voit-on fréquemment en volière ou en cage. Ses allures sont gracieuses, sa douce familiarité agréable. D'après E. Oustalet, c'est de la Tourterelle à collier propre à l'Inde et à la Chine {Turtur douraca Hogs.) que dérivent les Tourterelles h/ondes des oise- leurs. Cette espèce, dont la domestication remonte à la plus haute antiquité, fut importée en Europe, il y a environ trois siècles, par les Hollandais. Les Tourterelles blondes domestiques n'ont donc rien de commun avec les Tourterelles communes de l'Europe; le croisement de ces deux espèces ne donne d'ailleurs que des métis inféconds. Sous l'influence de la domestication, la Tourterelle à collier primitive a subi quelques modifications, notamment une sorte de décoloration du bec, qui de noirâtre est devenu rosé^ des pattes et des yeux qui de rouges sont devenus également rosés; le plumage est aussi fréquemment frappé d'albinisme. LA CHALCOPÉLIE AFRICAINE OU PIQEON-NAIN (C/;c7/co/;tVÙ7 afra\— Cette Tourterelle, dont quelques auteurs ont fait le type du genre spécial Chalcopelia, se fait remarquer autant par ses allures élégantes que par la couleur métallique de ses ailes. Caractères. — Sa taille n'est que de o"',20. Elle a la tête d'un gris cendré, le dos et la queue brun marron avec le croupion noir; la poitrine rougeàtre, le reste de la face inférieure du corps blanc; les ailes noires, avec les rémiges secondaires offrant des reflets métalliques; l'iris et les pattes rouges; le bec noir. Cl PI. XXX. — Tourterelles à collier (Photographie NN'. .M. Spooiier et C"). La vie des ANIMAI^X ILLLSTRÉt. IV. [4G] LES PIGEONS. 46 Habitat, — La Chalcopélie africaine, comme l'indique son nom, a pour patrie l'Afrique; elle est surtout commune au sud du 14'-' degré de latitude. Mœurs. — Elle se tient dans les épais buissons, à proximité de quelque cours d'eau, dans les régions où pousse une riche végétation. Vivant par couples ou par petites familles, elle y trouve toujours une abon- dante nourriture. Aussi est-elle sédentaire partout où elle s'établit. Ses allures sont extrêmement élégantes. Son cri a un timbre mélodieux, très particulier; il se compose d'une seule note que l'Oiseau répète un grand nombre de fois successivement et de plus en plus vite. La Chalcopélie niche dans les buissons touffus, à peu de distance du sol, ou dans quelque trou d'un arbre vermoulu. LES MELOPELIES Les Mélopélies et genres voisins forment un groupe de Pigeons dont certains auteurs ont fait la sous-famille des Zeiia'idiiia.'. Par leur existence essentiellement terrestre, que révèlent leurs caractères morphologiques, les Oiseaux de cette sous-famille, ainsi que leurs proches parents, les Phaps et les Gouras, établissent une transition des Pigeons aux Gallinacés. Leurs formes sont élégantes, leurs tarses élevés, leurs ailes de longueur moyenne, leur queue allongée, de forme variable. LA MÉLOPÉLIE LEUCOPTÈRE. — Répandue irrégulièrement dans la plus grande partie de l'Amérique, cette espèce se fait remarquer par la singularité de son chant mélodieux et varié. Aussi est-elle très appréciée dans ce paj's comme Oiseau de volière. LES COLOMBI-MOINEAUX Désignés en Amérique sous le nom de Pigeons Je terre {Ground dores , les Colombi-Moineaux ont des formes trapues, une tète petite, un cou court, des ailes de longueur moyenne, une queue courte et arrondie, des tarses complè- tement nus, un bec court et faible. LE COLOMBI-MOINEAU PASSERINE [Cliavui'pelia passerhia). — Caractères. — La laille de cette charmante espèce n'est que de o"',i8. Dans son plumage domine le brun grisâtre ; la tète et la nuque sont d'un gris bleuâtre, la gorge blanchâtre, les couvertures des ailes tachetées de brun à reflets métalliques, les rémiges brunes sur les barbes externes, rouge brun sur les barbes internes, les rectrices noires, les externes bordées de blanc en dehors, l'iris orange, le bec et les pattes rouges. Habitat. — Le Colombi-Moineau passerine habite le sud des Etats-Unis, la Floride, les Antilles. 'i* LES COLOMBI-PERDRIX. 17 Mœurs. — Il vit dans les pâturages et les plaines herbeuses; il s'établit volontiers près des villages où croissent des orangers. On le rencontre fréquemment perché sur les haies qui bordent les routes et faisant entendre son roucoulement sonore et plaintif. Il vole peu, et ne parcourt jamais un grand espace d'une seule traite; par contre, il court sur le sol avec autant de rapidité qu'une Poule. D'un naturel très sociable, il forme des bandes de dix à quinze individus qui restent unies même pendant la période des amours. Le nid du Colombi-Moineau passerine est habituellement situé sur une branche horizontale d'oranger, à une faible distance du sol; exceptionnel- lement il est placé dans quelque buisson ou même sur le sol. Il est composé de menues branches, de feuilles sèches, de mousse d'Espagne. La femelle pond deux œufs d'un blanc éclatant; elle fait deux couvées par année, l'une en avril, l'autre en juin ; quelquefois une troisième, quand la saison est favorable. Les deux parents prennent une part égale à l'incubation et à l'éducation des jeunes. Chasse. — Cette espèce semble appelée à disparaître devant la chasse qu'on lui fait pour se procurer sa chair délicate autant que son beau plumage. Captivité. — Le Colombi-Moineau passerine s'acclimate facilement dans nos pays, et s'y reproduit même en captivité. On le nourrit de millet, d'alpiste, de navette, et de temps à autre on lui donne quelques larves de Fourmis ou des ^'ers de farine. LES GÉOPÉUES Les Géopélies sont originaires des îles de la Sonde. Elles se reconnaissent, à première vue, à leur taille petite, élancée, à leur queue longue étagée, et à leur plumage élégamment rayé. LXGÉOPÉL\E STRIÉE (Geopelia striata). — Appelée aussi Pigeon-cpcrrkr., cette espèce a un plumage d'une teinte fauve rayée de noir. Ses mœurs n'offrent pas de particularité spéciale. Elle s'élève très bien en captivité, comme le? Golombi-Moineaux. LES COLOMBI-PERDRIX Ces Pigeons doivent leur nom a la forme générale de leur corps, qui les fait ressembler assez bien aux Perdrix de nos champs. Caractères. — Ils ont un bec relativement fort et bombé à l'extrémité, des tarses longs, épais, des doigts courts armés d'ongles solides, fortement recourbés, des ailes courtes, arrondies, sub-obtuses, une queue large, arrondie, la base du bec et les lorums formant une ligne continue, dénudée, papilleuse. lis LES PIGEONS. 18 LA COLOMBI-PERDRIX CYANOCÉPHALE i^Staniœ)ias cyanocephaLi . — Caractères. — Cet Oiseau mesure environ o'",3o. Il a le sommet de la tète d'un bleu ardoisé, la face, la nuque et la gorge noires, une ligne naso-oculaire blanche, les rémiges et les rectiices externes brunes ; le reste du corps d'un ixuige brun-chocolat, passant au rouge vineux à la poitrine; le bec rouge à la base, bleuâtre à la pointe; les pattes rouges. Habitat. — La Colombi-Perdrix habite l'ile de Cuba et l'Amérique centrale, où son aire de dispersion s'étend au sud jusqu'au Brésil, au nord jusque dans la Floride. Malheureusement, les chasses acharnées qu'on lui a faites ont amené sa disparition dans un grand nombre de localités où elle était autrefois abondante. .Mœurs. — Elle se plait dans les grandes forêts dont le sol est rocailleux. Ses allures sont lentes et graves; elle marche le cou tendu, la queue légèrement relevée, tout en cherchant parmi les feuilles sèches les graines, les baies dont elle fait sa nourriture; elle mange aussi, paraît-il, de petits Colimaçons. En s'envolant, elle produit un bruit semblable à celui que fait la Perdrix d'Europe, et cette particularité s'ajoute encore à la ressemblance extérieure de ces deux Oiseaux. Elle se perche sur les branches des arbres pour se reposer, ou y passer la nuit. Son nid, placé le plus souvent sur un Tillandsia, est négligemment construit; la femelle }' dépose deux œufs blancs. LES PHAPS Caractères. — Les Phaps ont des formes ramassées, massives: leurs tarses sont courts, leurs doigts longs, leurs ailes longues, aiguës; leur queue courte. Leur plumage à reflets métalliques leur a valu le nom de Pigeons bi-ou^cs. LE PHAPS LUMACHELLE. — Caractères. — Cette espèce est la plus ancien- nement connue. Sa taille est d'en\iron o"',3.^. Elle a la tcte et le dos bruns dvcc le front, une bande sous l'œil et la gorge, d'un blanc jaunâtre; la partie infé- rieure du corps d'un rouge vineux tirant sur le gris au ventre; les ailes semées de taches allongées d'un bronze cuivré et vertes, à reflets métalliques; la queue brune en son milieu et d'un gris foncé sur les bords; l'iris d'un brun rougeàtre : le bec noir, les pattes rouges. Habitat. — Le Phaps lumachelle se rencontre dans tout le continent austra- lien, mais, dans certaines localités, il n'est que de passage. Mœurs. — 11 fréquente les grandes plaines incultes, couvertes de buissons et de bruyères, à proximité d'un cours d'eau ou d'un étang. Sa nourriture se compose essentiellement de graines de toute espèce. Il niche sur les arbres, à peu de distance du sol. Son nid est, comme celui des autres Pigeons, construit assez légèrement ; on y trouve deux œufs d'un blanc pur, que les parents couvent alternativement. La reproduction a lieu en août et en février; les jeunes une fois sortis du nid. 40 LES N ICO BARS. !V,)] «e réunissent en bandes nombreuses qui parcourent la campagne en quête de nourriture. C'est le moment que choisissent les chasseurs pour leur faire une guerre acharnée, car leur chair est très délicate. Captivité. — En captivité, les Phaps s'apprivoisent comme lesautres Pigeons exotiques et se reproduisent même en volière. On les désigne vulgairement sous le nom de Colombes vertes d'Australie. LE LONQUP LOPHOTE {Ocfphaps lophotes). — Cet élégant Oiseau se fait remarquer par une longue huppe effilée qu'il porte derrière la tête. Sa taille est de o"',33. Il a la tête, le devant du cou, la poitrine, le ventre gris cendré; le dos brun olivâtre clair, les couvertures des ailes d'un vert bronzé brillant et lisérées de blanc pur, les rémiges et les rectrices d'un brun verdàtre et terminées de blanc; le bec noir, les pieds rouges. Il habite l'Australie; on le rencontre en troupes assez nombreuses dans les terrains inondés, sur les bords des rivières. Il vit très bi.n en captivité. C'est dans le groupe des Phapidés qu'il faut ranger l'espèce que les oiseleurs désignent sous le nom de Colombe poignardée [Plilog-œnas eruentata). Cet Oiseau doit ce nom à une large tache rouge de sang qu'il porte sur le jabot et qui tranche sur les teintes foncées métalliques du reste du plumage. LES QÉOPHaPS. — Plus recherchés encore que les Phaps, pour la délicatesse de leur chair, les Géophaps de l'Australie se reconnaissent à leur bec plus court, à leurs ailes courtes et arrondies, contrastant avec leurs tarses élevés. On leur donne aussi le nom de Colombi-Cailles. Leur existence est beaucoup plus terrestre que celle des Phaps. Ils construisent fréquemment leur nid sur le sol. LES LEUCOSARCIES. — Ils habitent aussi l'Australie. Déplus grande taille que les Phaps, leur chair n'en est pas moins très estimée. Ils s'accommodent très bien de la captivité et on les voit fréquemment dans les jardins zoologiques de l'Europe. LES NICOBARS Les Pigeons de Nicubar, ou simplement les Nicobars, rappellent, par leurs caractères et leur genre de vie, les Gallinacés. Caractères. — Ils ont des formes trapues ; un bec fort, dont la eire forme à la base une petite éminence arrondie; des pattes fortes et élevées; des ailes lon- gues; une queue courte, arrondie; un plumage lâche, abondant. LE NICOBAR A CAMAIL {Calœiias tiieobariea . — Caractères. — Cet Oiseau se reconnaît ii première vue, aux plumes allongées, séparées, qui revêtent la région du cou et des épaules d'une sorte de camail. Sa taille est d'environ o"',3'S. Son plumage est presque entièrement d'un vert foncé varié de vert clair, à [50: LES PIGEONS. 50 /i .-<* ^-^ éclat métallique, avec quelques plumes dorées dans la région du cou ; la queue est blanche ; le bec noir; l'iris et les pattes d'un rouge foncé. Habitat. — Les Pigeons de Nicobar habitent, comme leur nom l'indique, les îles Nicobar, mais i's sont très répandus dans la Nouvelle-Guinée, les Philippines et les îles avoisinantes. Mœurs- — La confor- mation de cet Oiseau permet de songer, au premier abord, qu'il doit mener une existence as- sez différente de celle des autres Pigeons. Il est, en effet, adapté à vivre sur le sol plus que sur les arbres. Malgré ses gran- des ailes, son vol est lourd, laborieux. Par contre, il marche sans fatigue sur le sol, et, s'il faut en croire les récits de certains voyageurs, il peut parcourir en peu de temps une centaine de kilomètres. Il nage aussi assez facilement, ce qui expliquerait l'étendue considérable de son aire de dispersion. Il se nourrit surtout de graines et niche à terre, comme la Perdrix. Le Goura couronné. LES GOURAS Les Gouras, dont certains auteurs font une famille spéciale, sont des Pigeons de très grande taille, caractérisés principalement par la présence, sur la tète, d'une énorme huppe de plumes soyeuses, disposées en éventail, et que l'Oiseau peut relever ou abaisser à volonté. Ce somptueux ornement, joint aux formes lourdes et massives de ces Oiseaux, à leur queue longue et arrondie, à leurs tarses hauts et forts, leur donne un aspect très singulier. LE GOURA COURONNÉ [Goura coronaici . — Caractères. — Le Goura cou- ronné est de la taille d'une Poule ordinaire; il mesure o", 73 de long. 51 LES DIDUNCULIDES. [51] Son plumage est d'un beau bleu-ardoise avec les épaules d'un roux châtain; les ailes sont rayées transversalement d'une bande blanche ; la queue présente près deTextrémiié une bande semblable d'un gris cendré ; les plumes de la huppe, allongées, décomposées, sont de la même couleur que le corps; l'iris est rouge-vermillon ; les pattes couleur de chair. Habitat. — Les Gouras sont originaires delà Nouvelle-Guinée et de l'Australie. ^^, Mœurs. — Leurs mœurs sont essentiellement terrestres. Ils flfjj errent dans les forêts, par petites troupes, ramassant les ■ ' graines et les fruits tombés des arbres et dont ils font leur nourriture. Ils volent peu, mais ils se perchent sur les basses branches des arbres pour passer la nuit, ou lorsqu'ils sont effrayés. Captivité. — Les Gouras ornent aujour- d'hui les parcs de la plupart des jardins . zoologiques. Ils se reproduisent aisément en cap- tivité ; la femelle ne pond qu'un seul œuf. Bien que leur chair soit très délicate, l'é- levage de ces Oiseaux n'a pas encore pris une bien grande extension. LES DIDUNCULIDES Cette famillt; ne comprend que deux gen- res, dont l'un est complètement éteint de- puis plus de deux siècles. Caractères. — Les Didunculidés ont d'étroites affinités d'une part avec les Pi- geons, d'autre part avec les Gallinacés. Ils s'éloignent cependant des uns et des autres, par la forme de leur bec. Celui-ci est ro- buste, deux fois aussi haut que large, très comprimé, à mandibule supérieure très recourbée et se terminant par un crochet, à mandibule inférieure coupée carrément à deux profondes échancrures. y^^?i '^' ^ Le Diduncule strisrirostre. a pointe et portant sur ses bords LE DIDUNCULE STRIQIROSTRE [Diduncuh,sslrigirostris\-Caractères.-Lc Diduncule stngirostre a des formes massives, une tète grande, un cou relativement long, des tarses forts et nus, des doigts armés d'ongles longs, recourbés, aigus; des ailes concaves, arrondies, obtuses; une queue de longueur moyenne, arrondie. [^~1 LES PIGEONS. 52 Sa taille est d'environ o^jSo. Il a la tète, le cou, la poitrine, le ventre d'un noir vert brillant, le reste du corps d'un brun châtain fonce, les lorums, les paupières et le bec d'un jaune orangé; l'iris et les pattes routes. Habitat. — Il a pour ,,,^^ patrie les îles Samoa, où .^-^«<^r'^^ ^ ^^^^^^j.-:^ Mœurs. — LeDiduncule strigirostre se plaît dans les régions montagneuses boisées. Il vit en petites troupes errant dans les fo- ~j* rets pendant la plus grande partie de la journée, ne se perchant sur les arbres que "*' . pour dormir ou à l'appro- "^ .,\,^ • ' che de quelque danger. Son vol est lourd et très bruyant. Le Dronte. Sa nourriture se compose de substances végétales, principalement de bulbes et de racines. Il niche à terre, parmi les buissons, à la façon des Gallinacés. LE DRONTE [Didus ineptiis'. — Le Dronte ou Dodo était un grand Oiseau de la taille du Cygne, aux formes lourdes et massives. Son bec était semblable à celui du Didunculc strigirostre, ses tarses courts et forts; ses doigts, armés d'ongles solides, étaient très aptes à gratter la terre, tandis que ses courtes ailes étaient impropres au vol. Son plumage était lâche, formé de plumes décomposées. Il habitait les îles Mascareignes ; il y était même autrefois très abondant. Découvert en i 598 par des marins hollandais, son extermination fut extrême- ment rapide et en 1679, on ne trouvait déjà plus un seul individu vivant. Assez mal doué dans la lutte pour l'existence, il est disparu de la faune actuelle, comme tant d'autres espèces. Les Gallinacés Les Oiseaux de l'ordre des Gallinacés présentent des caractères généraux nettement tranchés. Caractères. — On les reconnaît à première vue, à leurs formes ramassées, à leurs pattes fortes, bien adaptées à la marche et à la course ; à leurs ailes courtes et arrondies, peu propres au vol. Leur tête est petite; elle présente fréquemment des places nues et calleuses, ornées chez les mâles de crêtes et de lobules cutanés érectiles. Le bec des Gallinacés est généralement court et puissant; il est convexe en dessus, recourbé à la pointe; la mandibule supérieure recouvrant l'inférieure. Les narines sont percées à la base du bec, dans un espace resté membraneux, et elles sont recouvertes d'une écaille cartilagineuse. Les ailes sont courtes et arrondies, bombées en forme de bouclier ; les muscles du vol sont peu développés. La queue, de forme variable, comprend de douze à quatorze rectrices ou davantage. Les tarses, courts ou de longueur mox'enne, sont toujours forts et épais, et très emplumés. Les doigts, au nombre de quatre, sont disposés trois en avant et un en arrière; les antérieurs sont libres ou unis plus ou moins à la base par une membrane, calleux en dessous ; ils sont armés d'ongles recourbés, propres a gratter la terre; le doigt postérieur est inséré un peu plus haut que les autres, il manque quelquefois ; au-dessus de lui existe un ergot aigu, dirigé en dedans, et surtout développé chez les mâles. Le plumage est rude et serré; les plumes qui le composent sont larges, à tige épaisse ; les mâles présentent souvent une belle parure à éclats métalliques ; chez quelques espèces, les plumes du croupion et les sus-caudales prennent un grand développement et forment des ornements variés. La structure des organes internes, particulièrement du tube digestif, est celle des Oiseaux essentiellement granivores. Habitat. — Les Gallinacés sont répandus dans toutes les contrées du globe, mais chaque partie du monde a des espèces qui lui appartiennent en propre. On lui rencontre dans les plaines comme dans les forêts, dans les prairies couvertes de hautes herbes aussi bien que dans les plaines arides et sablon- neuses, sur les rivages de la mer ou parmi les rochers des hautes montagnes. Mœurs. — Ils vivent généralement en petites sociétés. Mauvais voiliers, La vie des animaux illlstbée. I » . — 3 \h'i\ LES GALLINACES. mais bons coureurs, leurs mœurs sont essentiellement terrestres ; ils recherchent sur le sol leur nourriture composée de graines, de baies, de bourgeons, de vers, d'Insectes; aussi leur genre de vie est-il assez uniforme, chez les diffé- rentes espèces. Leurs facultés intellectuelles sont peu développées; ils ne savent pas distin- guer, comme tant d'autres Oiseaux, un ennemi dangereux d'un passant inoffensif : ils fuient devant la Crécerelle comme devant un grand Oiseau de proie. Leurs mœurs, calmes et paisibles, ne sont troublées qu'à l'époque des amours par la jalousie des mâles. On ne peut pas dire qu'ils sont polygames, dans l'acception ordinaire de ce terme : il }' a, en réalité, union libre, un Coq vit avec plusieurs Poules, mais la fidélité conjugale est souvent enfreinte de part et d'autre ; il en résulte entre les Coqs des combats extrêmement violents et acharnés. Les Gallinacés construisent leur nid sur le sol, dans quelque dépression abritée par de hautes herbes. Ce nid est grossièrement construit à l'aide de quelques brindilles et de plumes. Le nombre des œufs est relativement consi- dérable ; la femelle seule les couve et s'occupe de l'éducation des jeunes. Ceux- ci naissent couverts d'un duvet qui fait bientôt place à un plumage différent de celui des adultes, et peu après leur éclosion, ils sortent du nid pour chercher eux-mêmes leur nourriture. Il n'y a pas d'exemple d'affection maternelle plus profonde que celle de la Poule pour ses Poussins : cette affection contraste singulièrement avec la parfaite indifférence du Coq. Les Gallinacés sont exposés, par leur mode de nidification et leurs faibles moyens de défense, à devenir la proie d'un grand nombre d'animaux : Carnas- siers, Rapaces, etc., mais leur facile multiplication les préserve d'une destruction totale. Classification. — L'ordre des Gallinacés présente de nombreuses affinités avec les ordres voisins. Certaines familles le relient aux Pigeons, d'autres aux Echassiers; les Mégapodidés paraissent même le relier à la fois aux uns et aux autres. Nous étudierons successivement les familles suivantes : les PléfocUdés, les Tétraonidcs, les Tiiruicidés, les Phasiaiiidcs, les Méléagridi's, les Numididés, les Mégapodidés, les C.racidés. LES PTEROCLIDES Les Ptéroclidés, qui, pour certains auteurs, établissent le passage des Gal- linacés aux Outardes, ont, d'autre part, de nombreux caractères communs avec les Pigeons. Caractères. — La forme trapue de leur corps contraste avec la longueur des ailes et de la queue. Ils ont la tète petite, élégante : le bec court, plus large que haut à la base, à mandibules arrondies; les narines surmontées d'une membrane entièrement emplumée ; les ailes longues, aiguës, la première :î les gang as. [55] rémige la plus longue de toutes ; la queue conique, prolongée par les deux rectrices médianes sous l'orme de deux brins filiformes ; les tarses courts, emplumcs ; les doigts également courts, nus ou emplumés; le doigt posté- rieur, quand il existe, est rudimentaire et inséré plus haut que les autres. La couleur du plumage est en parfaite harmonie avec le milieu où vivent ces Oiseaux, c'est-à-dire avec la teinte particulière du sol des déserts et des plaines sablonneuses. Habitat. — Les Ptéroclidés habitent l'Afrique et l'Asie. Mœurs. — Par leurs allures, leurs mœurs, leur genre de vie, les Ptéroclidés tiennent à la fois des Pigeons et des Tétras. Aux qualités de coureurs com- munes à tous les Gallinacés, ils joignent celle de bons voiliers. Cette dernière particularité les rapproche des Pigeons, dont ils ont aussi les mœurs mono- games, et la façon d'élever leurs petits. , ■ ■ Ils présentent une adaptation parfaite à l'existence spéciale qu'ils mènent dans le désert. Grâce à leur vol puissant, ils peuvent parcourir sans difficulté une immense étendue de terrain dans ces régions peu fertiles où la nourriture est rare: de plus, ils échappent aisément à la vue de leurs ennemis, car la cou- leur de leur plumage se confond avec celle du sable. Cette famille comprend les deux genres Gangn et Syrrhapte. LES QANQAS Caractères. — Les Gangas ont un bec médiocre, des ailes longues, étroites, pointues, la première rémige étant la plus longue, les autres étant de dimen- sions graduellement décroissantes ; une queue médiocre, conique, les deux rectrices médianes prolongées parfois en brins filiformes ; des tarses courts, emplumés seulement en avant; des doigts nus, les antérieurs réunis jusqu'à la première articulation par une membrane, le pouce rudimentaire; des ongles robustes, recourbés. LE QANQA CA.TA [Ptcrocles alchcila). — Caractères. — Le Ganga cata mesure environ o'",27 de long. Le mâle adulte a le front et les joues d'un roux jaunâtre ; le tour des \eux, la gorge, et une ligne allant de l'œil à l'occiput, noirs : le dessus de la tète, le dos, les scapulaires, variés d'olivâtre, de jaunâtre, de roussâtre, de noir, sous forme de bandes transver- sales plus ou moins distinctes ; les sus-caudales rayées transversalement de noir et de jaunâtre ; le cou d'un roux cendré; la poitrine ornée d'un large ceinturon d'un roux orange, bordé en dessus et en dessous d'une étroite bande noire; l'abdomen, les jambes et les sous-caudales blancs avec quelques barres transversales brunes et jaunes ; les couvertures supérieures des ailes d'un cendré olivâtre, marquées de marron rouge, et terminées par une bordure jaune et brune; les rémiges primaires à tige noire, brunes en dedans, cendrées en dehors ; la queue d'un cendré bleuâtre, les pennes externes terminées et bordées extérieurement de blanc; les médianes noires et prolongées en deux 1561 LES GALLINACES. i brins filiformes; les autres terniinces de blanc et rayées de jaune; le bec brun de corne ; les pieds cendrés, l'iris brun. La femelle présente, dans son plumage, les mêmes couleurs que le mâle, mais différemment réparties. Les jeunes ont aussi une livrée spéciale très élégante. Habitat. — Le Ganga cata habite les déserts de l'Afrique, de l'Asie, le midi de l'Europe, l'Espagne, la Sicile; il est sédentaire en Provence, dans la plaine de la Crau. Mœurs. - 11 ne se plait, de même que les autres espèces, que dans les immenses déserts, ou les steppes couverts de quelques rares buissons rabou- gris. Sa marche, son vol, le dilférencient fort peu des Pigeons. Son nom arabe Khata ou Khadda est une onomatopée de son cri. Méfiant et craintif, il se laisse difficilement approcher. D'ailleurs, il lui est bien facile de se dissimuler à la vue du chasseur le plus expérimenté; il lui suffit pour cela de se blottir sur le sol, dans une immobilité complète : la teinte de son plumage se confond admirablement avec celle des terrains qu'il fréquente. Chaque espèce de Ganga présente aussi ce même moyen merveilleux de défense par homochromie : le plumage gris rougeàtre du Ganga des sables s'accorde avec la couleur des plaines argileuses ; celui du Ganga brûlé avec la couleur dorée des sables du désert : celui du Ganga ra3'é avec les différentes nuances du sol des steppes. Le Ganga cata est un Oiseau très sociable; il vit en bandes nombreuses, très unies; parfois cependant, sans cause apparente, de violentes querelles, heureu- sement de peu de durée, amènent un trouble momentané dans la paisible société. Le genre de vie de ces bandes nomades est des plus monotones. Avant le lever du soleil, les Gangas sont en mouvement, ils parcourent les touffes d'herbes, les buissons, en quête de leur nourriture, graines, jeunes pousses d'herbes, baies, etc. Dans les pays cultivés, ils viennent piller les champs de blé, de maïs, les rizières mises à sec après la moisson. Vers neuf heures ils prennent leur vol par bandes de plusieurs centaines et vont s'abreuver au ruisseau voisin, puis ils retournent se reposer et digérer, en se vautrant dans le sable, sous les chauds rayons du soleil. L'après-midi, ils font un nouveau repas, vont boire de nouveau et se rendent ensemble à l'endroit où ils doivent passer la nuit. Les Gangas sont monogames; à l'époque de la reproduction, c'est-à-dire au printemps, pour ceux qui vivent dans le sud de l'Europe, à l'entrée de la saison des pluies pour les espèces des climats tropicaux, les couples se séparent. Une légère dépression du sol, au pied de quelque buisson, ou parmi de hautes herbes, suffit pour l'installation du nid qui est des plus primitif. Les œufs, au nombre de trois ou quatre, ont une forme assez semblable à ceux des Pigeons; ils sont également obtus aux deux bouts; leur couleur est d'un fauve clair avec des taches irrégulières, des traits déliés d'une nuance plus foncée. Chasse. — Les Gangas étant extrêmement méfiants, leur chasse demande, pour réussir, de grandes précautions. Le meilleur moyen consiste à rechercher l'endroit où ils viennent s'abreuver dans la journée; on _\- établit ii portée de 5 LES SYRRHAPTES. 57] fusil une hutte bien dissimulée, et on se place a l'aflût, un moment avant l'heure a laquelle les Oiseaux viennent se désaltérer, ce qui a lieu, comme on a vu, presque a heure tixe. LE GANQA DES SABLES (Pterock'S arenarii4s). — Caractères. — Le Ganga des sables, ou Ganga unibande, est la plus grande espèce du genre. Sa taille est de o^tlSo. Il fait partie de quelques espèces dont les rectrices médianes ne se prolongent point en brins filiformes. Son plumage est presque entièrement d'un gris rougeàtrc tacheté de jaune et de cendré; la gorge porte une tache triangu- laire noire, la poitrine un large ceinturon de même couleur allant d'une aile à l'autre; l'abdomen, les fiancs, les cuisses sont d'un noir profond, ainsi que le dessous des pennes caudales; le bec est noirâtre, l'iris brun, la partie nue des tarses gris bleu foncé. Habitat. — Il habite les plaines arides et sablonneuses de l'Asie et de l'Afrique, le midi de l'Europe, Espagne, Grèce, les déserts sablonneux avoisinant la mer Caspienne, le Caucase. Mœurs. — Ses mceurs sont exactement les mêmes que celles du Ganga cata. Le Ganga brûlé [Pterocles exustus) et le Ganga j-a}\' (P. LiclUensleinii). • — Ces deux espèces ont aussi un plumage en parfaite harmonie avec les déserts où ils vivent. On les rencontre dans les mêmes contrées que le Ganga cata, mais ils ne quittent pas les régions tropicales de l'ancien continent. Leurs mœurs n'offrent aucune particularité spéciale. LES SYRRHAPTES Caractères. — Les Syirhaptes diffèrent des Gangas par leur bec grêle, beau- coup plus court que la tête ; leurs tarses sont courts et complètement emplumés, ainsi que la face supérieure des doigts; le pouce est tout à fait atrophié. Chez les mâles, la première rémige et les deux rectrices médianes se transforment en deux brins filiformes. LE SYRRHAPTE PXÏi.M)OX\L[Syn'liaplcs paradoxiis). — Cet Oiseau doit son nom de paradoxal h. la forme curieuse qu'affecte la première grande plume de l'aile et les deux rectrices médianes ; ces plumes sont amincies, acuminées et ressemblent plus à des soies qu'à des plumes. Caractères. — La taille du Syrrhapte est de o'°,23 à o"',24 sans compter les rectrices médianes qui dépassent la queue de o^iio. Son plumage est, en dessus, d'un jaune grisâtre, tacheté transversalement de noir; en dessous d'un gris cendré avec un plastron formé de raies transversales noires et blanches sur la poitrine; la tête est d'un gris roussàtre avec une ligne orangée partant de chaque œil et s'étendant sur les cotés du cou ; la première rémige noire, les autres d'un gris roussàtre avec rachis noir: les rectrices d'un gris foncé avec la pointe blanche : le bec et l'iris brun. La femelle ne porte pas de plastron. 158! LES GALLINACES. Habitat. — l.c Svrrhapte paradoxal habite les hauts plateaux de l'Asie cen- trale, la Russie sur les bords de la mer Caspienne. Il se reproduit dans l'Europe septentrionale, Norvège, Suède, Jutland. Accidentellement il s'est égaré jusqu'en Allemagne, en France, en Angleterre. Le Syrrhapte ou Poule des déserts. Mœurs. — De même que les Gangas, le S_vrrhapte paradoxal est aussi un habitant des vastes plaines et des déserts sablonneux; on le désigne en Orient sous le nom de Poule des déserts. Ses mœurs étaient peu connues jusqu'en ir" Le Rouloul à crête. 3ô LES CAILLES. [87] D'autres Colins originaires de l'Amérique centrale et méridionale ont aussi été importés en Europe et acclimatés sans grande difficulté. Parmi eux, citons le Colin Alasscna, qui se fait remarquer par son plumage presque entièrement noir, tacheté de blanc. Les Roulouls. — On range habituellement près des Francolins le genre Roulouls représenté dans l'Inde par trois ou quatre espèces dont les mœurs sont les mômes que celles des Perdrix, mais qui, par l'éclat de leur plumage et la présence d'une huppe sur la tête, rappellent les Faisans. LES CAILLES Caractères. — Le genre Caille a pour caractères : un bec court, élevé à la base, comprimé à la pointe, à mandibule supérieure recourbée ; des narines basales, latérales, étroites, percées sous une écaille membraneuse; des ailes courtes, sub- obtuses; une queue courte, arrondie, les sus-caudales recouvrant et dépassant notablement les rectrices; des tarses minces, lisses, médiocrement allongés, des doigts légèrement unis à la base par une membrane, le pouce court et élevé ; des ongles courts, médiocrement arqués. Habitat. — Les Cailles sont représentées par une quinzaine d'espèces répan- dues dans toutes les parties du monde. Mœurs. — Leurs mœurs et leurs allures les distinguent nettement de tous les autres Perdiciens. Ce sont d'abord des Oiseaux migrateurs, s'établissant et se reproduisant par- tout où ils trouvent une nourriture abondante. Aussi leur nombre est-il très variable d'une année à l'autre, dans une même localité. D'un naturel peu sociable, les Cailles ne se réunissent en bandes qu'à l'époque des migrations. Les jeunes se dispersent et vivent solitaires dès qu'ils peuvent se passer des soins de leurs parents. Malgré leur peu de fidélité conjugale, les mâles se montrent très ardents à l'époque des amours, ils se battent fréquemment entre eux, et oublient à ce moment tous les dangers qui les menacent. Leur nourriture consiste en jeunes pousses d'herbes, en graines et en Insectes. Les mâles se distinguent généralement des femelles par quelque attribut spécial. Une particularité commune à toutes les espèces est une tendance naturelle à l'engraissement, particularité qui leur est commune avec les Ortolans et fait de ces Oiseaux un gibier très délicat. LA CAILLE COMMUNE (Cotitrni.x commimis). — Caractères. — La Caille commune est la seule espèce européenne. Sa taille est d'environ o'",i6 à o'", 17. Ses caractères sont les suivants, d'après Degland: « Dessus de la tête noir, varié de roussàtre, avec trois bandes longitudinales d'un blanc roussàtre, dont une sur la ligne médiane, les deux autres au-dessus de chaque œil ; dessus du [88] LES GALLINACÉS. 30 cou et du corps, sus-caudales, d'un brun cendré, avec des taches noires, des raies transversales roussàtres et des traits d'un blanc roux jaunâtre sur les tiges des plumes; gorge d'un roux brun, entourée de deux bandes noires, séparées l'une de l'autre par du blanc jaunâtre; dessous du corps d'un roux clair, un peu plus foncé au bas du cou et à la poitrine, avec des raies longitudinales blanches sur la tige des plumes, et des taches brunes et rousses sur les riancs ; joues bru- nâtres, parsemées de petites taches roussàtres; ailes d'un brun grisâtre, avec des taches, des raies transversales et des zigzags sur les couvertures et les rémiges; queue brunâtre, avec des raies transversales et un trait longitudinal d'un blanc jaunâtre sur sa penne externe ; bec noir ; pieds couleur de chair; iris brun noi- sette. » La femelle a des teintes plus foncées en dessus, la gorge blanchâtre, et la poi- trine d'un roussàtre tacheté de brun. Habitat. — La Caille commune se rencontre non seulement en Europe, mais aussi en Asie, en Afrique; dans la Nouvelle-Zélande et l'extrémité australe de l'Amérique. Elle est très répandue dans toute la F"rance où elle arrive en avril et en mai, pour repartir en septembre. Mœurs. — Elle s'établit de préférence dans les plaines cultivées, les prairies, les vignobles; jamais on ne la voit dans les régions élevées, ni dans les bois; elle semble fuir de même le voisinage de l'eau. Ses allures sont très différentes de celles des Perdrix. Elle marche rapide- ment, mais sans grâce, la tête rentrée, la queue pendante. Par contre, elle court avec une agilité remarquable, surtout lorsqu'elle est poursuivie, et qu'elle cherche un refuge dans quelque broussaille. Son vol est brusque, saccadé, peu élevé, et de peu de durée; pendant ses migrations seulement elle s'élève assez haut dans les airs, et encore s'abat-elle souvent sur le sol pour franchir, en courant, un certain espace. Elle arrive ainsi à faire près de cinquante lieues en une nuit. En temps ordinaire elle semble très paresseuse à se mouvoir, et ne prend son vol que quand elle est vivement pressée. La Caille est un Oiseau peu sociable; elle vit presque solitaire; non seulement les mâles se livrent entre eux des combats acharnés, mais ils maltraitent encore leurs femelles. Envers les autres Oiseaux, elle se montre d'une parfaite indiffé- rence. Son cri sonore et retentissant est bien connu ; pendant la belle saison, on l'entend le soir dans presque tous les champs cultivés, et il contribue pour une large part à l'animation des vastes plaines de la campagne. « Tant que le soleil est au-dessus de l'horizon, dit Brehm, la Caille reste silencieuse et cachée dans les champs, au milieu des chaumes et des herbes; vers midi, elle prend un bain de sable, se chautl'e au soleil, ou s'endort: vers le soir, elle devient vive et active. C'est alors qu'on entend son cri, qu'on la voit courir et voler, chercher sa nourriture et se joindre à une compagne, ou livrer bataille à un rival. « Elle se nourrit de graines de toute espèce, de feuilles, de bourgeons et d'Insectes. Elle semble même préférer ceux-ci; mais elle parait ne prospérer 37 LES CAILLES. [89] qu'à la condition de se nourrir pendant plusieurs mois de grains de blé. Elle a besoin d'avaler de petites pierres pour faciliter sa digestion, et il lui faut de l'eau fraîche pour étanclier sa soif; mais la rosée amassée sur les feuilles lui suffit. » La Caille niche dans les champs de blé, de luzerne, de colza, quelquefois dans les prés. Elle ne commence à travailler à son nid qu'au commencement de l'été. A cet effet, elle creuse, dans le sol, une légère dépression qu'elle tapisse d'herbes sèches. La ponte, est de huit à quinze œufs légèrement pyri- formes, d'un brun jaunâtre, avec des taches foncées disposées d'une façon très variée ^ , , La femelle couve pendant dix-huit à vingt jours, et avec une ardeur telle, qu'en cas de danger elle se laisse parfois tuer sur son nid plutôt que de l'aban- donner. Le mâle, durant ce temps, erre, insouciant, dans la campagne envi- ronnante, en quête de nouvelles amours. F2n général, il n'y a qu'une seule cou- vée par année; une deuxième cependant peut avoir lieu quand la première a été détruite. Les jeunes Cailles, une fois nées, se montrent vives et alertes ; elles croissent rapi- dement, et au bout de cinq à six semaines elles sont déjà aptes à entreprendre leur grande migration vers le Midi. Ces migrations des Cailles s'efléctuent d'abord isolément; les départs ne se font pas régulièrement pour tous les individus d'un même canton. Mais, peu à peu, le hasard rassemble les groupes épars, à mesure qu'ils avancent, et en arrivant dans les pays méridionaux où elles vont hiverner, les Cailles forment de véritables légions. Celles qui viennent du nord de l'Europe se rassemblent dans l'Archipel grec, l'Italie, et en général sur toutes les côtes méditerranéennes, attendant un vent favorable pour gagner l'Afrique. Toutes les voyageuses, malheureusement, n'atteignent pas leur séjour hivernal. Beaucoup tombent dans la mer et se noient. La grande émigration a lieu en septembre et octobre, mais elle se continue souvent plus tard, jusqu'au commencement de l'hiver. Chasse. — La Caille est un gibier très estimé; aussi la chasse-t-on un peu partout. Mais cette chasse prend les proportions d'un véritable carnage dans les régions méditerranéennes, où ces Oiseaux se rassemblent en grand nombre à l'époque des migrations. Brehm raconte que jadis dans l'Ile de Capri, située à l'entrée du golfe de Naples, l'évéque de l'île percevait une dîme sur les Cailles que l'on y capturait, et La Caille commune. [90] LES GALLINACÉS. 38 bénéficiait ainsi d'une somme de 40000 à 5oooo francs. A Rome, on mit en vente, en un seul jour, 17000 Cailles. En Egypte, on en prend des quantités considérables non seulement à leur arrivée en automne, mais aussi à leur départ en mars. On ne se contente pas de les tirer au fusil; on les prend à l'aide de filets, de lacets, de gluaux. Il est à craindre que ces massacres n'amènent rapidement une diminution importante de ce précieux gibier. Captivité. — La Caille vit très bien en captivité et peut même s'y reproduire. Dans certaines localités, on a la coutume barbare de profiter du caractère jaloux et querelleur des mâles pour les faire battre entre eux, à la façon des Coqs domestiques. C'est en Chine et aux Philippines que ce sport singulier a pris naissance. Il se pratiquait aussi du temps des Romains, et il s'est perpétué depuis dans plusieurs villes d'Italie. Les règles du combat ne varient que par quelques détails dans les différents pays. On place deux Cailles vis-à-vis l'une de l'autre, sur une longue table, et, entre elles, on jette quelques grains de millet ; les deux adversaires se lancent d'abord des regards menaçants, puis fondent l'un sur l'autre avec rage, se donnent de vigoureux coups de bec, jusqu'à ce que l'un d'eux reste maître du champ de bataille. Ces combats sont parfois le sujet de paris importants. Élevage. — L'élevage des Cailles ne présente aucune difficulté. Les pré- cautions à observer sont très simples ; elles ont été fort bien résumées par Rémy Saint-Loup, à qui nous empruntons les lignes suivantes : « Placées dans une volière, d'une surface un peu supérieure à un mètre carré, un couple de Cailles s'accoutume aisément à la captivité. Le sol doit être bêché par endroits, sablé en d'autres places, et planté de petits bouquets de buis qui forment des abris. « Une moitié de la volière sera couverte, l'autre moitié simplement grillagée, et l'exposition sera choisie de manière à permettre l'accès des premiers rayons du soleil. (i Le blé, le sarrasin, le millet sont une bonne nourriture; le chènevis ne doit être donné qu'en très faible proportion, tandis que la verdure, mouron ou salade, ne peut nuire. « LaCaille dépose sesreufs dans une excavation du sol qu'elle creuse elle-même, mais sans lui donner grande profondeur. Instinctivement, elle choisira la place qui lui paraîtra le mieux abritée des regards, et c'est pour cette raison qu'il est utile de disposer de petits buissons dans la volière. « Une première ponte donne ordinairement de cinq à huit œufs; elle a lieu en avril. Si on prend soin d'enlever ces ceufs, il se produit, à une ou deux semaines d'intervalle, une deuxième ponte plus abondante. Quelquefois, il arrive que la Caille pond une troisième fois, de sorte que dans l'année on peut récolter de trente à quarante ceufs. Pour l'incubation, on utilise des Poules de petites races que l'on choisit douces de caractère, et que l'on place sur les œufs dans une boîte d'élevage, c'est-à-dire dans une caisse à deux compartiments séparés par 39 LES TURNIX. [91] une grille dont les barreaux sont assez écartés pour laisser seulement passage à des poussins. Comme pour la plupart des petits Gallinacés, on donne aux poussins de Caille des œufs de Fourmis, les premiers jours, puis le régime devient le même que pour les jeunes Faisans. Dès qu'il est possible, on donne à la couvée libre accès dans un jardin clos de murs, où elle se trouvera mieux que dans n'importe quelle volière. Naturellement, il faut surveiller la croissance des ailes, et couper quelques plumes d'un côté, si l'on n'a pas l'intention de faire une étude spéciale sur le départ définitif des jeunes Cailles. » LES CAILLES NAINES. — On a créé le genre Excalcfactoria pour quelques petites espèces de Cailles remarquables par leurs ailes plus courtes et plus arron- dies et leur plumage assez différent dans les deux sexes. La Caille naine de Chine {Excalefactoria chinensis) habite les provinces méri- dionales de la Chine, la Birmanie, le Bengale, les Philippines. LES TURNICIDÉS Les Turnicidés tiennent à la fois, par leurs caractères, des Perdrix et des Outardes. Caractères. — Ils se font remarquer par leur bec grêle, presque droit; leurs narines oblongues, se prolongeant jusqu'au milieu du bec; leur queue très courte, entièrement cachée par les sus et sous-caudales; leurs tarses grêles, terminés par quatre doigts dont trois dirigés en avant, ou trois doigts seulement, le pouce faisant complètement défaut. Cette famille repose presque uniquement sur le genre Turnix, dont une seule espèce se rencontre en Europe. LES TURNIX Caractères. — Aux caractères propres à la famille, il convient d'ajouter, pour le genre Turnix, la forme des ailes qui sont suraiguës, les trois premières rémiges étant les plus longues, la hauteur médiocre des tarses qui égalent à peine le doigt médian, enfin la disposition des doigts au nombre de trois seulement et armés d'ongles minces, pointus, légèrement recourbés. LE TURNIX D'AFRIQUE {TufJiix syli'alicus). — Caractères. — Cette espèce mesure environ o", iG de long. Elle a la tête d'un brun foncé, parcourue de trois raies jaunes longitudinales; le dos irrégulièrement traversé de raies en zigzags, noires et brun roux; les plumes des ailes jaunâtres, marquées d'une tache noire sur les barbes internes, d'un jaune roux sur les bords externes; la gorge blanche; le jabot brun roux, chaque plume y étant bordée d'un liséré clair; les lianes d'un brun roux, variés de taches foncées; le ventre d'un blanc pur; les rémiges bordées en dehors d'un liséré clair; l'a-il jaune, le bec jaunâtre, les pieds d'un [92] LES GALLINACÉS. 40 Habitat. — Le Turnix d'Afrique, ou Tuniix sauvage, Tin-iiix de Gibraltar, habite le nord de l'Afrique, l'Espagne, la Sicile. Mœurs. — 11 vit solitaire dans les plaines sablonneuses couvertes de brous- sailles. D'un naturel très craintif, il s'enfuit en courant au moindre bruit, et se cache dans les hautes herbes. Ce n'est que lorsqu'il est vivement poursuivi qu'il prend son vol, et encore ne s'élève-t-il qu'à une faible hauteur pour retom- ber aussitôt et se blottir dans quelque fourré. Sa nourriture se compose d'Insectes, surtout de Fourmis, et de graines de légurnineuscs. 11 niche dans les buissons, les touffes d'herbes; son nid consiste en une simple dépression creusée dans le sable et tapissée de quelques brins d'herbes. La femelle pond de si.x à dix œufs assez semblables comme forme à ceux de la Caille, et parsemés de points, de taches irrégulières brunes ou violettes sur un fond jaunâtre. LE TURNIX BATAILLEUR {Turnix yugnax). — Cette espèce, différente delà précédente par son plumage, est surtout abondante à Java. Mœurs. — Elle se tient dans les régions sèches, cou- vertes de broussailles. Ses mœurs et son genre de vie ne la distinguent en rien de son congénère ^ ,y africain. A l'époque des amours, les Turnix se font remar- quer par leur humeur bel- liqueuse. Aussi, avec un sujet captif, peut- on attirer facilement ces Oiseaux dans des pièges disposés à cet effet. Captivité. — Les Javanais tiennent souvent en cage les Turnix batailleurs. Il les nourrissent d'Insectes di- vers, de Sauterelles, de riz et les font combattre entre eux comme les Chinois font combattre les Cailles. Les Pédioxomes. • — La fa- mille des Turnicidés est re- présentée en Australie par quelques genres tels que les Pédionomes, dont le principal caractère distinctif est la présence de quatre doigts au lieu de trois que possèdent les Turnix. Auagis. 41 LES LOPHOPHORES. [93] Les Thinocorii>i':s. — Au groupe des Turnicidés, on peut joindre une famille très curieuse composée des trois genres Thinocore, Attagis et Chionis. Par leurs formes générales, leurs allures, leur plumage, ces Oiseaux se rap- prochent des Francolins et des Perdrix. Par d'autres caractères, ils se rappro- chent des Phasianidés. La particularité la plus intéressante qu'ils présentent est la structure de leurs narines. Celles-ci sont recouvertes, ainsi que la base du bec, par une sorte de membrane cornée qui les protège, lorsque l'Oiseau cherche sa nourriture en ouvrant les œufs de Cormorans et de Manchots, dont il se nourrit. Les Thinocoridés habitent l'extrémité méridionale de l'Amérique et les îles antarctiques de l'hémisphère austral. L'Attagis vit plus particulièrement au Chili et aux îles Malouines. On en con- naît deux ou trois espèces dont le plumage coloré en roux, varié de brun et de jaune, est mou et soyeux comme celui des Gelinottes. Leurs mœurs sont peu connues, mais, sous ce rap-port, on considère ces Oiseaux comme représentant, dans l'Amérique du Sud, les Gangas de l'ancien continent. LES PHASIANIDÉS OU GALLINACÉS VRAIS Caractères. ■ — Cette famille est la plus caractéristique de tout l'ordre des Gallinacés. Elle comprend des Oiseaux de taille moyenne, aux formes ramas- sées, bien adaptés à la marche et à la course, mais mauvais voiliers. La tète des Phasianidés présente constamment des parties dénudées, notam- ment les joues et le tour des yeux; elle est surmontée d'une crête charnue ou d'une touffe de plumes aux couleurs éclatantes. Le bec est généralement fort, un peu courbé et déprimé à la pointe. Les ailes courtes et arrondies. La queue, généralement longue, présente, sur- tout chez les mâles, de longues couvertures disposées sous forme d'ornements variés. Les pieds sont forts ; les trois doigts antérieurs, armés de griffes puis- santes, sont parfaitement disposés pour gratter la terre; le doigt postérieur est faible. Enfin, un dernier caractère important est la présence, chez les mâles, d'un ergot puissant placé assez haut sur les tarses. Habitat. — Les Phasianidés sont répandus sur toute la surface du globe. Mœurs. — ■ Leurs ma-urs sont celles des Gallinacés en général. On verra, à pro- pos de chaque genre et de chaque espèce, les particularités qui leur sont propres. Classification. — Les Phasianidés formant le groupe le plus homogène et le mieux caractérisé de l'ordre, nous étudierons successivement les différents genres sans chercher à établir de divisions secondaires. LES LOPHOPHORES Caractères. — Le genre Lophophore a pour caractères : un bec de la lon- gueur de la tète, robuste, à mandibule supérieure légèrement voûtée, assez large il la base, recourbée à l'extrémité; des narines rapprochées, en forme de crois- Hl. XXXII. — Le Loplioplioro resplendissant (Texte, p. 94). La vie des animaux illustrée. I V . [94] LES GALLINACÉS. 42 sants; des ailes moyennes, sur-obtuses, les quatrième et cinquième rémiges les plus longues; une queue courte, ample, arrondie sur les côtés; des tarses robustes, emplumcs jusqu'au-dessous de l'articulation et munis, chez les mâles, d'un éperon fort et acéré. Le tour des yeux est nu ; une huppe formée de plumes filiformes à la base, et terminées en palettes à l'extrémité, orne la tête. LE LOPHOPHORE RESPLENDISSANT (') {Lopliopliorus impe/auus). — Carac- tères. — Cet Oiseau est l'un des plus beaux Gallinacés que l'on connaisse. Sa taille est d'environ o'°,70. Le mâle a les plumes du sommet de la tête, des joues et de l'occiput, d'un vert doré métallique; la partie postérieure et les côtés du cou d'un rouge rubis; la nuque et les plumes du manteau d'une teinte cuivrée à reflets pourprés et violets; le bas du dos d'un blanc pur, la queue d'un roux vif; les rémiges primaires noires, les secondaires vert doré; la gorge, la poitrine, l'abdomen d'un noir à reflets dorés; l'iris brun, le tour des yeux rouge vif; le bec couleur de corne; les pattes gris verdàtre. La femelle, de plus petite taille que le mâle, porte une livrée moins somp- tueuse. Elle a la gorge blanche et le reste du corps d'un brun jaune clair, tacheté, rayé et moiré de brun fonce. Habitat. — Le Lophophore resplendissant se rencontre sur les premiers con- treforts des monts Himalayens, à une altitude de 2 000 à 3 000 mètres au-dessus du niveau de la mer. Il est connu dans ce pa}'s sous le nom de Monaiil. Son nom spécifique lui vient de ce qu'il fut introduit pour la première fois en Europe par lady Impey. Mœurs, — Ses mœurs nous sont connues par la relation qu'en a faite Moun- taineer en 1864. Depuis cette époque, les différents auteurs n'ont fait que reproduire ses récits ou les confirmer. « Depuis les premières cimes qui s'élèvent au-dessus de la plaine, jusqu'à la limite des forêts, partout on rencontre le Monaul. Dans la montagne, c'est un des Oiseaux les plus abondants. « Lors de l'arrivée des premiers Européens dans les montagnes des environs de Mussuri, il y était très commun, et maintenant on l'y observe encore quelque- fois. Pendant l'été, on le voit rarement, les lianes à la végétation luxuriante empêchant le regard de plonger dans la profondeur de la forêt; maison peut l'apercevoir alors au voisinage des champs de neige, surtout le matin et le soir. Cependant, personne ne peut, à ce moment, conclure du nombre d'individus qu'il voit au nombre de ceux qui habitent la contrée. Mais les froids arrivent, les lianes, les plantes qui recouvrent le sol se dessèchent, et alors la forêt parait remplie de ces Oiseaux. Ils se réunissent en grandes bandes et, en plusieurs endroits, on peut, dans un seul jour de chasse, en faire lever plus de cent. En été, presque tous les mâles et quelques femelles montent vers les hauteurs; en automne, jeunes et vieux se rassemblent sur les points où le sol est couvert d'une épaisse couche de feuilles sèches; ils y cherchent des larves et des (■) PI. XXXU. — Le Lophophore resplendissant (Planche, p. gï). 43 LES LOPHOPHORES. [95] Insectes, et, à mesure que la saison avance, ils descendent vers la plaine. Dans les hivers rigoureux, quand la neige est épaisse, ils viennent sur les versants méridionaux des montagnes, sur les points où l'on voit la première neige fondre. Ils arrivent aussi sur les collines, là où la neige ne persiste pas. Les femelles et les jeunes demeurent souvent au voisinage des villages, et on les voit alors en grand nombre dans les champs. Par contre, tous les vieux mâles restent dans les forets, quelque intense que devienne le froid, quelque épais que soit le tapis neigeux qui recouvre la terre. Au printemps, tous remontent vers la mon- tagne. « Les bandes qui, en automne et en hiver, s'étaient réunies dans un certain district de la forêt, se répandent maintenant sur une telle surface, que chaque Oiseau paraît isolé. On peut souvent franchir un mille et plus, sans en aperce- voir un seul; puis, tout à coup, l'on arrive à une localité de quelque cent pas de diamètre où une vingtaine de ces Oiseaux se lèvent l'un après l'autre. Ail- leurs, ils sont espacés dans toute la contrée ; on en trouve un ici, un autre là, deux un peu plus loin, et ainsi de suite. Les femelles forment des compagnies plus unies que les mâles; elles descendent plus bas; elles quittent l'abri de la forêt pour se rendre dans des endroits où donnent les rayons du soleil, et s'avancent près des habitations humaines. Les deux sexes se séparent souvent. Dans les vallées, sur les flancs humides des montagnes, on trouve par douzaines des femelles et des jeunes, sans un seul mâle adulte ; tandis que dans l'intérieur des forêts et sur les hauteurs on ne rencontre que ceux-ci. En été, les Lopho- phores se dispersent bien plus encore, et ils ne forment pas de couples propre- ment dits, car on en voit souvent plusieurs ensemble. Se sont-ils accouplés ou non, cela reste douteux; il est possible que les couples se fondent au moment où la femelle commence à couver. Toujours est-il que le mâle ne semble nulle- ment s'inquiéter ni de sa compagne, ni de sa progéniture. « Du mois d'avril jusqu'à l'entrée de l'hiver, le Monaul est craintif et prudent ; mais, sous l'influence du froid, de la neige qui lui rend plus pénible la recherche de sa nourriture, sa crainte, sa prudence disparaissent, au moins en partie. Dès le mois d'octobre, cet Oiseau se montre plus souvent dans les endroits dégarnis de buissons, il ne cherche plus autant à se dérober aux regards. Au printemps, quand il est efl'rayé, il s'envole souvent fort loin, et si on le fait lever une seconde fois, il ne se laisse plus approcher. En hiver, on le tue sou- vent à la course ; ou bien, s'il est perché sur un arbre, on peut assez facilement arriver au pied de cet arbre et le tuer. « Quand on le chasse en forêt, il s'envole silencieusement, sans courir aupara- vant; dans les prairies et dans les clairières, il court avant de s'envoler, surtout s'il n'est pas poursuivi de très près. Quand il se lève alors, c'est bruyamment, et en lançant un sitllement perçant, qu'il répète un grand nombre de fois jus- qu'à lassitude, et qu'il fait suivre souvent de son cri plaintif ordinaire. Lors- qu'on a fait lever un ou deux Monauls, tous les autres deviennent attentifs à leurs cris ; s'ils appartiennent à la même bande, ils se lèvent aussi tous à la fois; s'ils sont séparés, ils s'envolent successivement. Aux cris du premier, un second prend sa volée; le cri de celui-ci détermine un troisième à partir, et [06] LES GALLINACÉS. U ainsi de suite. Kn hiver, ils se montrent plus indépendants les uns des autres; ils sont, comme toujours, parfaitement sur leurs gardes; mais, avant de s'en- voler, ils attendent généralement d'avoir été effrayés eux-mêmes. Des poursuites réitérées les rendent timides et craintifs, leur font abandonner une contrée, surtout au printemps, où ils trouvent partout une nourriture abondante, tandis qu'en hiver ils sont confinés, pour les conditions d'existence, dans des localités plus circonscrites. « La femelle semble moins timide que le mâle. Le vol de celui-ci est très singu- lier; quand il a à franchir un long espace, il glisse dans l'air, sans battre des ailes, mais en agitant ses rémiges d'un mouvement tremblotant. C'est à ce moment surtout qu'il apparaît dans toute sa splendeur. « Le cri du iMonaul est un siHlemcnt plaintif: on l'entend retentir dans la forêt à toute heure du jour, mais surtout le soir et le matin, avant le lever du soleil. Dans la saison froide, ces Oiseaux, maintenant réunis, font surtout entendre leur voix un peu avant de se percher sur des arbres ou sur des rochers pour y passer la nuit. « LeMonaul se nourrit de racines, de feuilles, de jeunes pousses, d'herbes, de toute espèce de baies, de noix, de graines, d'Insectes; en automne, il chasse ceux-ci dans les feuilles sèches; en hiver, il va souvent paître dans les champs de blé et d'orge. Son bec est parfaitement conformé pour qu'il puisse fouir le sol. Dans les forêts élevées, on voit souvent des Monauls en très grand nombre cherchant ainsi leur nourriture dans les clairières et dans les endroits décou- verts. « La saison des amours commence avec le printemps. La femelle construit son nid sur un buisson, dans une touffe d'herbes; elle y pond cinq œufs, d'un blanc sale, semés de points et de taches d'un brun rougcàtre Les jeunes éclosent à la fin de mai. » Chasse. — Lâchasse de cet Oiseau ne présente aucune difficulté, surtout en autonme, lorsque les arbres sont dégarnis de feuilles, et que la vue peut s'étendre au loin dans la forêt. On le tire de préférence lorsqu'il s'est perché sur quelque branche pour s'y reposer. Sa chair est différemment appréciée par les gourmets. Les uns la trouvent suc- culente, d'autres la trouvent détestable. Acclimatation. — La beauté du plumage des Lophophorcs, et la haute valeur de leur dépouille justifient bien les efforts tentés par les aviculteurs pour acclimater ces superbes Oiseaux en Europe. Disons de suite que les résultats obtenus jusqu'aujourd'hui permettent d'es- pérer la réalisation de cette délicate entreprise. C'est à lady Impeyque l'on doit l'importation en Europe des premiers Lopho- phores vivants. Puis on en vit dans les jardins zoologiques de Londres, d'Anvers, de Paris. Mais les premiers essais de reproduction et d'élevage ne furent pas très heureux. Cependant M. Pomme, en 1866, réussit à mener à bien quelques couvées, grâce à des soins tout spéciaux qu'il a décrits dans le Bulletin de la Société 45 LES LOPHOPHORES. [97] d'Acclimatation de Paris. Il avait placé un couple de Lophophores dans une immense volière de ibo mètres de superficie et plantée de quelques jeunes épicéas; au centre de la volière s'élevait une cabane destinée à servir d'abri à ces Oiseaux contre la pluie et les ardeurs du soleil. M. Pomme nourrissait ses captifs d'un mélange, par parties égales, de fro- ment, de sarrasin et de petit millet rond; il y ajoutait des choux, de la salade, des Vers de terre, et une pâte composée d'œufs durs hachés et de pain émietté. La femelle pondit seize œufs dont cinq seulement purent éclore; parmi ceux- ci trois périrent accidentellement, les deux survivants parvinrent à l'état adulte, et furent les deux premiers Lophophores qui aient vu le jour en F"rance. Depuis cette mémorable expérience, de nombreux amateurs sont parvenus à faire reproduire des Lophophores en France. Les procédés d'incubation et d'élevage sont sensiblement les mêmes que ceux qu'on emploie pour les Faisans, mais ils diffèrent par une foule de détails secondaires selon les convictions ou l'expérience de chaque éleveur. « Les uns veulent de grands espaces, les autres des parquets de petites dimensions; les uns assurent que les œufs de Fourmis sont nécessaires, les autres qu'il ne faut pas en donner. « Certains recommandent de ne pas laisser couver la femelle Lophophore, certains qu'il vaut mieux lui laisser le soin de l'incubation et de l'éducation des jeunes, de sorte qu'en fin de compte, dit Rémy Saint-Loup, il est très diflicile de concilier tous ces avis. « Pourtant, nous pensons qu'il faut un terrain sec, des espaces gazonnés et des espaces couverts d'une couche épaisse de feuilles mortes, qui formeront un excellent terreau. « Dans ces feuilles mortes, on apportera, autant que possible, des larves de divers Lisectes, des Vers de terre, des graines de plusieurs plantes, des plantes même, des fraisiers par exemple. Pour les jeunes, il se trouvera dans ce terreau la meilleure des nourritures et celle qu'ils rechercheront le plus volontiers, parce que leur instinct d'Oiseaux piocheurs aura ainsi satisfaction. » L'élevage des Lophophores est pratiqué avec moins de difficulté dans les envi- rons de leur pays d'origine, notamment à Calcutta d'où proviennent la plupart des dépouilles apportées en Europe. Usages. — • On se fera une idée de la quantité considérable de Lophophores utilisés chaque année dans le commerce, en considérant qu'a Londres, dans une seule vente, il fut adjugé 4o3d dépouilles de ces Oiseaux. Toutes les plumes sont utilisées; arrachées une à une, elles sont collées sur des bandes de toile et constituent un des articles les plus somptueux du com- merce de la mode ; les plumes rouges du cou et les plumes vertes de la naissance des ailes sont particulièrement appréciées. LE LOPHOPHORE DE LHUYS {Lophophonis Lhuysiï). — Cette espèce, d'une taille supérieure à celle du Lophophore resplendissant, ne porte qu'une huppe très réduite; les plumes de la queue présentent des reflets bleus métalliques comme les couvertures des ailes. [98] LES GALLINACÉS. 4G Habitat. — Il est ori}?inaire de la Chine. On le trouve dans les régions les plus cicvccs du Moupin, les frontières occidentales du Setchuan et aussi dans la Yunnan. Mœurs. — Il vit par petites troupes dans les prairies découvertes au-dessus de la région des forêts, et vient se percher sur les arbres pour dormir. Il se nourrit surtout de substances végétales, et notamment de certaines racines qu'il déterre adroitement à l'aide de son bec puissant. Les Chinois lui font une chasse tellement active, que, d'après David et Ous- talet, l'espèce est inenacée de disparaître. LE LOPHOPHORE DE SCLATER [Lophophorus Sclaleri). — La troisième et dernière espèce connue est le Lophophore de Sclater, chez lequel la huppe est remplacée par des petites plumes courtes, relevées sur le sommet de la tète. Il habite l'Indo-Chine. LES TRAGOPANS Caractères. — Les Tragopans ont un corps épais ; le bec court et faible : des tarses courts, forts, munis d'un ergot; des ailes moyennes, une queue courte et large. Les mâles portent de chaque côté de la tète des appendices charnus érectiles, en forme de cornes, d'où le nom de Faisans cornus donné à ces Oiseaux. Ils portent aussi de chaque côté de la gorge des lobes charnus ou bavettes. Habitat. — Les Tragopans sont propres au sud de la Chine et à l'Himalaya. Il en existe plusieurs espèces. LE TRAQOPAN A TÊTE NOIRE {Ccriornis mdauocephala). — Caractères. — Le Tragopan à tète noire, ou ./e;r^7% mesure de o™,7oà o^^So de longueur. Il a les plumes du sommet de la tète noires, à pointe rouge ; la nuque, le devant du cou et le pli de l'aile d'un rouge écarlate; les plumes du manteau brun foncé, parcourues de raies noires très fines et de taches en forme de gouttelettes blanches encadrées de noir; la poitrine et le ventre noirs variés de rouge sombre, pointillés de blanc ; les rectrices et les rémiges rayées de brun. Habitat. — Le Tragopan à tête noire habite l'ouest de l'Himalaya. Mœurs. — Les mœurs des Tragopans sont très semblables à celles des Lopho- phores. Ces Oiseaux se nourrissent de graines, de feuilles, de bourgeons, de baies, d'Insectes. L'été, ils habitent les sombres et épaisses forêts situées au-dessous de la limite des neiges; l'hiver, ils descendent dans les forêts de chênes, de noyers, où abondent les taillis et les fourrés impénétrables. Ils vivent par petites troupes de trois îi dix ou douze individus. Vient-on à effrayer une de ces compagnies, tous les individus qui la composent s'enfuient en poussant des cris perçants, les uns se glissent sous les buissons, d'autres cherchent leur salut sur les branches des arbres ; leur vol est très rapide et accompagné d'un bruissement particulier. 47 LES COQS. [99] Le genre de vie du Tragopan à tète noire nous est connu par la relation qu'en a laissée Mountainecr : « Au printemps, dit-il, quand la neige commence à fondre, les Jewars quit- tent leurs quartiers d'hiver; ils se séparent et se répandent dans les endroits les plus retirés, les plus tranquilles des forêts, dans la zone des bouleaux et des rhododendrons blancs, montant jusqu'à la limite supérieure de la forêt. En avril, ils s'accouplent; c'est à ce moment qu'on rencontre le plus de mâles, pro- bablement parce qu'ils sont en quête d'une compagne. Ils crient beaucoup, et tout le jour. « Perchés sur une branche ou sur quelque tronc d'arbre renversé, ils semblent avoir moins souci d'être vus. Leur cri d'amour ressemble à celui qu'ils pous- sent quand on les effraye ; il est plus perçant, et ne se compose que d'une s3'llabe, ivue, lancée avec force, comme le bêlement d'une Chèvre égarée : on l'entend à plus d'un mille de distance. » La reproduction terminée, le Tragopan à tête noire descend, peu à peu, par petites familles, dans les régions où il doit hiverner. Captivité. — Les Tragopans supportent fort bien la captivité et deviennent même très familiers. On peut en voir aujourd'hui dans presque tous les Jardins zoologiques d'Europe. LE TRAQOPAN DE TEMMINCK [Ceriornis Tcmminckii). — Cette espèce, dont le plumage est assez semblable à celui du Tragopan à tête noire, habite le sud-ouest de la Chine. D'après Oustalet, c'est un Oiseau assez rare. « Il vit isolé sur les montagnes boisées et ne sort guère des taillis, où il fait sa nourriture de graines, de fruits et de feuilles. Son cri, très sonore, peut être rendu par les syllabes oua deux fois répétées : c'est de là que lui vient son nom chinois de Oua-Oua-Ky. C'est un gibier très estimé qui ne peut être capturé qu'au piège ou au collet. Pris vivant, ce magnifique Oiseau peut être gardé quelque temps en cage, mais il est d'une complexion délicate. » Panni les autres espèces connues, et dont on ne sait que peu de chose touchant les détails de leurs mœurs, citons le Tragopan salyrc, qui se rencontre dans l'est de l'Himalaya, et le Traa^opan de Cabol, du sud-est de la Chine. LES COQS Caractères. — Le genre Coq [Galliis] a pour caractères : un bec moins long que la tête, robuste, voûté, à pointe recourbée; des ailes courtes, concaves, très arrondies ; une queue moyenne, généralement verticale et recouverte par les sus- caudales allongées et gracieusement recourbées en faucille; des tarses de la lon- gueur du doigt médian, scutellés, armés d'éperons arqués et aigus; des doigts unis à leur base par une courte membrane; un plumage abondant, orné souvent de couleurs vives. La face, le tour des yeux sont généralement nus; le sommet de la tête porte une crête charnue ; des appendices de même nature pendent sous le bec. [100] LES GALLINACÉS. 48 Le dimorphisme sexuel est très accentué. Les œufs des différentes espèces sont uniformément blancs. Ce genre est, de toute la famille des Gallinacés, le plus riche en races et variétés. Cependant, il n'en existe que quatre espèces vivant à l'état sauvage et dont une seule paraît être la souche des innombrables variétés qui peuplent nos basses-cours. Les Indes et la Malaisie sont leur berceau d'origine. Chacune d'elles a une aire de dispersion qui lui est propre, mais toutes ont les mêmes mœurs, le même genre de vie. Ces quatre espèces sauvages sont : le Coq de Bankiva, le Coq de Stanley, le Coq de .lava, le Coq de Sonnerat. LE COQ DE BANKIVA [Galliis Bankiva, G. ferrugiueiis). — Caractères. — Le Coq de Bankiva est un bel Oiseau dont la taille est d'environ o"'.6o. Nous en reproduisons l'excellente description classique tirée de Brehm : « Il a la tète, le cou, les longues plumes pendantes de cette dernière région d'un jaune doré brillant; les plumes du dos d'un brun pourpre, d'un rouge brillant au milieu, bordées de brun jaune; les longues couvertures supérieures et pen- dantes de la queue de la même couleur que les plumes du cou ; les couvertures moyennes des ailes d'un brun châtain vif; les grandes à reflets vert noir; les plumes de la poitrine noires, à reflets vert doré ; les rémiges primaires d'un gris noir foncé, bordées d'un liséré plus clair; les rémiges secondaires rouges sur les barbes externes ; les internes noires ; les plumes de la queue noires, les médianes brillantes, les autres ternes ; l'œil rouge-orange; la crête rouge; le bec brunâtre ; les pattes d'un noir ardoisé. » La Poule est de plus petite taille ; sa queue est dirigée plus horizontalement, et chez elle, la crête et les appendices rostraux ne sont qu'indiqués. Elle a les plumes longues du cou noires, bordées de blanc jaunâtre; celles du manteau tachetées de brun noir; celles du ventre isabelles; les rémiges et les rectrices d'un brun noir. Le Coq de Bankiva présente des variétés locales très nombreuses. habitat. — Son aire de dispersion est plus étendue que celle des autres espèces; elle comprend l'Inde septentrionale jusqu'à Sinde, du côté de l'ouest, rHiniala3'a jusqu'à une altitude de 4000 pieds anglais, Burmah, la péninsule malaise, l'Indo-Chine, les Philippines et les îles de la Sonde jusqu'à Timor. LE COQ DE STANLEY [Gallus Slanleyi, G. Ihicatiis). — Le Coq de Stanley diil'ère peu du précédent par son plumage ; sa crête est jaune bordée de rouge. Il se fait remarquer par sa voix très singulière. On ne le rencontre qu'à Ceylan. LE COQ DE JAVA [Gallus furcalus). — Caractères. — Le Coq de Java, ou Coq tacheté, surpasse les espèces précédentes par l'éclat de son plumage. Il a les plumes delà collerette longues, mais non pointues, d'un vert fonce à ^lO LES COQS. [101] éclat métallique et entourées d'un liséré étroit d'un noir de satin; les plumes longues et étroites de l'épaule et des couvertures supérieures des ailes d'un vert noir brillant, bordées d'une bande large d'un jaune doré foncé, très vif; les plumes du croupion très longues, d'un vert noir brillant au milieu, et bordées de j aune clair ; les grandes couvertures et toutes les plumes de la face inférieure du corps d'un noir foncé, très brillant; les rémiges primaires d'un noir brun, les secondaires brunes, bordées en dehors de jaune fauve; les plumes de la queue d'un vert métallique, à reflets superbes; l'œil jaune clair ; les parties nues des joues rouges, bordées en dehors et en bas de jaune doré ; la crête bleue à sa base, violette à sa pointe ; la mandibule supérieure noire, l'inférieure jaune ; les pattes d'un gris bleuâtre clair. La Poule est plus petite. Ses joues sont complètement emplumées. Elle a la tète et le cou d'un gris brun, les plumes du manteau vert doré, bordées de gris brun, avec la tige rayée de jaune d'or; les grandes couvertures et les rémiges secondaires sont d'un gris foncé brillant, moirées de jaune ; les rémiges primaires sont brunâtres, les rectrices brunes à reflets verdâtres et bordées de noir; la gorge blanche ; la poitrine et le ventre couleur Isabelle. LE COQ DE SONNERAT {Gallus Sonnerati). — Caractères. — Le Coq de Sonnerat ou Coq sauvage de l'Inde, ou KatukoU, comme l'appellent les Indiens, diffère surtout des autres espèces par la forme de sa collerette. Les plumes en sont longues, étroites, arrondies à l'extrémité ; leur tige s'élargit en formant un disque corné, puis s'amincit pour s'élargir de nouveau en forme de spatule. Les barbes de ces plumes sont d'un gris foncé ; la tige elle-même est d'un blanc brillant à sa base, d'un jaune roux vif à l'extrémité, de sorte que l'aspect de ces plumes est celui de lamelles cartilagineuses rayées de couleurs vives. Les plumes du dos sont longues, étroites, d'un brun noir et rayées longitudi- nalement de blanc ; les petites couvertures des ailes sont dépourvues de barbes, et leur tige est aplatie en palette ; les plumes du croupion sont grises, à tige et à liséré plus clairs ; les couvertures supérieures de la queue d'un vert foncé brillant: la face inférieure du corps d'un gris noir; les flancs jaunes tirant sur le brun rouge vers les bords et au milieu ; l'reil est jaune brun clair, la crête rouge ainsi que les barbillons, les pattes et le bec jaunes. La Poule a une livrée moins variée et moins brillante. Habitat. — Le Coq de Sonnerat est originaire de l'Inde. Certains auteurs décrivent, en outre des quatre espèces dont il vient d'être question, trois Coqs désignés sous les noms de Gallus Temmincki, G. ameus, G. giganteus. On admet aujourd'hui que ce sont de simples variétés des précédents. Mœurs. — Mais, si les ornithologistes sont bien fixés sur les descriptions des Coqs sauvages, ils savent peu de chose sur leur genre de vie. Ces Oiseaux habitent en effet des régions peu accessibles, et n'ont guère pu être observés jusqu'ici que dans l'Inde. Le Coq de Bankiva se tient principalement dans les hautes montagnes et ne [102] LES GALLINACÉS. 50 descend jamais au dessous de i ooo mètres d'altitude. Le Coq de Stanley est commun aussi dans les régions montagneuses. Le Coq de Java habite les fourrés les plus impénétrables des hautes forêts. On le rencontre parfois sur le bord des chemins, recherchant quelque nourriture dans les excréments des bestiaux, mais au moindre bruit, il disparait dans quelque taillis impéné- trable. Les Coqs sauvages se nourrissent de graines, de bourgeons, d'Insectes, notamment de Termites. C'est surtout le matin qu'ils se mettent en mouve- ment et font retentir les airs de leurs cris sonores. Ils sont querelleurs et batailleurs au même degré que les Coqs domestiques. Leurs mœurs sont pol3'games. Chaque Poule dépose ses œufs dans quelque dépression du sol où elle a amassé des herbes et des feuilles sèches. Elle fait preuve de toutes les qualités d'une excellente mère, tandis que le Coq ne parait témoigner aucune affection à sa progéniture. Chasse. — La chasse des Coqs sauvages se pratique fort peu, en raison des difFicultés qu'elle présente. D'ailleurs, la chair de ces Oiseaux est relativement coriace, bien que d'un goût excellent, selon Jerdon. Captivité. — Le Coq de Bankiva présente de remarquables aptitudes à la domestication. Il n'en est pas de même des autres espèces, et même quand on fait couver leurs œufs par des Poules domestiques, les jeunes, une fois déve- loppés, ne manquent pas de s'échapper ii la première occasion. Acclimatation. — De l'Asie, leur berceau d'origine, les Coqs ont été trans- portés par l'homme dans toutes les contrées du globe. Ils se sont acclimatés partout, mais de préférence dans les régions chaudes et tempérées. Leur domestication et la création de races spécialement élevées en vue de l'alimen- tation de l'homme, remontent à une haute antiquité. Historique. — D'après les documents les plus anciens, les Coqs ont été introduits en Chine sous une dynastie régnant 1400 ans avant Jésus-Christ. Ces Oiseaux ne sont ni mentionnés dans l'Ancien Testament, ni figurés sur les monuments égyptiens. On n'en a pas trouvé de traces dans les habitations lacustres de la Suisse. Théognis et Aristophane en font mention en 400 à 5oo avant Jésus-Christ. D'après Darwin, il en est figuré sur quelques cylindres babyloniens (vi" ou vu' siècle av. J.-C), et sur la tombe des Harpies en Lycie (600 ans av. J.-C). « Nous pouvons donc fixer à peu près, dit l'illustre naturaliste, vers le vi' siècle avant Jésus-Christ, l'époque de l'arrivée en Europe de l'espèce galline. Au commencement de notre ère, elle devait déjà avoir voyagé plus à l'ouest, car Jules César l'a trouvée en Bretagne. >' L'étymologie du mot Coq est assez embrouillée. Il est probable que ce nom vient de (Joq, nom celtique de cet Oiseau. Mais, d'après Rey, les Gaulois n'auraient jamais eu le Coq pour emblème : « le prétendu Coq si-aiilois est fils de la Révolution; c'est en 178g, avec la garde nationale, qu'il a pris naissance ». Quant au Coq des girouettes, son origine n'est pas bien certaine. " Il était, dit Rey, depuis un temps immémorial en usage dans toute la chrétienté. C'est 51 LES COQS ET LES POULES DOMESTIQUES. [103] un symbole de vigilance qu'exercent les ministres du culte, et une indication qu'ils doivent adresser leurs prières au Ciel dès le lever du soleil. » LES COQS ET LES POULES DOMESTIQUES Origine. — On admet, depuis les mémorables travaux de Darwin, que le Coq de Bankiva est la souche de toutes les races de Coqs et de Poules domestiques. Les preuves de cette unité d'origine des races gallines sont moins faciles ii éta- blir que celles de l'unité spécifique des races de Pigeons. Néanmoins, on peut invoquer à l'appui de cette hypothèse les faits suivants ; Le Coq de Bankiva est l'espèce sauvage la plus voisine, par ses caractères, de certaines races domestiques telles que les Combattants. De part et d'autre, on constate la même conformation, le même cri, le même plumage. Le Coq de Bankiva est une espèce abondamment répandue, d'un apprivoise- ment facile, et présentant des variétés locales nombreuses. Elle est la seule des quatre espèces sauvages qui, croisées entre elles ou avec les races domestiques, ait donné des métis féconds. Enfin, on constate fréquemment chez des races domestiques nettement carac- térisées, telles que les races Cochinchinoise, Dorking, Bantam, Soyeuse, un retour au type primitif, c'est-à-dire des individus qui présentent accidentellement des caractères et un plumage semblables à ceux du Coq de Bankiva. Etant donnée l'innombrable quantité de races domestiques distinctes qui peu- plent aujourd'hui la surface du globe, il }' a lieu de s'étonner, cependant, qu'une seule espèce ait pu produire autant de variétés différentes. Mais la formation des premières races domestiquées date d'une époque très reculée, et Darwin a montré comment le nombre des variétés avait pu depuis cette époque s'accroître insensiblement, dans des proportions considérables. « On sait, dit cet auteur, qu'au commencement de l'ère chrétienne, les Ro- mains avaient déjà six ou sept races, et Columelle recommande comme les meilleures, « les sortes qui ont cinq doigts et les oreilles blanches ». C_)n con- naissait en Europe, au xv'' siècle, plusieurs races qui ont été décrites; et à peu près à la même époque, en Chine, il 3' en avait sept portant des noms distincts. « Actuellement, dans une des îles Philippines, les naturels, quoique à demi barbares, distinguent par des noms différents non moins de neuf sous-races de volaille. Azara, qui écrivait à la fin du siècle dernier, raconte que, dans l'inté- rieur de l'Amérique du Sud, où on se serait le moins attendu à trouver des soins de cette nature, on élevait une race à peau et os noirs, parce qu'elle était productive, et sa chair bonne pour les malades. Or tous ceux qui se sont occu- pés de l'élevage de la volaille, savent combien il est impossible de maintenir les races distinctes, sans prendre les plus grandes précautions pour séparer les sexes. Peut-on donc admettre que, autrefois et dans les pays peu civilisés, ceux qui ont pris la peine de conserver distinctes des races qui avaient pour eux une certaine valeur, n'aient pas parfois détruit les Oiseaux inférieurs, et conservé les meilleurs ? Il n'en faut pas davantage. [104] LES GALLINACÉS. 52 « Nous ne prétendons pas qu'autrefois, personne ait songé à créer une race nouvelle, ou à modifier une race existante d'après un type de perfection idéal, mais ceux qui s'occupaient de la volaille devaient chercher à obtenir et à élever les meilleurs Oiseaux possible; cette marche, dont le résultat était la conser- vation des Oiseaux les plus parfaits, devait à la longue modifier la race aussi sûrement, quoique beaucoup moins rapidement que ne le fait de nos jours la sélection méthodique. Il sutHt d'une personne sur cent ou même mille, se livrant à un élevage attentif de cette nature, pour que ses produits deviennent supé- rieurs aux autres, et tendent à former une nouvelle famille, dont les différences spéciales, augmentant lentement et graduellement, comme nous l'avons vu pré- cédemment, finissent par acquérir l'importance de caractères d'une sous-race ou même d'une race. Les races négligées peuvent s'altérer, tout en conservant par- tiellement leurs caractères, mais revenant ensuite à la mode, elles peuvent être ramenées à un degré de perfection très supérieur à celui de leur type pré- cédent; c'est ce qui est arrivé tout récemment aux races huppées. « Une race entièrement négligée disparaît toutefois et s'éteint, comme cela a été le cas pour une sous-race huppée. Lorsque, dans le cours des siècles passés, il est né un Oiseau offrant quelque point anomal de conformation, tel qu'une huppe d'Alouette sur la tête, il est probable qu'il aura dû être conservé, en vertu de cette passion pour la nouveauté qui a, par exemple, conduit quelques per- sonnes à produire et à élever en Angleterre des races sans croupion, ou des Oiseaux frisés dans l'Inde. « De pareilles anomalies sont ensuite conservées avec le plus grand soin, comme indice de la pureté et de la bonté de la race ; c'est d'après ce principe que, il y a dix-huit siècles, les Romains estimaient le plus, chez leurs volailles, un cinquième doigt et les lobes auriculaires blancs. « Ainsi, l'apparition incidente de caractères anomaux, même très légers au premier abord; les effets de l'usage ou du défaut d'usage, peut-être ceux de l'influence directe du climat et de la nourriture ; la corrélation de croissance; le retour occasionnel vers d'anciens caractères depuis longtemps perdus ; les croi- sements des races, quand il s'en est déjà formé un certain nombre; mais, par- dessus tout, une sélection inconsciente poursuivie pendant une longue série de générations, sont autant de circonstances qui, à mon avis, lèvent toutes les diffi- cultés qui semblent s'opposer à l'admission de l'opinion, que toutes les races descendent d'une souche primitive unique. » On a vu plus haut pour quelles raisons le Coq de Bankiva est considéré comme cette souche primitive unique. Classification. — « Une classification naturelle des races gallines, a dit Dar- win, n'est pas possible, car elles diffèrent les unes des autres à des degrés divers, et n'offrent pas de caractères subordonnées les uns aux autres, qui per- mettent de les classer par groupes sous d'autres groupes. Elles sembleùt toutes avoir divergé d'un type unique par des voies différentes et indépendantes. » Et, en effet, tous les ornithologistes qui ont essayé de rattacher les innom- brables variétés à un certain nombre de types morphologiques ne sont arrivés qu'à établir des classifications forcément artificielles. 53 LES COQS ET LES POULES DOMESTIQUES. [105] L'une des meilleures cependant est celle que nous empruntons à Cornevin. Elle a l'avantage, par sa disposition, de faciliter la détermination rapide de chaque race, et de présenter une série de formes qui s'éloignent graduellement de plus en plus du type primitif. Une première grande division est basée sur la présence ou l'absence de coccyx, ce qui établit la distinction des races Uropfgidées et des races Anuro- pygidces. Puis dans chacune de ces divisions, la présence de cinq ou quatre doigts donne lieu à la formation des groupes Pentadactyles et Tétradactfles. Enfin, comme autres caractères secondaires utilisés dans la dichotomisation, on remarque les particularités tirées des crêtes, des huppes, de la vestiture des tarses, etc. Nous retrouverons aussi, dans les caractères des races domestiques de Coqs, quelques particularités accidentelles étudiées à propos des Pigeons, ce sont la frisure et le soyeux des plumes. SYNOPSIS DES RACES GALLINES (D'après Cornevin). Article 1. — Races Uropygidées. Groupe I. — Races U. Tétradactyles. Section I. — Races a crête. Sous-section I. — Races à tarses nus. 1° Non cravatées. Catégorie I. — Races à crètr simple et dentée. j Port trùs redressé ; corps longiligne, bec puissant Combattant. j*" 1 ' ç Oreillons ^ Tarses gris Commune. Si.iture Port , clans les rouges. ;> - rosés Scotch-Grey. moyenne ^ordinaire l^ieu.x se.xes. J ou un ou s'en Oreillons ^ Plumage varié Brœckeletde laFriie. peu au- / rappro-/ Crête ren [ blancs. ' — blanc Ramelslohe. dessous., chant. ' v-Pr^-P chez ' ^""^'"""^ """"S*-'^ Gournay. laPou^e i (Joues blanches Espagnole. Oreillons) Tarses noirs Minorque. blancs. ) Joues \ — gris noir longs. Andalous. c I ( rouges. J — gris et minces.. Bressane.' 3 j ' — jaunes Leghorn. S-/ Crète droite 1 ^ .,, j. i • H 1. I Oreillons rouges assez développes ; tarses \ Hp,>TL.vnc i jaunes ; queue courte Plymouth-Rock. Forte { Port I stxcs. j stature. J ordinaire., ^ . (Oreillons blancs et rouges de développe- / Crète ren- i ment moyen; tarses gris bleuâtre Elberield. versée chez/ Petits oreillons blancs et rouges; tarses la femelle, j gris blanc rosé Coucou de RenneS. [ Oreillons blancs ; tarses ardoisés Barbezieux. Tronc de dimensions \ moyennes, mais ( Port ordinaire. Crétecouchéechez la femelle. Tarsesgris. Courtes-pattes, tarses rudimentaires. j iPort redressé. Tarses proportionnés à la taille et ver- dàtres Naine de combat, p ^Tarses très courts et jaunes Nangasaki. J. I — proportionnés au corps et rosés. .. Scotch-Grey. Bantam. Plumage soyeux Soyeuse. Cou nu A cou nu ou de Tran- sylvanie. [106] LES GALLINACÉS. 54 Catéuouie II. — Races à crélc sans indcnlaliuns. i Tarses jaunes. (^)ueue petite et inclinée Malaise. Port redressé. < — gris plombé; margeolles et oreillons lie de vin.. De Bruges ou Combat- Stalure i ' l^nt du Nord. moyenne./ p ... j, ^ Oreillons rouges, tarses jaunes, queue très longue... De Yokohama. .,,':' .*" ■ , , Oueue longue au maximum, couleurs très vives et al horizontale.' ^ .. " ni ;„ variées Pnœnix. J-'t iturc au-dessous de la moyenne; queue traînante De Sumatra. Catégorie 111. — Races à crcle fraisée. 1 Crète Oreillons blancs. Tarses gris De Hambourg. I . \ — rouges. — jaunes De Dominique. , , , /Oreillons rouges. Petites plumes raides moyenne. i horizontale, r j ,? -i « • • jimxcini... 1 autour de 1 œil Orpington. f Crète projetée sui -o u O [ Crète projetée sur les ycu.x Red-Cap. (Crète plaquée ^ Oreillons blancs. Tarses gris Du Mans. l-orte stature. ^ horizontale, i — rouges. — jaunes Wyandotte. «^1 Stature ordin. i I I par le corps, ( Qp^(g horizontale, oreillons blancs, tarses gris Campine courtes-pattes _ I rudimentaire l °' ' par les tarses. ' 1 Oreillons rouges, queue sans faucilles Sebright. rormesnaines. ; ui <■ n p.,„».iTn ( — blancs, queue avec faucilles Baiitam. Plumage i, Stature ordinaire Frisée du Chili. frisé. 1 Forme naine Petite frisée. 2° Cravatées. Catégorie 1. — Races à crête simple et dentée. Cravate confondue avec barbe et favoris A tète de hibou ou Cosaque. Cravate, barbe et favoris De Mantes. Catégorie II. — Races à crête fraisée. Cravate, barbe et favoris Barbue d'Anvers. Sous-SECTioN 11. — Races à tarses emplumés. Non cravatées. Catégorie I. — Races à crête simple et dentée. [Tarses jaunes, doigts emplumés, queue rudimentaire Cochinchinoise. „ . \ — noirs ou gris foncé, peu emplumés Langshan. Grande stature, j _ jaunes, doigts nus. . Sherwoods. ( — couleur chair, peu emplumés, queue courte Coucou de Malines. iTous les caractères delà grande Cocliinchinoise avec plumage Formes naines. ] toujours fauve Naine de Pékin. (Tarses blanc rosé, fortes manchettes, queue bien développée.. Bantam pattu. Catégorie II. — Race à crête lobée. Grande stature. — Queue assez relevée avec deu.x faucilles formant fourche... Brahma-Pootra. Section II. — Races li huppe ou à épi. Sous-SECTioN I. — Races a tarses nus. Cxtégorie I. — Races n'ayant qu'une huppe. ■Stature > l'kimage à dispo- ^ Pas de cravate: margeolles bien développées... De Hollande. moyenne.' sition normale ('Cravate; margeolles rudimentaires De Padoue. L- 1 Tous les caractères de la Hollandaise de format ordinaire et plumage l'orme } très blanc Hollandaise naine. naine. | .j,^^^ j^^ caractères de la Padoue de forme ordinaire Padoue naine. 55 LES COQS ET LES POULES DOMESTIQUES. [107J Catégorie II. — Races ayant simullanémcnt uiw huppe ou un épi et une crête. ( Crète à 2 cornes avec petite huppe ou épi, margeolles très Forte \ l'^sde ) dLveloppées De la Flèche. slature. ^ cravate. ( Crète lobée quelquefois en gobelet, margeoUcs ordinaires. De Caumont. Cravate Urévecœur. Stature un peu au-dessous de la moyenne Faisane. Sous-SECTioN II. — Races à tarses emplumés. Stature ^ Petit épi; une cavité dans une crête e.^ktrêmement rudimentaire. . . De Bréda. moyenne. ' Huppe étirée en arrière ; crête à 2 cornes Ptarmiqan. Groupe II. — R. U. Pentadactyles. Section I. — Races à crête. Catégorie I. — Races à crête simple. Stature ^ Tarses nus, pas de cravate Flamande. moyenne.' — emplumés, cravate De FaveroUes. Forte stature. — Tarses nus, pas de cravate De Dorking. Catégorie II. — Race à crête fraisée. Forte stature. — Mêmes caractères que la Dorking à crête simple Dorking fraisé. Section II. — Races à huppe ou à épi. _ „ i Tarses nus, crête lobée, quelquefois en gobelet, accom- tature i Peau 1 » ^ t o ' ".. ;,, ', , pagnant la huppe, plumage bicolore De Houdau. ordinaire. ' blanche ./ ^ '^ ° 1 • ■ . 1 -. u- c ix (Tarses emplumés, lorte huppe, crête bicorne Sultane. Stature au-dessous de la moyenne sans atteindre au nanisme. Peau noire, huppe avec crête fraisée, orjillons et niargeolles violacés, plumage très dou.x. Nègre Article II. — R. Anuropygidées. Groupe 1. — R. An. Tétradactyles. Catégorie I. — ■ Races à crête. Stature ordinaire. Pas de faucilles, ni de vertèbres coccygiennes Sans croupion. Stature naine. Mêmes caractères que ci-dessus, avec nanisme , Sabot. Groupe U. — R. An. Pentadactyles. Catégorie II. — Race à huppe. Stature au-dessous de l'ordinaire Pas de faucilles; huppe ; barbe ; tarses em- plumés Huppée sans queue. I'' GROUPK - TYPE RACE CU.MMUNE RACES UROPVGlDliES TÉTRADACTYLES. TARSES NUS. CRÈTE SIMPLE ET DENTÉE RACE DES COMBATTANTS. — Les Combattants ont pour caractères: une attitude fière, redressée, un bec fort et crochu ; un cou long et fort, peu arqué ; une poitrine large; un dos court; des cuisses fortement musclées ; des jambes lon:;ues, fortes, couvertes de fines écailles et armées d'un ergot puissant; des doigts longs, étendus, le doigt postérieur bien appliqué sur le sol; une crêle simple et droite; des yeux grands à pupille noire; la queue serrée, étroite, bien relevée; les oreillons et les barbillons courts; le plumage serré et lisse. [1081 LES GALLINACÉS. 56 Cette race est très voisine du Coq de Bankiva, mais la plupart de ses carac- tères ont été exagérés par l'élevage et la sélection artificielle au détriment de la belle harmonie de ses formes. Le Combattant anglais actuel parait être, aux yeux des profanes, plutôt un type monstrueux qu'une race perfec- tionnée. Son importation en Europe date d'une époque assez reculée, car César y fait allusion dans ses Commentaires. Les Combattants sont, comme leur nom l'indique, d'un caractère très batail- leur, qui se manifeste chez les jeunes dès l'âge de cinq à six semaines. Ces ardeurs belliqueuses ne sont pas l'apanage des Coqs ; elles existent aussi, mais à un plus faible degré, chez les Poules. C'est surtout à la race des Combattants que s'appliquent ces lignes de BufFon : « Les hommes, qui tirent parti de tout pour leur amusement, ont bien su mettre en œuvre cette antipathie invincible que la nature a établie entre un Coq et un Coq; ils ont cultivé cette haine innée avec tant d'art, que les combats de deux Oiseaux de basse-cour sont devenus des spectacles dignes d'intéresser les peuples polis, et en même temps de développer ou entretenir dans les âmes cette précieuse férocité, qui est, dit-on, le germe de l'héroïsme. On a vu, on voit encore tous les jours, dans plus d'une contrée, des hommes de tous états accourir en foule à ces grotesques tournois, se diviser en deux partis, chacun de ces partis s'échauffer pour son combattant, joindre la fureur des gageures les plus outrées à l'intérêt d'un si beau spectacle, et le dernier coup de bec de l'Oiseau vainqueur renverser la fortune de plusieurs familles. C'était autrefois la folie des Rhodiens, des Tangriens, de ceux de Pergame ; c'est aujourd'hui celle des Chinois, des habitants des Philippines, de Java, de l'isthme de l'Amé- rique et de quelques autres nations des deux continents. » Les combats de Coqs, très en honneur en Angleterre, en Belgique et dans le nord de la France, sont souvent l'objet de paris importants. Ils sont, pour les amateurs, dans ces contrées, ce que les courses de Taureaux sont pour les Espagnols. Certains dimanches, on voit les coquelcux — c'est ainsi que s'appellent les fer- vents de ce genre de sport — se réunir dans une salle spécialement aménagée à Cet effet, et mettre an parc, tel est le terme consacré, leurs élèves favoris. Ceux- ci ont subi, préalablement, une véritable toilette de guerre. On leur a amputé la crête, les oreillons et les margeolles, pour qu'ils otfrent moins de prise au bec de leur adversaire, et on a muni leurs ergots de longs éperons en acier. L'amputation de la crête et des autres appendices cutanés de la tête se pratique de bonne heure, lorsque les jeunes Coqs n'ont encore que six à sept mois. L'éperon d'acier s'adapte à l'aide d'une courroie, un moment avant le combat. Les deux champions désignés sont placés l'un en face de l'autre dans une arène recouverte de sable fin. Autour de l'arène des bancs sont disposés en amphithéâtre, pour les curieux et les parieurs. A un signal donné, la bataille commence. Les deux Coqs se précipitent l'un 57 LES COQS ET LES POULES DOMESTIQUES. [100] vers l'autre, les plumes hérissées, les yeux brillants, et entrent en lutte. Ils se servent davantage de leurs pattes formidablement armées, que de leur bec; ils s'en portent des coups violents, en s'élançant l'un sur l'autre et se soulevant au- dessus du sol. Il est rare que l'un d'eux abandonne le champ de bataille; le plus souvent, le vaincu, s'il n'est tué net, reste terrassé et agonisant jusqu'à ce qu'on l'ait remplacé par un nouveau combattant. Indépendamment de son aptitude à ce genre original d'exercice, la race des Combattants anglais a, entre autres qualités, celle de fournir aux gourmets une chair fine et délicate. De plus, elle est d'une grande fécondité. De sorte que les efforts des éleveurs tendent aujourd'hui vers deux buts bien différents. Tandis que quelques-uns élèvent ces volatiles en vue d'exalter soit leurs qualités de lutteurs, soit leurs caractères de fantaisie, d'autres essaient de produire abondamment et d'améliorer une volaille justement appréciée. Aussi les sous-races de Combattants sont-elles nombreuses et variées.- Sous le rapport de la coloration du plumage, les Combattants anglais se répartissent dans les sous-races suivantes : Noire, Blanche, Coucou, Pailletée ou l^apillolée, Pile, Pile blanc. Dorée à ailes de Canard, Argent ée a ailes de Canard, Rouge à plastron noir. Rouge à plastron brun. Les variétés dites à ailes de Canard présentent sur les ailes des localisations pigmentaires rappelant celles que l'on voit chez les Canards. RACE COMMUNE. — Cette race, qui rappelle par ses formes, ses allures, son plumage, le Coq He Bankiva, ne présente pas de caractères bien fixes, car elle n'a pas été l'objet d'une sélection rigoureuse. Néanmoins, malgré les variétés locales sous lesquelles on peut la rencontrer, elle est aisément reconnaissable. Son corps est bien proportionné, ses formes élégantes; son plumage a les nuances brillantes et les reiiets verts et dorés du Coq de Bankiva. La tète porte une crête simple, verticale, d'un développement moj'en, bien dentée; les mar- geolles sont bien développées et pendantes; les oreillons blancs ou rouges; la queue est ornée de faucilles longues et gracieusement recourbées; les tarses gris. Le plumage de la Poule est d'un fauve plus ou moins cendré. On rencontre cette race dans la plupart des fermes. Son élevage réclame peu de soins, sa chair est excellente et sa fécondité remarquable : la Poule donne en moyenne i5o œufs par année, elle se montre bonne couveuse et bonne mère. Les sous-races principales sont les suivantes : 1° La sous-race de Caussade ou de Gascogne, reconnaissable à son plu- mage noir. 2" La sous-race du Gàtinais, qui a un plumage gris. 3" La sous-race des Ardenncs, qui diffère peu de la race type. La Poule créole de la Plata n'est que la race commune de l'Europe, intro- duite depuis plusieurs siècles dans l'Amérique du Sud, où elle vit à l'état de demi-liberté. Sous l'inHuence de ce nouveau genre de vie, du climat et de la Pli XXXIII. — Coq et Poules. — Race Andalouse itexte, paj^e ni). La vie des AN1MAU.X ILLUSTRÉE. IV. g [110] LES GALLINACES. ÔS nourriture, elle a pris des caractères particuliers. Sa taille s'est amoindrie, son plumage est devenu roussâtre ou jaunâtre. Par leurs allures, et leur genre de vie, les Poules cre'oles de la Plata se rapprochent beaucoup des espèces sauvages. Vives, alertes, volant facilement et se perchant volontiers sur les arbres, elles forment des petites bandes de quatre à cinq individus d'un naturel assez sauvage. La Poule de Jérusalem n'est aussi qu'une sous-race asiatique de la race commune. Coqs. — Race commune. RACE COUCOU D'ECOSSE (Scolcli Grey). — Les races dites Coucous doivent leur nom à ce que leur plumage ressemble à la face ventrale du Coucou, c'est- à-dire qu'il est rayé de brun noir ou de brun roux sur un fond gris clair. D'après leur origine géographique on distingue : les Coucous Je Rennes, ou de France, les Coucous Mali)ies, les Coucous J'Écosse. ■ Les deux premières sous-races sont de très forte taille et d'un type voisin du Pl3'mouth-Rock. RACE DE BRAEKEL, OU CAMPINE A CRÊTE SIMPLE. — Très estimée en Belgique et dans le nord de la France, cette race se distingue de la race com- 59 LES COQS ET LES POULES DOMESTIQUES. [111] niLinc par sa taille qui est plus petite, et son plumage dit craj-oinié, doré ou ^cnté. La Poule est une excellente pondeuse. argenté LA RACE DE RAMELSLOHE et celle de GOURNAY se rangent à côté de la précédente. LA RACE ESPAGNOLE. — Les Coqs et Poules de race espagnole ont un aspect très caractéristique. Ils sont de haute taille, leur port est fier, redressé; leur plumage presque uniformément noir; le grand développement de leur crête, droite, profondément dentée, leurs longs barbillons rouges, leur face nue, verruqueuse, d'une pâleur livide, donnent à ces Oiseaux un aspect très singulier. Cette race n'est encore considérée que comme une race de fantaisie. La Poule est bonne pondeuse, mais sa chair est peu appréciée. Pendant l'hiver, parles froids rigoureux, la belle crête des Coqs est sujette à se geler. Outre la race noire typique, il existe une sous-race blanche. RACE DE MINORQUE. — Les Coqs et Poules de Minorque, très répandus en Angleterre, se distinguent de la race espagnole par la couleur des joues qui est rouge au lieu d'être blanche. On la dit originaire des îles Baléares, mais en réalité, elle provient d'une race améliorée de la péninsule Ibérique, connue sous le nom de Castillane ou Aiida- loiise noire. C'est une race rustique, peu sujette aux maladies, s'engraissant facilement; la Poule est une excellente pondeuse, mais n'a que peu de qualités pour couver. LA RACE ANDALOUSE (•). — Elle se rattache très intimement à la race de Minorque, dont la distingue seulement son plumage maillé d'un gris ardoisé. LA RACE D'ANCONE. — Elle ne ditïère aussi de la Minorque que par son plumage coucou. Les races Espagnole, de Minorque, Andalouse, d'Ancône, bien que formant un groupe assez homogène, ne proviennent pas toutes, comme leur nom pour- rait l'indiquer, de l'Espagne. Une seule d'entre elles, la Minorque, provient de ce pays. Les autres sont des races sélectionnées, moins connues en Espagne que partout ailleurs. LA RACE BRESSANE. — Cette race est très ancienne. Son nom rappelle celui de la province où elle a été l'objet d'un éleviige tout particulier. Elle provient, d'après certains auteurs, d'un croisement entre le Coq espa- gnol et la Poule commune. Ses caractères sont les suivants : la crête est grande, très dentelée, droite (■) PI. XX..Nin. — Coq ot Poule.1. — Race Andalouse (Planche, page 109). [112] LES GALLINACÉS. 60 chez le Coi.], tombante chez la Poule; les oreillons sont blancs ou sablés de rouge; les tarses gris et fins; la poitrine large, le squelette léger. C'est une race très estimée tant pour la délicatesse de sa chair et ses aptitudes à l'engraissement que pour la ponte et l'incubation. On en distingue dcu.v variétés principales, celle de Bourg dom le plumage est caillouté, et celle de Louhans dont le plumage est entièrement noir à reflets métalliques verts et violets. RACE DE LEQHORN. — Les allures du Coq de Leghorn ont l'élégance et la fierté de celles du Coq commun. Ses caractères en sont aussi peu différents: tête fine, surmontée d'une belle crête simple, droite, dentée; bec et pattes jaunes, oreillons de grandeur moyenne et couleur blanc-crème; barbillons allongés; dos court, plastron large ; queue bien garnie, fortement relevée. La Poule porte la crête renversée, sa queue est moins fournie. Les origines de cette race sont à rechercher dans le croisement de l'Andalouse et d'une race également méditerranéenne, celle de Livourne. Mais elle a sur- tout été sélectionnée et élevée aux environs de New- York, de sorte que certains auteurs en font une race américaine. Sa création ne remonte pas au delà de 1 835. Les Poules de Leghorn sont surtout recherchées comme pondeuses, car leur chair est peu appréciée. Une bonne pondeuse produit annuellement environ i No œufs du poids de 56 grammes. Les différentes sous-races sont caractérisées par leur plumage ; ce sont : la Rouge, la Blanche, la Noi)-e, la Brune ou Dorée, la Coucou et la Pile. La première est la plus connue : chez le Coq, la tête et le camail sont rouge orangé; les lancettes ainsi que les petites et moyennes couvertures des ailes d'un rouge foncé; le plastron, l'abdomen et les rectrices noires ; les grandes couvertures de l'aile et les faucilles noires à reflets verts ou violacés: les rémiges primaires noires, sauf les barbes externes bordées d'un liséré bai brun; les rémiges secondaires et les couvertures de la queue noires bordées d'un liséré brun. La Poule a le plastron marron clair avec la tige des plumes blanche, le camail jaune doré, rayé de noir, la queue noire et le reste du plumage couleur perdrix. RACE DE PLYMOUTH-ROCK. — Cette race est caractérisée par une forte taille, une crête simple et droite dans les deux sexes; des tarses jaunes, une queue courte, un plumage coucou uniforme. Les joues et les oreillons sont rouges, les margeoUes bien développées. Créée en Amérique, elle provient du croisement de la Cochinchinoise et de la Dominique. Bonne pondeuse et bonne couveuse, d'un caractère peu querelleur, elle est très estimée pour ces diverses qualités. Les œufs sont gros et d'un beau blanc. Cl LES COQS ET LES POULES DOMESTIQUES. |11S] RACE D'ELBERFELD. — C'est une race de forte taille, très estimée en Alle- magne. Ses caractères tiennent à la fois de [p. race commune et de la race de Padoue. On en décrit trois sous-races principales : i" la Dorce; 2" VArgentée\ 3° la Noire. La première a le camail d'un fauve doré ; les couvertures des ailes d'un rouge-acajou traversées par une double bande noire brillante; les couvertures et la queue noires marquées de teintes chamois, les faucilles et les rectrices noires à reflets verts, les pattes gris bleuté; les oreillons blancs et rouges. Dans la sous-race argentée la couleur blanc d'argent remplace la teinte fauve doré. La troisième sous-race est presque entièrement noire. RA.CE DE BARBÉZIEUX. — Aux races de haute stature, telles que la PI3'- mouth-Rock et l'Elbcrfeld, il convient d'ajouter la race de Barbézieux, dont les affinités avec la race dite espagnole ne sont pas douteuses. Le port est fier, le plumage dominant est le noir. Élevée principalement dans l'ouest de la France, cette race est appréciée à la fois pour sa chair et ses qualités de pondeuse. RACE COURTES-PATTES. — La seule particularité ethnique de cette race est la brièveté des tars(>s, qui ne mesurent que 3 ou 4 centimètres. Cornevin la considère comme une forme monstrueuse de la race commune. Un fait qui jus- tifie cette hypothèse, est la difficulté qu'éprouvent les éleveurs à conserver ce caractère anormal dans des couvées successives; les sujets qui ne sont pas le produit de sélections très sévères, tendent à reprendre des tarses élevés. Douces, sédentaires, les Poules courtes-pattes sont d'excellentes couveuses. RACE A COU NU, OU DE TRANSYLVANIE. — Cette race, assez abondante en Trans3'lvanie, ne présente comme caractère distinctif qu'une dénudation com- plète de la partie supérieure du cou, laissant à nu la peau qui est d'un rouge écarlate. Par ses autres caractères, elle ne se distingue pas de la race commune. Les échantillons qui figurent dans les jardins zoologiques d'Europe et dans les expositions avicoles sont de simples objets de curiosité. C'est probablement du croisement du Coq à cou nu de Transylvanie et d'un Combattant qu'est née la race dite à cou nu de Madagascar, dont l'apparition dans la liste des innombrables variétés de fantaisie est de date récente. Races tianies du 1''' ^-ruupe. Race de Nan(;asaki. — Outre sa forme naine, la race de Nangasaki est encore remarquable par la brièveté de ses tarses, sa crête simple relativement énorme, son attitude redressée, la tête venant presque au contact de la queue fortement relevée; la poitrine proéminente, les ailes pendantes. Les joues sont nues et rouges ainsi que les oreillons, les margeolles très développées, le bec et les pattes rouges. [11/,] LES GALLINACÉS. G2 Originaire du Japon, cette race fut introduite en Europe vers 1854. On en connaît trois variétés basées sur les caractères du plumage ; ce sont : la Blanche, la Blaitclif à queue noire et la So}-euse. Les Poules de Nangasaki sont d'un caractère très doux ; on les utilise pour l'incubation des œufs de P^tisans et de Perdreaux. La 7~ace itaiiie de Combat, la }-ace naine d'Ecosse, la ?"i.7c't' naine So)'ense, sont des variétés tcratologiques de races normales vues précédemment : Combattants, Coucou d'Ecosse, race commune. Elles n'ont d'intérêt que pour les amateurs de curiosités, mais elles montrent en même temps comment une patiente sélection et un élevage particulier per- mettent de fixer des anomalies originairement accidentelles. 11« GROfPE. —TYPE MALAIS RACES UROPYGIDÉES TÉTRADACTYI.ES. — CRKTE SA>"S INDEN'TATIONS RACE MALAISE. — Les Coqs Malais rappellent par leurs formes et leurs allures les Combattants anglais, ou mieux encore la race sauvage primitive. Leur port est très redressé, leurs formes élancées ; ils ont un cou très long, une poitrine large, des épaules saillantes, des jambes fortes et nerveuses pourvues d'ergots puissants ; une queue petite, habituellement pendante, relevée seulement quand l'Uiseau est excité ; un plumage serré surtout dans la région du cou. Leur tête, en apparence fine et allongée, est relativement large; elle est sur- montée d'une crête mamelonnée; le bec est fort et crochu; les joues et les oreillons sont rouges, les pattes jaunes. Cette race est très répandue dans l'archipel Malais, les Philippines, les iles de la Sonde, Madagascar et les îles de la mer des Indes. Son caractère très querelleur la fait rechercher par les amateurs de combats de Coqs. Elle donne, avec différentes autres races domestiques, des métis remarquables par le grand développement de leurs muscles pectoraux, mais qui en se croi- sant entre eux retournent rapidement au t\'pe Malais pur. Les principales sous-races sont : la Blanche, la A'o/re, la Rousse, la Pile et la Noire-rouge. La sous-race noire ou Indienne est considérée par quelques auteurs, mais à tort, comme une race distincte. RACE DE BRUGES OU COMBATTANT DU NORD. — Cette race paraît être le résultat d'un croisement entre le Combattant anglais et le Malais. Ses caractères sont les suivants, d'après Cornevin : crête simple, rudimcn- taire, de couleur lie de vin foncée, ainsi que les margeolles et les oreillons. Queue presque horizontale. Par sa taille, son port, sa crête, son corps large en avant et étroit en arrière, elle tient de la Malaise; par sa physionomie, son plumage, ses instincts batail- leurs, elle rappelle le Combattant anglais. Ses tarses sont plombé foncé. 63 LES COQS ET LES POULES DOMESTIQUES. [115] Bien que d'un élevage facile, elle n'est pas très recherchée comme race de produit ; sa chair est médiocre, son aptitude à l'incubation est faible. On l'utilise en Belgique, pour le combat, après lui avoir fait subir les mêmes mutilations qu'aux Combattants anglais. Ses variétés de coloration sont nombreuses. RACE DE YOKOHAMA. — Cette superbe race, originaire du Japon et de la Corée, n'est élevée en Europe que pour son plumage décoratif. Ses caractères la rapprochent beaucoup de la Malaise ; mais elle s'en distingue par le dévelop- pement considérable des plumes de la queue disposées en panache et son atti- tude presque horizontale. Son élevage est très délicat ; le froid lui est funeste, et son caractère batailleur ne permet pas de la laisser en compagnie des autres Oiseaux de basse-cour. On en connaît deux sous-races : la Ferrugineuse et la Blanche. RACE PHÉNIX. — Originaire aussi du Japon, et importée en France en 1882, la race Phénix est très proche parente de celle de Yokohama, mais elle se fait remarquer par un développement plus considérable encore des plumes de la queue et la richesse de son plumage. C'est aussi une race de pure fantaisie et d'un élevage très délicat. Les deux variétés principales sont V Argentée et la Dorée. RACE DE SUMATRA. — On peut la considérer comme une forme demi-naine de la race de Yokohama. Son plumage est entièrement noir. Elle provient non pas de Sumatra, mais de l'Amérique, où elle a été créée et sélectionnée. III» GROUPE. — TYPE IIA.MBOURG RACES UROPYGIDÉES TÉTRAHACTYLES A TARSES NUS. CRÈTE FRAISIÎE RACE DE HAMBOURG (*). — L'origine de la race de Hambourg est assez embrouillée. Les Anglais, les Hollandais, les Français revendiquent chacun l'honneur de l'avoir sélectionnée et fixée. Quoi qu'il en soit, elle est très répandue dans tous les pays du nord de l'Europe. Son caractère essentiel est dans la forme de sa crête; celle-ci est une masse charnue en forme de plateau élargi en avant, pointu en arrière, hérissé de petits monticules réguliers, et surplombant le bec dans les deux tiers de sa longueur. Le corps est bien proportionné, la tête petite, le bec court et fin; les joues et les margeolles rouges ; les oreillons ronds, plats et blancs; le dos incliné; les ailes moyennes, la queue grande et bien portée ; les tarses courts et minces. Il en existe cinq sous-races principales qui sont: La Pailletée argentée, la Pailletée dorée, la Noire, la Crayonnée argentée, la Crayonnée dorée. Les deux dernières forment pour certains auteurs la Race de Campiue. PI. \.\.K1V. — Coq et Poules de Hambourg. — Variété pailletée argentée (Planche, page 116). [lia] LES GALLINACÉS. r,', Les sous-races pailletées sont caractérisées par la présence d'une tache noire ;i l'extrémité de chaque plume; cette tache est lancéolée sur les longues plumes du camail, arrondie dans les autres régions. Dans la variété argentée que représente notre planche, les plumes du camail sont blanches, flammées de noir; la poitrine, l'abdomen, les cuisses présentent les disques noirs caractéristiques sur fond grisâtre; les ailes portent deux barres noires transversales; les plumes de la queue sont longues, élégamment recour- bées et sont marquées chacune, à l'extrémité, d'un disque noir. Les sous-races cra3'onnées sont caractérisées par la présence sur chaque plume de barres noires transversales. La race de Hambourg est très appréciée pour sa beauté, son élégance, et pour son aptitude à la ponte. Les Campines, notamment, sont connues en Angleterre sous le nom ait Poules pondant Ions les jours. Cette appellation est peut-être exagérée, mais on peut estimer à 23o œufs environ, de 5o grammes chacun, la production annuelle d'une seule Poule. La qualité de la chair est différemment appréciée par les amateurs. La Canipine à conrlcs-pattes n'est qu'une variété tératologique analogue à la Courtes-Pattes décrite plus haut. RACE DE DOMINIQUE. — Cette race, originaire d'Amérique, se place ici près des Hambourgs à cause de sa crête fraisée, horizontale, et de son plumage coucou, mais elle est le résultat du croisement entre la Lcghorn et la Dorking fraisée. C'est une race rustique, féconde, d'un élevage facile. RACE D'ORPINOTON. — La création de cette race est de date toute récente. Elle a été obtenue pour la première fois en Angleterre, en i885. Sa généalogie est assez compliquée; on ne cite pas moins de dix races a3'ant concouru à sa formation, parmi lesquelles la Langshan, la Plymouth-Rock, la Minorque. RACE DU MANS. — Par ses caractères, la race du Mans tient des Hambourgs et des La P'ièche; son origine est inconnue. Elle est remarquable par son aptitude à l'engraissement, et la renommée des Chapons et des Poulardes du Mans est restée célèbre : les premiers atteignent le poids de 5 kilogrammes, sous l'inllucnce d'un gavage particulier. RACE WYANDOTTE. — La Wyandotte a des formes trapues ; ses barbillons sont de longueur moyenne, ses oreillons rouges, sa queue courte et fournie, sa crête fraisée, large en avant, pointue et recourbée en arrière, son bec et ses pattes jaunes. Issue d'un croisement compliqué où figurent la Hambourg et la Brahma, elle a hérité de la première une grande aptitude à la ponte et de la seconde une remarquable précocité. l"'!. XXXIV. — Coq et Poules de Hambourg. — Variété pailletée argentée (texte, page ii5|. 65 LES COQS ET LES POULES DOMESTIQUES. [117] Sa chair est peu appréciée en France, mais très recherchée en Amérique, son pays d'origine. On distingue les variétés /?/a;;f/;t', Noii-e, Argentée, Dorée et Coucou. Dans la variété Argentée, les amateurs recherchent avec un soin tout spécial la régularité des taches noires de la poitrine. Races naines du UT groupe. RACE SEBRIGHT. — On ne connaît pas les croisements qui ont donné nais- sance à cette race, dont le créateur est sir J. Scbright. Sa conformation la rapproche de la Hambourg; sa crête est fraisée; ses joues, oreillons et margeoUes rouges; ses tarses gris; ses ailes pendantes, sa queue simple et très relevée; son plumage maillé. Les trois sous-races sont la Dorée, V Argentée, la Citronnée, mais dans toutes les trois se retrouve la disposition maillée du plumage. RACE BANTAM A PATTES NUES. — Les amateurs donnent le nom de Ban- tam à la plupart des races naines. Ce nom n'indique pas, par conséquent, leur origine, en particulier celle de la Bantam à pattes nues. Celle-ci a le port et la conformation des Hambourgs; les variétés de plumage sont: Xa. Noire ou Java- naise, la Blanche, la Perdrix, la Dorée, V Argentée et la Soyeuse. RACE FRISÉE DU CHILI. — Cette race est connue depuis très longtemps, Aldrovande l'a signalée vers la fin du xvi' siècle. Elle se faiJ remarquer par la disposition frisée de ses plumes, notamment sur la poitrine. Ses caractères sont ceux de la race commune, à l'exception de la crête qui est fraisée. Il existe aussi une race frisée exactement semblable à la précédente, mais de plus petite taille encore : on l'appelle la Petite frisée. IV'- GROL'PE. — TYPE DE MANTES RACES UROPYGUjÉES TÉTRAnACTYl.ES CRAVATÉES. — TARSES NUS RACE DE MANTES. — Cette race, dont les caractères tiennent à la fois de la Houdan et de la race commune, a été l'objet d'une sélection et d'un élevage par- ticuliers dans les cantons de Mantes, Houdan et Bonnières, du département de Seine-et-Oise. Elle fut créée en 1 875 par Voitellier qui en donne la description suivante : « Le cou et les pattes sont de longueur moyenne, le dos long, les reins larges, les épaules moyennement écartées, mais très saillantes, et la poitrine très carénée. Si elle diffère par sa forme et ses proportions de la race de Houdan, elle lui ressemble par son plumage caillouté noir et blanc. Elle n'en a pas la huppe, et sa crête est simple, de dimensions moyennes, peu proéminente sur le bec, peu profondément dentée, portée droite chez le Coq et pliée sur elle-même vers [118^ LES GALLINACÉS. ^ OT. son milieu ciiez la Poule. Les barbillons sont très réduits. La gorge est un peu moins fournie que chez la Houdan et les favoris le sont au contraire davantage. La queue est de moyenne longueur et ne forme pas chez le Coq un immense panache donnant beaucoup de prise au vent ; les plumes de la queue et celles qui recouvrent l'abdomen sont cependant relativement molles et s'ébourilTent faci- lement. Les tarses sont marbrés noir et blanc rosé, ainsi que les doigts qui sont au nombre de quatre seulement. » La race de Mantes est d'un engraissement facile, sa chair est délicate. La Poule est bonne pondeuse et les Poussins précoces. RACE BARBUE OU COSAQUE. — Connue aussi sous le nom de Race à tôle de Hibou, elle doit son nom au grand développement des petites plumes frisées de la tête qui lui forment une sorte de barbe à favoris, et à la disposition de la crête qui présente deux cornes non ramifiées. Autrefois très répandue en Hollande, elle ne se rencontre plus que sur les bords de la mer Noire. RACE BARBUE D'ANVERS. — Forme naine analogue à celle des Bantams; elle est caractérisée, outre sa petite taille et sa crête fraisée, par une cravate de petites plumes frisées avec barbe et favoris. Répandue en Belgique, où elle est connue aussi sous le nom de Race iiaiiip A)iversoisc. V GROUIH-;. — TYPE COCHlNClllNOlS RACES UROPYGHlKES TKTRADACTYLES A TARSES EMPLUMl'S Les Coqs et les Poules de ce groupe paraissent, au premier abord, tellement éloignés du type primitif, le Coq de Bankiva, que l'on serait tenté de rechercher leur origine dans une souche distincte. .Mais « si l'on réfléchit, dit Cornevin, d'une part, que la brièveté de leur queue et de leurs ailes, ainsi que la massivité de leur corps sont des caractères acquis, qui ne se trouvent point sur des Oiseaux sauvages, où ils seraient une cause d'infériorité; que, d'autre part, on a vu quelquefois, sur des volailles communes et en dehors de tout croisement, apparaître spontanément des plumes aux tarses ou aux doigts (ce qui n'est qu'une manifestation de l'identité histologique des plumes et des écailles\ les hésitations disparaîtront et on les rattachera au Coq de Bankiva ». Hàtons- nous aussi d'ajouter que ces races d'origine asiatique ont été considérable- ment modifiées par la sélection depuis leur introduction en I^urope. RACE DE SHANQ-HAI. — Plus connue sous le nom de Race Cochiiichiuoise, ou Cocliiii, elle provient, non pas de la Cochinchine, mais du Tonkin septen- trional et du sud de la Chine. Elle fut importée en Angleterre en 1X43 et en France en i84("), par l'amiral Cécile. . Les Cochins sont de très haute stature; leurs formes sont lourdes et mas- sives. Us ont une tête relativement petite, un cou gros et court, un dos court 67 LES COQS ET LES POULES DOMESTIQUES. [110] et large, des épaules saillantes; des ailes et une queue très courtes; des tarses forts, de longueur mo_venne, emplumés ainsi que les doigts. La crête est simple, peu développc'e; les joues, les oreillons et les margeolles sont rouges, le bec et les pattes jaunes; le plumage abondant affecte une forme duveteuse, touffue, sur les cuisses. Les cinq sous-races principales sont : la Clianiois, la Blanche, la Nuire, la Coucou et la Perdrix. La variété Fauve est une modification du plumage cha- mois; la variété .4rtfo/5tv provient du croisement des sous-races Blanche et Noire. Les Poules cochinchinoises offrent une part égale de qualités et de défauts. Elles n'atteignent leur développement complet qu'à un âge assez avancé, et la durée de leur fécondité ne dépasse guère trois ans. Leur aptitude à la produc- tion des œufs est moyenne ; ces œufs sont relativement petits, de couleur jaune foncé; la ponte persiste pendant une partie de l'hiver. « Le défaut général des Poules de cette race, dit G. Marois, c'est qu'elles sont des couveuses infatigables, et que, à cause de leur poids, parfois elles écrasent leurs œufs; mais elles sont d'excellentes mères et conductrices de poussins qu'elles défendent au besoin ; les jeunes ont, comme les père et mère, un naturel calme et tranquille. Comme nourriture, cette volaille n'est pas ditticile : du blé, du maïs, du sar- rasin, une pâtée lui suffisent; elle digère facilement. Comme volaille de table, jusqu'à l'âge de cinq à six mois, le Poulet est assez agréable au goût; mais après cet cage, la chair, filandreuse, n'est pas de très bonne qualité; aussi n'a-t-elle aucune renommée chez nos gourmets; d'ailleurs, on n'aime pas les volailles à pattes jaunes. « Cette race n'est pas bien précoce; le squelette est grossier, la peau dure; les jeunes Poulets ne se développent que lentement. a La Poule Cochinchinoise, quand elle couve, s'abstient presque de toute nourriture; pendant le travail de l'éclosion, il faut la lever avec précaution pour la faire manger. Tout en gloussant, elle répond, au moment de l'incubation, aux mouvements et aux cris des petits dans l'œuf. La coquille de l'ceuf de cette race est formée d'un calcaire épais et dur. Malgré l'humidité dégagée par la mère, celle-ci est obligée d'aider son Poussin à sortir de la coquille en brisant cette enveloppe; parfois même, l'éleveur lui-même est obligé d'aider à l'éclosion. « La Poule est d'un naturel très doux; elle ne s'éloigne jamais de son parquet; elle ne gratte pas, elle ne dévaste pas les jardins ou prairies; elle ne cherche pas querelle à ses compagnes. Le Coq lui-même n'est pas batailleur; il manque même de hardiesse", malgré sa taille et son apparence majestueuse, avec un Coq d'une autre race, il se montre plutôt craintif et poltron. » L'une des qualités les plus importantes de la race Cochinchinoise est de per- mettre d'augmenter, par des croisements bien combinés, le format moyen de produits d'une même basse-cour. RACE DE LANQSHAN. — La race de Langshan est originaire de la Chine. Elle fut importée en Angleterre par le major Croad et c'est à A. Geoffroy Saint- Hilaire et à de Foucault que l'on doit sa propagation en France. [1201 LES GALLINACÉS. 08 C'est la race la plus volumineuse de toutes; le poids du Coq atteint 5 kilo- grammes; celui de la Poule 3'"-',5oo. Ses caractères, ses allures et ses qualités la rapprochent tellement de la Cochinchinoise que pour dilTérencier ces deux races l'une de l'autre, nous reproduisons ci-dessous un tableau comparatif intéressant, extrait de la Zouteclutie de Cornevin : Race Cochinchinoise. Bec jaune. Tarses jaunes. Tarses et doigls très cmplumcs. Peau jaune. Ailes peu développées. Cliair médiocre. Très grande propension à couver. Voix rauque. Brécliet ordinaire. Queue rudimentaire. Rack Lanoshan. B3C couleur corne ou blanc. Tarses gris plombé. Tarses et doigts peu cmplumés. Peau blanche. Ailes normalement développées. Cliair ordinaire. Propension ordinaire à couver. Voix assez pénétrante. Bréchet très développé. Queue moins rudimentaire. Le plumage de la race type est uniformément noir, à rellets métalliques. Mais la fantaisie des éleveurs a déjà essayé de mettre à la mode d'autres variétés, parmi lesquelles la Bleue, la Blaudie et la Soyeuse. RACE SHERWOODS. — Peu connue en France, cette race est le résultat de croisements entre des Grands Combattants blancs, des Cochinchinois et des Brahmas. Elle a été créée par le seul fait du hasard, dans une ferme de la Vir- ginie dont elle porte le nom. RACE COUCOU DE MALINES. — L'origine de cette race est inconnue, mais sa parenté avec les volailles indo-chinoises de grande taille n'est pas douteuse. Elle est répandue en Belgique depuis une époque assez reculée. Elle a des formes lourdes et massives, une crête simple, dentée, une queue courte, des tarses forts, couleur de chair, garnis de petites plumes sur le côté externe; le port et l'allure des Langshans. Son plumage est coucou ou ardoisé uniforme. Excellente pondeuse, bonne mère, caractère pacilique, chair délicate, telles sont ses principales qualités. RACE DE BRAHMA-POOTRA. — Il n'existe aucune relation d'origine entre la race de Brahma-Pootra et le tleuve du même nom. Apportée aux Etats-Unis en i853, par un navire qui arrivait des Indes, puis introduite en Europe, elle se répandit assez rapidement. Sa parenté avec la Cochinchinoise est indéniable; elle ne s'en distingue que par sa crête lobée, sa queue un peu plus longue et relevée, son plumage moins soyeux et d'une coloration différente. Ses qualités et ses défauts sont ceux de la Cochinchinoise. « Primitivement, dit Cornevin, les Brahmas étaient de plumage gris et le dessous de leur tronc se rapprochait de la nuance du Cochinchinois Perdrix; mais les éleveurs, utili- G9 LES COQS ET LES POULES DOMESTIQUES. [121] sant les indications que l'on possède aujourd'hui sur la formation des races composées, ont créé deux nuances dans la race Brahma-Pootra, l'Herminée et l'Inverse. Elles ne sont transmissibles que par une élimination très attentive des sujets ne rentrant pas dans le type, et la consanguinité n'aide guère à ^^^'''?''T^-^ ^ V.--- Poules de Brahma-Pootra, fixer ces nuances; aussi ne les considérerons-nous que comme formant des variétés. La variété hcnninée est constituée par des individus a\'ant le plumage blanc, sauf pour les plumes du camail rayées longitudinalement de noir au milieu, les rémiges primaires qui sont noires, les rémiges secondaires qui ont les barbes externes blanches et les internes noires, les lancettes tachetées de noir comme [12-2] LES GALLINACÉS. 70 au camail. Les rcctrices et les faucilles sont noires, sauf les deux faucilles furcoïdcs qui ont une bordure blanche. Le dessous du corps a l'apparence blanche, mais en soulevant les plumes, on voit qu'elles sont grises à la base. La variété' Inverse, ou gris fonce, se distingue de la précédente par la prédo- minance du noir dans le plumage au lieu du blanc et surtout parce que le plastron, les pectoraux, le ventre, les cuisses et les jambes sont noirs ou noirs à petites taches blanches, tandis que ces régions sont blanches chez la première. Formes naines du V" groupe. RACE NAINE DE PÉKIN. — Connue aussi sous le nom de Bantam naine, cette race n'est que la reproduction au tiers de la Cochinchinoise fauve. Elle fut directement importée de Chine en Angleterre vers i8()o. RACE BANTAM PATTUE. — Elle dérive de la Bantam du groupe précédent, mais ses pattes sont considérablement emplumées. VK GKOUPE. — RACES HUPPÉES-TYPE PADOL'E i" Races huppées sans crcte. Les races huppées sont caractérisées par le développement considérable d'une iiuppe de plumes touffues, au détriment de la crête, qui est rudimentaire ou nulle. Le développement de la huppe s'accompagne d'une déformation corréla- tive du crâne qui devient d'autant plus bombé que la huppe qu'il supporte est plus fournie. Deux races très voisines l'une de l'autre représentent ce groupe et sont assu- rément les plus ornementales des races d'amateurs. RACE DE PADOUE. — On ne connaît pas l'origine exacte de la race de Padoue, et l'étymologie de son nom n'est pas moins obscure. Certains auteurs lui reconnaissent de nombreuses affinités avec la Ham- bourg. La race de Padoue a la tète de grosseur moyenne, mais entièrement cachée par l'énorme huppe qui la recouvre; le corps ramassé, les ailes longues, la queue longue et bien portée, les jambes fines, les doigts longs; pas de mar- geolles, mais une cravate ou barbe enveloppant les mandibules et les joues; les tarses et les doigts sont d'un gris ardoisé. Bien que la race de Padoue ait de réelles qualités pour la ponte, une chair délicate et un caractère familier, on ne peut guère la considérer que comme une race de fantaisie. Le grand développement de sa huppe demande des soins tout spéciaux si l'on veut éviter la production d'ophtalmies qui amènent la perte de l'un ou des deux yeux. Les sous-races, basées sur les nuances du plumage, sont nombreuses; on 71 LES COQS ET LES POULES DOMESTIQUES. [1231 cite : l'Argentée, la Dorée, la Chamois, la Coucou, l'Hermincc, la Noire, l'Ar- doisée, la Blanche. RACE HOLLANDAISE. — Elle ne se distingue de la race de Padoue que par la présence de margeolles très développées, sans barbe ni cravate. Elle en a d'ailleurs toutes les qualités. Les sous-races sont les suivantes : Noire à huppe blanche, Bleue à huppe blanche, Bleue h huppe bleue. Blanche à huppe noire. Blanche à huppe blanche. Coucou. Les races de Padoue et Hollandaise présentent toutes deux des formes naines correspondantes. 2° Races possédant à la fois une huppe ou un épi, et une crête. RACE DE LA FLÈCHE. — Cette race tire son nom de la localité où elle a été sélectionnée et fixée. Dans sa généalogie se retrouvent la Padoue, la Crève- cœur, la Barbézieux. Elle a pour caractères : une crête représentée par deux petites cornes sur les cotés de la tête, réunies à la base par un troisième lobe médian, plus petit, s'avançant jusque sur le bec; un épi de petites plumes redressées sur le sommet de la tête; des oreillons blancs très développés, des joues rouges et nues, des margeolles très longues; une tète et un bec relativement forts; une queue movenne recourbée en un élégant panache; des tarses épais, d'un gris foncé. C'est une race de forte taille, atteignant, chez le Coq, le poids de G kilogrammes. Son plumage est entièrement noir, à reflets verts et violets. Les Poules de La Flèche sont de bonnes pondeuses et de médiocres cou- veuses. La qualité qui les fait rechercher est leur tendance à l'engraissement sous l'influence d'un régime convenable. Depuis très longtemps les éleveurs de la Sarthe ont orienté leurs efforts de perfectionnement d'après cette précieuse qualité; ils sont arrivés ainsi à obtenir une race dont la chair est extrêmement fine, blanche et savoureuse, mais dont l'élevage demande quelques précau- tions. On n'a cherché à créer, dans la race de La Flèche, qu'une seule variété : celle qui est dépourvue d'épi. RACE DE CRÈVECŒUR. — La race de Crèvecœur, dont le nom rappelle celui d'une petite localité du Calvados, est abondamment répandue dans toute la Normandie et en Angleterre. Elle a pour caractères essentiels : une huppe très développée coexistant avec une crête bicorne à la base du bec. C'est une race d'assez forte taille et bien proportionnée. Elle a la tête assez forte, les joues recouvertes de favoris, les oreillons rouges, en partie cachés par les plumes, le bec droit, généralement noir; les margeolles de longueur moyenne, un corps massif, une queue bien développée, des tarses forts et noirs. Son plumage est entièrement noir, à reflets verts, mais on trouve une sous- [124] LES GALLINACÉS. "72 race ardoisée et une autre blanclie passant au roussàtre avec. l'âge et sous l'in- fluence du soleil. La Poule de Crèvccœur donne de gros œufs; elle est assez bonne pondeuse, mais mauvaise couveuse. Elle aime à parcourir les prairies, les vergers. Néanmoins elle engraisse faci- lement et sa chair est très appréciée. RACE DE CAUMONT OU DE PAVILLY. — Certains auteurs considèrent cette race comme une simple variété de la Crèvecœur dont elle a les qualités et les défauts. C'est aussi à simple titre de variété qu'il faut citer les sous-races de Merle- rault et de Caux, celle-ci étant le produit non encore fixé d'un croisement entre la race de La Flèche et la Crèvecœur. RACE FAISANE. — Elle parait résulter du croisement des trois races : Crève- cœur, Hambourg et Bréda. Elle a le plumage de la Hambourg, la crête et la barbe de la Crèvecœur. RACES A TARSES EMPLUMÉS RACE DE BRÉDA. — La race de Bréda est, pour les uns, originaire de la Belgique et de la Hollande, pour d'autres de l'Amérique. On la nomme aussi race à bec de Corneille en raison de la forme de cet organe. Sa crête, rudimentaire, est représentée par une petite capsule cornée située à la base du bec. Sa huppe est formée d'une petite touffe de plumes rigides, sur le sommet de la tète. Ses tarses, emplumés dans les deux sexes, sont bleuâtres. La seule qualité remarquable de cette race est son aptitude a l'engraisse- ment. Race de Gueldre. — Considérée par certains auteurs comme une variété de la Bréda, et par d'autres comme une race distincte, elle se fait remarquer par son plumage coucou. Race Ptarmican. — De formes élancées, la race Ptarmigana des caractères analogues à ceux de la Bréda, c'est une race de fantaisie. vil' CiROLPE. — TYPE I- AVKROI.I.ES ET HOLDAN RACES UROPYGIDÉES PENTADACTYLES RACE DE DORKINQ. — La racedeDorking a été créée en Angleterre vers la tin du xYur siècle. Son nom rappelle celui d'un bourg du comte de Surrey. Elle a été particulièrement sélectionnée en vue de la production de la chair, comme l'indiquent son corps volumineux, sa poitrine large, à plastron proé- minent, son dos large. Sa crête est simple, dentée, droite chez le Coq, renversée chez la Poule ; ses joues et ses oreillons rouges, ses margeoUes bien dévelop- pées ; ses tarses nus et courts, à écailles lisses, de couleur blanc rosé, sa queue très garnie, à larges faucilles recourbées. 73 LES COQS ET LES POULES DOMESTIQUES. [125] Les sous-races les plus communes sont la Grise et l'Argentée; à côté d'elles se rangent la Dorée, la Blanche, la Coucou et la Frisée. RACE DORKINQ A TÊTE FRAISÉE. — Le caractère seul de la crête permet de fonder une race distincte pour la Dorkingà tète fraisée, qui par tous ses autres caractères ne diffère pas de la Dorking a crête simple, . RACE FLAMANDE. — Répandue dans toute la Belgique et le nord de la France, la race tiamande a beaucoup d'affinités avec la Dorking et la race commune. RACE DE FAVEROLLES. — La création de la race de Faverolles remonte à une quarantaine d'années. Son nom est celui d'une petite localité du départe- ment d'Eure-et-Loir, voisine de Houdan. Elle a été obtenue par des croisements multiples entre la Houdan, la Cochin- chinoise, la Brahnia herminée et la Dorking. De son ancêtre la Houdan, elle a hérité la cravate et les cinq doigts; de la Cochinchinoise, l'allure lourde et le plumage fauve; de la Brahma herminée, le plumage clair et les tarses garnis de manchettes; de la Dorking, le plastron cou- leur saumon. Cette volaille est d'une rusticité remarquable, bonne pondeuse et bonne cou- veuse. Son développement est très rapide; elle permet d'avoir des poulets qui, engraissés à quatre mois, arrivent à peser de 2 à3 kilogrammes. RACE DE HOUDAN. — La renommée de cette race ne date que d'une tren- taine d'années. Sa généalogie n'a jamais été nettement établie; on sait seulement que les premiers sujets de race pure furent obtenus par un habile aviculteur de Saint-Côme, petit hameau de Seine-et-Oise, voisin de Houdan. L'élevage prit rapidement une grande extension dans toute la contrée, et cette précieuse volaille se répandit un peu partout. Elle fut l'objet d'intéressants rapports au Congrès ornithologique de iqoo, par MM. G. Marois et J. Philippe; nous empruntons à ce dernier auteur le passage suivant : « ... C'est une volaille vive, alerte, toujours en mouvement, très élégante de plumage, de formes et d'allures. « Les signes distinctifs de la race pure sont un plumage caillouté blanc et noir par moitié, irrégulièrement marqué, sans trace de jaune ni de gris, sans liséré d'aucune sorte ; une huppe très fournie, ronde comme une boule chez la Poule, et, chez le Coq, composée de plumes fines rejetées en arrière; une cravate épaisse et saillante; des oreillons blancs et courts, parfois sablés de rouge et cachés par les favoris; des barbillons de dimensions moyennes et plutôt longs chez le Coq, très courts chez la Poule : la crête du Coq présente deux lobes affectant la forme vague de deux feuilles de chêne irrégulièrement dentées; ils sont séparés par un lobe beaucoup plus court, droit, et dont la partie antérieure PI. XXXV. — La Poule domestique et ses poussins (texte, p. 128). La vie des ani.maux illustrée. IV. — lO [126] LES GALLINACÉS. 74 s'avance légèrement sur le bec; la Poule n'otlVe qu'une crête rudimentaire en forme de petit papillon. « Dans les deux sexes, les pattes sont fortes, courtes, roses, avec des taches légèrement grises ou marbrées, sans plumes ; elles portent cinq doigts, trois antérieurs et deux postérieurs bien distincts, bien détachés. « Chez le Coq, le port de la tète est fier; l'œil est vif et l'ensemble de la physionomie a un air légèrement agressif; la Poule, au contraire, a les appa- rences d'une bonne bête, bien débonnaire, mais il ne faudrait pas trop s'y fier. « La Houdan, malgré sa grosseur et la huppe qui lui cache presque les yeux, est une volaille très active; elle aime à vagabonder; aussi lui faut-il de grands espaces où elle se charge de trouver, du reste, une partie de sa nourriture. Il est difficile, sinon impossible, de la maintenir en parquet, et l'on calcule qu'un minimum de lo mètres carrés par tête lui est nécessaire si l'on ne peut lui donner son entière liberté; dans ce cas elle exige des rations plus abondantes qu'aucune autre espèce de Poule, même de taille supérieure; elle est vorace, mais tout ce qu'on lui donne lui profite; avec elle, rien de perdu et l'on retrouve, payée avec usure en œufs et en viande, la valeur des aliments qu'elle a consommés. « Cette race n'est pas couveuse, il est excessivement rare qu'elle demande à entrer en incubation; dans notre région, pour suppléer à cette fonction natu- relle qui manque à notre Poule, nous avons recours aux couveuses et aux éleveuses artificielles. Grâce à ces appareils, portés dès à présent, comme chacun sait, à un point proche de la perfection, il nous est possible de faire éclore en tout temps, en toute saison et en aussi grand nombre que nous le désirons, les poussins dont nous avons besoin pour alimenter en volailles les marchés qui absorbent toute notre production. « Pondeuse de premier ordre, la Houdan donne par an de i25à i8o œufs du poids moyen de 65 grammes ; elle ne suspend guère sa ponte qu'à la mue et pendant les très mauvais temps. « Les Poulettes nées enfévrierproduisent leurs premiers a'ufs en août; celles écloses en avril commencent à pondre en octobre, et, bien soignées, continuent une bonne partie de l'hiver. «Les poussins sont d'une rusticité exceptionnelle; ils naissent revêtus d'un duvet blanc et noir; leur développement est très rapide, et ils prennent leurs premières plumes sans se ressentir presque de cette espèce de crise qui, à ce moment, chez les autres races, emporte tant de petits Poulets. « Comme précocité, la Poule qui nous occupe ne le cède à aucune autre; à trois mois, si elle a été bien préparée, c'est-à-dire si elle n'a souffert ni de la faim, ni du froid, on peut la mettre à l'engraissement; elle pèse alors de 1200 à i3oo grammes; trois semaines de gavage à la farine d'orge, malaxée avec du lait caillé, la porteront au poids de 1760 à 1800 grammes. «On se sert, en général, pour forcer l'engraissement, de machines appelées gaj'eiises, qui simplifient le travail et le rendent beaucoup plus rapide et plus régulier. (' Dans notre région de Houdan, la race qui en a pris le nom prospère à 75 LES COQS ET LES POULES DOMESTIQUES. [127] souhait sur un sol calcaire, dans un climat sec et tempéré : c'est proprement son terrain d'élection; elle ne peut se maintenir sur aucun autre; les terrains argi- leux, humides, lui sont néfastes ; elle y contracte le plus facilement du monde diverses maladies, le coryza entre autres, et surtout des abcès aux pattes; mais il va sans dire, et l'expérience en a été faite cent fois, que partout où on peut l'établir dans les conditions requises, ses qualités se conservent égales à celles qu'elle possède en son lieu d'origine. « C'est sur les territoires de Houdan, de Dreux et de Nogent-le-Roi que se pratique principalement l'élevage de la race dont nous nous entretenons ; les soins qu'on lui donne ne dilîèrent pas sensiblement de ceux que réclament les autres races exploitées avec intelligence et méthode. « ... Dans les fermes où l'on s'occupe spécialement du commerce des œufs, c'est à la Houdan pure que l'on donne la préférence; mais maintenant, partout où l'on exploite le Poulet gras, c'est à la Faverolles qu'on s'adresse. » RACE SULTANE. — Cette race, originaire de la Turquie, se rapproche beaucoup de la variété Padoue blanche. Ses formes et son plumage sont très décoratifs; c'est une race de luxe d'un caractère très familier. RACE NÈQRE. — Parmi les races de fantaisie les plus remarquables par leur originalité, la race nègre tient une des premières places. Elle est de petite taille; son plumage, entièrement blanc, est formé de longues plumes soyeuses ; elle a la crête, les joues, les barbillons d'un violet noirâtre, les oreillons bleuâtres; lapeau et les os noirs. La forme de sa crête est très-curieuse; celle-ci est aplatie, fraisée, aussi large que longue, et forme une sorte de cou- ronne au-dessus de la base du bec ; une petite huppe dirigée en arrière lui fait suite. La race nègre a un autre intérêt que ses curieuses particularités : la douceur de son caractère et son aptitude à l'incubation la font rechercher pour l'élevage des faisandeaux et des poussins de races naines. Vin- OROI'PE.— RACES SANS CROUPION RACE DE WALLIKIKI [Rumplessdes Anglais). — Cette race a pour caractères essentiels : l'absence complète des vertèbres coccygienncs, et par conséquent l'absence de la région du croupion et de la queue. La tête, assez forte, porte une crête lisse, sans dentelures, et un épi. Le corps est ramassé, trapu; les tarses fins, d'un gris brun, munis d'éperons très développés. Les joues sont rouges et nues, les oreillons blancs. Le plumage offre plusieurs variétés : Blanche, Noire, Dorée, Argentée, Coucou, Pile, F'errugineuse, Ardoisée. L'origine de cette race est très discutée. Elle était connue d'Aldrovande qui la décrivit en 1645 sous le nom de Coq de Perse. Plusieurs auteurs lui ayant [128] LES GALLINACÉS. 76 attribué une origine ceylanaise, M. La3fard fit remarquer que les races sans queue existaient bien à Ceylan à l'état domestique, mais non à l'état sauvage, et que Wallikiki ou mieux IVallikikilli, qui signifie Coq des bois, ne se rap- porte pas à la volaille que nous désignons sous ce nom en Europe, laquelle est désignée à Ceylan sous le nom de Choki-Kukullo ou Poule de Cochinchine. D'autre part, une race sans queue ni croupion est connue depuis très long- temps dans le nord de l'Europe et ne paraît pas avoir été importée d'Asie. Il semble donc que l'on puisse considérer les races sans croupion comme des cas tératologiques héréditairement fixés par la sélection, et pouvant apparaître dans des races diverses : c'était l'avis de Darwin, c'est aussi celui de Tegetmeier. La Wallikil<:i dont il est ici question a des allures vives, des mœurs vaga- bondes. Elle prospère très bien dans les fermes isolées, voisines des grandes forêts. Mais une entrave à sa reproduction est la difficulté qu'éprouve le Coq à cocher sa Poule; il ne peut se maintenir en équilibre sur elle en raison de l'absence de croupion, et la fécondation est souvent le fait du hasard. RACE SABOT. — On désigne sous ce nom une forme réduite et plus ramassée de la Wallikilso- pliloii thibétain. LES ARGUS Caractères. — Les Argus ont pour caractère essentiel le développement con- sidérable des plumes du bras par rapport à celui des rémiges primaires. Leur queue, formée de douze rectrices, acquiert aussi un développement énorme. Ils présentent encore comme particularités remarquables, une dénudation presque complète des joues et de la partie antérieure du cou, et un plumage ocellé qui leur donne une certaine ressemblance avec les Paons. PI. XXXVII. — Le Faisan versicolore (texte, p. i36). PI. XX.WIU. — Le Kaisan de Mongolie (texte, p. iS/). 89 LES ARGUS. 141i L'ARGUS GÉANT {Argus gigaiilciis). — ■ Caractères. — Le plumage de l'Argus géant est remarquable moins par la vivacité des teintes que par l'élégance du dessin, dont aucune description ne pourrait donner une idée exacte. Le fond du plumage est forméde teintes ocreu- ses, rousses et brunes, réparties d'une façon très variée, et semées de points, de raies, ^ de taches, tantôt plus foncées, tantôt plus claires. Les longues plumes des ailes portent chacune une rangée de grandes taches ocellées brillantes encadrées d'un cercle foncé doublé d'un li- séré clair. La taille de cet Oi- K^i-'.-iMY -'-s. L' .Argus gOant. seau est de i°',8o à 2 mètres, dont i^.So pour la queue. La femelle est de plus petite taille, son plumage est beaucoup plus simple. Habitat. — L'Argus géant habite les îles de la Malaisie. Mœurs. — Il se tient dans les épaisses forêts des régions montagneuses. Sa nourriture consiste en Insectes, Limaces, Vers, bourgeons et graines diverses. La vie des ANIMALX ILIL'STBÉE. IV. I I [142] LES GALLINACÉS. 90 Ses mœurs sont polygames comme celles des Faisans. C'est à l'époque des amours que les mâles se montrent dans toute leur beauté; ils se promènent fièrement, les ailes entr'ouvertes et traînant à terre, et ils font entendre alors des cris singuliers, ronflants, pour appeler leurs femelles. LES ÉPERONNIERS OU POLYPLECTRONS. — On donne ce nom à quelques espèces originaires de l'Inde, cl qui établissent une transition entre les Argus et les Paons. Leur principal caractère réside dans la présence aux tarses, de deu.x à si.x ergots ou éperoJis\ ils portent aussi sur la tète une huppe de plumes minces, effilées, et leur plumage est ocellé. Le ChtJiquis {Polyplectron chiiiquis) ou Paon du lliibet est une des plus belles espèces ; on le voit souvent figurer dans les grands jardins zoologiques. LES PAONS Caractères. — Les Paons se distinguent de tous les autres Gallinacés par une particularité très caractéristique : leurs plumes sus-caudales sont très développées, à barbes lâches, soyeuses ; elles sont constellées de taches ocellées et peuvent se redresser pour s'étaler en roue. Les Paons sont les plus gros des Gallinacés : ils ont un bec épais, recourbé, une tête petite, surmontée d'une aigrette ou d'un épi, un cou allongé; des tarses moyens munis d'ergots peu développés, des ailes courtes. Habitat. — Ce genre n'est représenté que par deux espèces du sud de l'Asie, et qui ont toutes deux les mêmes mœurs. LE PAON VULGAIRE [Pavo cristatus). — Caractères. — Le Paon vulgaire a la tête, le cou, la poitrine et la partie inférieure du corps d'un beau bleu foncé à reflets verts; le sommet de la tête marqué d'une tache noire, l'œil sur- monté de deux petites bandes blanches; le dos d'un vert bronzé, chaque plume étant bordée de noir; les rémiges primaires d'une teinte chamois foncé, les secondaires d'un brun noirâtre à reflets bleus, les plumes de la queue d'un vert bronzé et semées de taches ocellées noires encadrées de vert. Chez cette espèce, les plumes de la huppe ne portent de barbes qu'à leur extrémité. La Paonne a la tête et le haut du cou bruns, l'aigrette moins développée, la partie inférieure du corps variée de blanc, les rémiges brunes, les plumes de la queue dépourvues d'ocelles et moins longues que chez le mâle. Habitat. — Le Paon vulgaire est originaire des Indes et de Ceyian, on l'y trouve encore à l'état sauvage. LE PAON SPICIFÈRE {Pai'o mutkiis). — Caractères. — Le Paon spicifère surpasse en taille et en beauté le Paon vulgaire. Il a la tête, le cou et la huppe 91 LES PAONS. [143] d'un vert foncé à reflets bleus; la poitrine d'un vert bleu à reflets métalliques dorés, le ventre vert bleu foncé; le dos d'une teinte cuivrée brillante, variée de vert et de brun clair; les rémiges primaires d'une teinte chamois, les secon- daires noires à reflets bleus; les couvertures des ailes d'un vert foncé, les grandes plumes de la queue semblables à celles du Paon vulgaire, mais avec des couleurs plus éclatantes. La Paonne a un plumage presque identique à celui du mâle, mais sa queue est moins longue. Habitat. — Cette espèce est originaire des îles de la Sonde. Mœurs. — Les Paons habitent les jungles, les forêts des régions monta- gneuses ; ils recherchent de préfé- rence les régions où le sol est couvert de buissons épais, de hautes herbes, et où l'eau est en abondance. Ils ne craignent pas de s'aventurer dans les plantations où ils se sentent suffisamment cachés. -»*»•,'• Le Paon spicifère. Dans plusieurs parties de l'Inde, ils sont considérés comme des Oiseaux sacrés et inviolables. Aussi se sont-ils multipliés abondamment et ne témoi- gnent-ils aucune défiance envers les Hindous. Leurs plus grands ennemis sont les Tigres et les Chiens. C'est lorsqu'ils sont perchés que ces Oiseaux se montrent dans toute leur splendeur, et on s'imagine facilement quel joli spectacle ils offrent à la vue de l'Européen qui rencontre une de leurs bandes. Leur vol est lourd et bruyant; quand ils sont poursuivis, ils cherchent d'abord leur salut dans la course et ne prennent leur volée que quand ils ont gagné une certaine avance. Le régime des Paons est celui des Gallinacés en général; ces Oiseaux man- gent des baies, des graines, des jeunes pousses, des Insectes et quelquefois de petits animaux, notamment des Serpents. La reproduction a lieu, soit au printemps, soit après la saison des pluies, suivant les régions. Le nid du Paon est établi sur quelque lieu élevé, sous un buisson, dans la [144] - LES GALLINACÉS. 92 forêt. Il est compose de quelques ramilles, de feuilles sèches, le tout grossière- ment assemblé. La ponte est d'une dizaine d'œufs environ, que la femelle couve avec ardeur. Chasse. — Le Paon sauvage est un gibier peu recherché. Sa chasse n'offre d'ailleurs aucun intérêt, cet Oiseau sans défiance se laissant facilement tirer ou prendre dans les pièges les plus simples. Captivité. — On ne sait à quelle époque le Paon vulgaire fut introduit en Europe. Alexandre le Grand ne le connaissait pas comme Oiseau domestique, puisque l'Histoire nous apprend qu'il fut saisi d'ctonnement quand il l'aperçut pour la première fois dans sa campagne des Indes; elle nous dit aussi qu'il en apporta plusieurs individus en Europe. En Grèce, on les montrait pour de l'argent, comme on exhibe aujourd'hui des bêtes rares ou intéressantes. Dans l'Empire romain, le Paon joua aussi un grand rôle; Vitellius et Hélio- gabale servaient à leurs convives des plats énormes de langues et de cervelles de Paon, assaisonnées avec les épices des Indes les plus chères. Le Paon était encore rare en Europe au xv" siècle. Les barons anglais, pour donner des preuves de leur richesse, le faisaient servir rôti et orné de ses plumes, dans les festins d'apparat. Bien que sa chair passât à cette époque pour se conserver presque indé- finiment, il est probable que ce plat luxueux n'était présenté que pour le plaisir des yeux. Le Paon est un des Oiseaux qui ait le moins varié sous l'influence de la domesticité. Cela tient probablement, comme l'a montré Darwin, à ce qu'il est rarement élevé en nombreux troupeaux et que, de cette façon, la sélection n'a pas les mêmes facilités pour répandre et perpétuer les variétés anormales. Une race assez distincte paraît avoir été obtenue sous l'influence de la domes- tication, c'est le Paon dit à épaules noires. Il apparut brusquement en .Angle- terre au milieu d'un troupeau de Paons vulgaires blancs et pies. La race blanche, très appréciée pour sa beauté et sa rareté, n'est aussi qu'une variété accidentelle. Élevage. — L'Histoire nous renseigne fort peu sur les premiers essais d'éle- vage des Paons. « On ne sait au juste, dit Remy Saint-Loup, à quelle époque l'élevage des Paons fut essayé dans les pays de l'Europe moyenne et septentrionale. Cepen- dant, Olaiis Magnus, archevêque d'Upsal (i35o), dit que pour leur beauté et leur excellence on en élève un grand nombre en Suède. « Un nommé Jean Bruyer rapporte aussi qu'en Normandie, aux environs de Lisieux, on nourrissait de son temps des troupeaux de Paons, dont les proprié- taires tiraient un bon revenu, en les vendant à des poulaillers, qui les portaient dans les grandes villes pour les festins de noces et pour les repas somptueux des grands seigneurs. « Ces beaux Oiseaux ont été portés dans tout le monde, et on en peut trouver aussi bien dans l'Amérique que dans l'Asie et l'Europe et l'Afrique. Il y a des 93 LES DINDONS. [145] nations qui les ont particuliùicnient protégés, il y en a d'autres qui n'en ont pas voulu sur leur territoire. Si les Hindous les considèrent depuis fort long- temps comme des Oiseaux sacres que les prêtres doivent soigner et qu'il est défendu de tirer, il s'est trouvé que les Suisses, à une certaine époque, se sont appliqués a les détruire, et cela, dit Buffon, en haine des ducs d'Autriche contre lesquels ils s'étaient révoltés et dont l'écu avait une queue de Paon pour cimier. » Le Paon s'est très facilement acclimaté dans noire pays; il s'y reproduit à volonté, mais il ne peut être considéré que comme un Oiseau de luxe. Dans la basse-cour, il se rend désagréable, non seulement par ses cris, mais par son caractère querelleur. Il aime à faire de fréquentes incursions dans les jardins et les potagers qu'il dévaste. Aussi est-on parfois obligé de l'enfermer en volière, ce qui nécessite de vastes emplacements. La nourriture des Paons est à peu près la même que celle des Dindons. LES DINDONS OU MÉLÉAQRIDÉS Caractères. — Les Gallinacés de la famille des Méléagridés ont pour carac- sères: un cou dénudé couvert de papilles verruqueuses vivement colorées ; une caroncule charnue, pendante mais érectile, située à la base de la mandibule tupérieure; un bouquet de crins au milieu du thorax, chez les mâles; enfin, la faculté de relever et d'étaler la queue en éventail comme le font les Paons. Habitat. — Un seul genre, originaire de l'Amérique du Nord, représente cette famille. LES DINDONS Caractères. — Aux caractères de famille décrits plus haut, on peut ajouter que les Dindons sont des Oiseaux de forte taille, a\'ant un bec court et fort, à arête bombée; des tarses élevés; des doigts longs; des ailes arrondies, obtuses; une queue arrondie formée de dix-huit rectrices pouvant se développer en éventail, un plumage dur, abondant, à reflets métalliques. LE DINDON VULGAIRE [Meleagris gallopavo). —Caractères. — Le Dindon sauvage ou Dindon sauvage d'Amérique mesure jusqu'à i"',3o d'envergure. Son plumage est entièrement d'un brun métallique, avec les couvertures de la queue rayées de vert et de noir, les rectrices moirées, rayées et finement ponctuées de noir; la peau dénudée du cou est bleue, les barbillons rouges, ainsi que les pattes. La femelle se distingue du mâle par des caroncules et des plumes caudales moins développées; les sujets âgés seuls portent à la poitrine la touffe de crins caractéristique. Habitat, — Le Dindon sauvage d'Amérique, autrefois très répandu dans toute l'Amérique du Nord, tend ii devenir de plus en plus rare dans les limites de ri4(>] LES GALLINACÉS. 04 son aire de disperaion qui sont : au nord, le Canada: au sud, le Texas et la Floride; à l'ouest, les confins des grandes plaines des États-Unis. Mœurs. — C'est un habitant des grandes forêts; on le rencontre aussi bien dans les régions humides et marécageuses qui bordent les grandes rivières, que dans les régions montagneuses. Il est partout sédentaire. Avant les chasses acharnées qu'on lui a faites, il se montrait d'un naturel peu farouche, et il ne s'envolait même pas devant l'homme. Mais de nos jours, il est devenu l'un des gibiers les plus difficiles à approcher. Ses moeurs sont polygames; il vit en sociétés de trois à vingt individus. Son cri est un glougloutement exactement semblable à celui des Dindons domestiques de nos basses-cours. Il se nourrit des fruits du châtaignier, du hêtre, de graines et baies diverses, de Sauterelles et autres Insectes. Il meta nu les graines et les Vers en grattant la terre au pied des arbres. Dès le mois de février, commence l'époque des amours, qui dure environ trois mois. Les allures de cet Oiseau sont à ce moment intéressantes à observer, et elles ont été fort bien décrites par Audubon : « Les femelles, dit cet auteur, se séparent et s'envolent loin des mâles, qui les poursuivent avec persévérance. Les deux sexes se perchent à part, mais à peu de distance l'un de l'autre. Quand la femelle fait entendre un cri d'appel, tous les mâles lui répondent par des sons répétés avec rapidité. Si le cri de la femelle est venu de terre, les mâles s'y élancent aussitôt, puis, à peine l'ont-ils touchée, qu'on les voit épanouir et redresser leur queue, porter la tête en arrière jusque sur leurs épaules, abaisser leurs ailes avec une secousse convulsive, et, marchant avec une gravité solennelle, repoussant l'air de leur poitrine par des secousses rapides, ils s'arrêtent d'espace en espace pour écouter et pour regarder; et ils continuent ces mouvements, soit qu'ils aient ou non aperçu la femelle. Dans ces moments, il arrive souvent que les mâles se rencontrent, et alors ils se livrent des combats acharnés qui se terminent par des blessures, souvent même par la mort des plus faibles, qui succombent sous les coups multipliés que les vainqueurs leur portent à la tête. « J'ai plusieurs fois assisté au spectacle de deux mâles qui, tantôt avançant, tantôt reculant, suivant qu'ils avaient repris ou perdu l'avantage, les ailes tom- bantes, la queue à demi relevée, les plumes en désordre et la tête sanglante, se livraient à une lutte des plus violentes. Si, au milieu du combat, l'un desdeu.x, pour respirer, cède et lâche prise, il est perdu : car l'autre, le poursuivant avec énergie, le frappe violemment des ongles et de l'aile, et réussit en peu de minutes à le renverser à terre. «Vers le milieu d'avril, quand la saison est sèche, les Poules s'occupent à chercher une place pour déposer leurs œufs. » Le nid, composé seulement de quelques feuilles sèches, repose par terre, dans un trou que la lemelle creuse au pied d'une souche, ou dans la cime tombée de quelque arbre à feuilles mortes; quelquefois sous un buisson de sumac et de ronces; ou bien entîn, au bord d'un champ de cannes, mais toujours en place sèche. Les œufs, couleur de crème brouillée, pointillés de roux, sont rarement 95 LES DINDONS. [147] au nombre de vingt. Il y en a plus souvent de dix à quinze ; quand la Poule va pondre, elle s'approche toujours de son nid avec une extrême pre'caution, presque jamais deux fois de suite par le même chemin, et avant de quitter ses œufs, elle n'oublie pas de les couvrir de feuilles; de sorte qu'on peut bien voir l'Oiseau, mais qu'il est très diffi- cile de mettre la main sur le nid. De fait, on en trouve peu, à moins qu'on n'en fasse partir la femelle à l'impro- viste, ou qu'un Lynx à l'œil perçant, un Re- nard ou une Corneille, après avoir sucé les œufs, n'en aient disper- sé les coquilles aux en- virons. » Les jeunes croissent très vite. Au bout d'une quinzaine de jours, ils peuvent s'envoler sur les basses branches des arbres pour y passer la nuit sous l'aile ma- ternelle. Le jour, ils quittent les bois et s'ap- u.'-<^. prochent des clairières, où ils trouvent en abon- dance des baies, des mûres et des Insectes. Outre l'homme, les Dindons ont de nombreux ennemis, dont les plus dangereux sont les Lynx, qui viennent dévaster les nids, dévorer les jeunes ou sucer les œufs, et les grands Hiboux, qui les assaillent pendant leur sommeil. Chasse. — • Sous l'influence des chasses meurtrières qu'on leur a faites, les Dindons sauvages sont devenus extrêmement difficiles à approcher. Mais l'habi- tude qu'ils ont de gratter la terre pour chercher leur nourriture, décèle souvent leur présence et permet de les surprendre au fourré. L'hiver, par les temps de neige, ils restent engourdis sur les branches des arbres, et sont alors faciles à tirer. Le Dindon sauvage du Mexique. LE DINDON SAUVAGE DU MEXIQUE [Meleagris gallopavo me.xicana). — Caractères. — Le Dindon sauvage du Mexique est tellement semblable au Dindon vulgaire d'Amérique que la plupart des auteurs le considèrent comme une variété locale de ce dernier. Il s'en distingue surtout par les plumes de la [148] LES GALLINACÉS. 00 queue qui sont pointillées de blanc, et par les rémiges primaires qui sont cou- pc'es par des barres mêlées de noir, de brun et de blanc. II semble aussi qu'il puisse atteindre une plus grande taille. Habitat. — Mœurs. — Sa patrie est, comme son nom l'indique, le Mexique. Darwin et Tegetmeicr l'ont considéré comme la souche des Dindons domes- tiques actuels. Ses mœurs sont exactement les mêmes que celles du Dindon vulgaire. LE DINDON OCELLÉ .Mcleai^ris ocellata). — Cette espèce vit à l'état sauvage dans le Honduras, le Guatéléma et le Yucatûn. Elle se fait remarquer par le peu de développement des caroncules charnues du bec, l'absence de poils rigides à la poitrine, et surtout par son plumage à reflets éclatants d'un beau vert bionzé. La queue présente, sur chaque plume, des barres noires et dorées, disposées en forme d'ocelles, d'où le nom donné a cet Oiseau. Le Dindon ocellé n'a point été domestiqué, on a môme rarement l'occasion de le voir dans les grands jardins zoologiques de l'Europe. LES DINDONS DOMESTIQUES Les Dindons domestiques, répandus aujourd'hui dans le monde entier, des- cendent vraisemblablement du Dindon sauvage du Mexique. La domestication n'a apporté que peu de variations dans les caractères de l'espèce primitive. La taille s'est abaissée, le plumage a montré accidentellement une tendance à l'al- binisme et, fait remarquable, la fécondité a diminué. Les éleveurs se sont, d'ailleurs, peu attachés à la création de races améliorées en vue de la production de la chair et des œufs ; les uns n'ont eu en vue que la fixation de certaines particularités du plumage, d'autres ont essayé d'accroître la taille et le poids de leurs élèves. C'est en Sologne que l'élevage et l'engraissement des Dindons a été le mieux pratiqué; on est arrivé à produire des Dindonneaux qui, engraissés à partir de l'âge de huit mois, pèsent de 9 à 12 kilogrammes. Les variétés basées uniquement sur la couleur du plumage sont : la Blanche, la Grise, la Rouge, la Jaspée, la Bronzée, l'Ardoisée et la Noire. La variété Bronzée (*) est actuellement, de toutes, la plus estimée. Son plumage est à peu près le même que celui du Dindon mexicain, mais les amateurs appré- cient particulièrement les sujets qui ont le corps à la fois élancé et volumi- neux, la poitrine et le dos larges; les caroncules et les verrucosités du cou d'un rouge vif, le dos, la poitrine d'un bronzé brillant, chaque plume se ter- minant par une étroite bande noire, les couvertures des ailes semblables à celles du dos, mais formant par leur ensemble deux larges masses noires très brillantes; les rémiges, d'un brun sombre, régulièrement teintées de barres blanches ou grises. Ci PI. XXXIX. — Les Dindons bronzés. «.)7 LES PINTADES. [149 Les Dindons bronzes atteignent des poids énormes : on en a vu peser jusqu'à iq kilogrammes; mais il est probable que c'est au détriment de la délicatesse de la chair, car, à ce dernier point de vue, les petits Dindons noirs de Norfolk sont les plus appréciés. Parmi les rares variétés accidentelles dignes d'intérêt, il faut rappeler celle qui présente une huppe. Cette particularité aurait pu, si elle avait été cultivée, être l'origine d'une race nouvelle fort intéressante, démontrant d'une façon irré- futable comment un caractère anormal apparaissant accidentellement peut, sous l'influence de la sélection, se transmettre héréditairement et donner lieu à une race nouvelle. Le croisement du Dindon avec la Poule ordinaire et avec la Pintade a pro- duit des hybrides très curieux présentant des caractères de l'un et de l'autre ascendant. LES PINTADES OU NUMIDIDÉS Caractères. — Les Numididés ont un corps ramassé, un bec fort et crochu, des ailes courtes, une queue moyenne, mais des sus-caudales très longues; des tarses moyens, dépourvus d'éperons chez quelques espèces, des doigts courts; leur tète porte des ornements variés, huppe, cimier, appendices cornés, etc. Leur plumage, uniforme, est parsemé de taches perlées claires, et il est le même dans les deux sexes. Habitat. — Les Numididés sont originaires de l'Afrique et des îles avoisi- nantes, INLadagascar, la Réunion, mais quelques individus domestiqués trans- portés en Amérique \- ont trouvé un climat tellement favorable qu'ils ont pu se multiplier et retournera l'état sauvage. La famille des Numididés ne comprend qu'un seul genre. LES PINTADES Les différentes espèces de Pintades présentent entre elles tant de rapports communs que l'on peut les réunir en un seul genre dont les caractères ne sont autres que ceux décrits plus haut. Toutes ont les mêmes mœurs. LA PINTADE VAUTOUR {Numida ridlurina). — Caractères. — La Pintade vulturine ou Pintade royale est de la taille d'une grosse Poule. Elle a la tête recouverte d'une peau nue, ridée, d'une couleur bleuâtre, parsemée de quelques plumes courtes, soyeuses, le camail formé de plumes bleues à nervure blanche, effilées, recouvrant comme d'une pèlerine le devant de la poitrine et une partie du dos. Le reste du plumage est formé de plumes d'un gris bleuté, parse- mées de points blancs; les tarses sont gris, sans ergots, l'œil gris chez les jeunes, grenat chez les adultes. tiabitat. — Cette espèce habite la côte nord-est de l'Afrique. Mœurs. — Elle recherche, comme ses congénères, les localités couvertes de [150J LES GALLINACÉS. !I8 buissons et de taillis laissant entre eux des espaces nus, les steppes, les versants peu escarpés des montagnes, les forets d"Euphorbiacées arborescentes, les mon- tagnes ravinées et sauvages, mais où pousse une végétation luxuriante. « Les Pintades, dit lîrehm, fuient l'homme. Elles sont moins prudentes que craintives; dans tout animal de grande taille elles voient un ennemi. Un trou- peau de Hœufs les effraye, la vue d'un Chien les met complètement hors d'elles, La Pintade vautour ou rovale. celle d'un homme les surexcite au dernier point. Il n'est donc pas facile d'observer leurs allures; dans tous les cas, on ne le peut qu'à la condition de les approcher avec mille précautions. Lors- que l'on a entendu le cri d'une compagnie, il faut s'avancer dans sa direction, dans le plus grand silence, et l'on peut alors voir les Pintades franchissant une clairière, courant au milieu des rochers, passant au travers des buissons. Comme les Indiens dans leurs excursions belliqueuses, ces Oiseaux se suivent en lon- gues files, un à un, et ce que l'un fait, les autres le répètent. Il est très rare de rencontrer un couple isolé; des familles de quinze à vingt individus s'observent plus fréquemment; mais, le plus souvent, on voit des compagnies formées de six à huit familles. L'union la plus intime règne au sein des familles comme des compagnies, car la Pintade a des instincts sociaux très développés. L'ne de ces compagnies est-elle effrayée, elle se divise par familles, qui se divisent à leur tour; chacun des individus qui la composent ne s'inquiète que de lui-même, chacun s'enfuit, courant ou volant, vers la retraite la plus proche; mais dès que le danger s'est un peu éloigné, les mâles font retentir leur voix, et toutes accou- 99 LES PINTADES. [151] rent à ces cris. Ce n'est que là où les Pintades sont beaucoup chassées, qu'elles s'envolent lorsqu'on les eftVa\e ; partout ailleurs, elles cherchent aussi longtemps qu'elles peuvent leur salut dans la course. Souvent elles courent plusieurs minutes devant le chasseur, avant de s'envoler, mais en se tenant toujours hors de la portée d'un fusil chargé de plomb. Elles savent, en outre, habilement profiter de chaque bloc de roche, de chaque buisson, pour se dissimuler. Un vieux mâle conduit la bande. Toujours en avant, c'est lui qui indique la ligne de retraite, qui donne le signal du départ. » Les Pintades passent la nuit sur des lieux élevés où elles se savent en sûreté, soit sur les branches des grands arbres, le long des cours d'eau, soit sur des rochers escarpés, inaccessibles aux animaux carnassiers. Leur régime varie suivant les localités et les saisons. Dans la saison des pluies, elles se nourrissent principalement d'Lisectes. Plus tard, elles mangent des baies, des graines, des bourgeons. Elles produisent d'immenses dégâts quand elles se répandent dans les plantations. En un instant, elles creusent dans la terre d'énormes trous, mettent les graines à nu, et les mangent. La reproduction a lieu au printemps de leur pays. La monogamie est la règle. La femelle fait son nid à terre et y dépose une douzaine d'œufs. La croissance des jeunes est très rapide. Les Pintades ont de terribles ennemis dans tous les Carnassiers qui pullulent en Afrique; les Chacals et les Renards détruisent aussi un grand nombre de couvées ; les grands Rapaces leur font la chasse. Brehm trouva une Pintade dans l'estomac d'un énorme Serpent boa. Chasse. — La chasse à la Pintade n'offre d'intérêt que la capture d'un excel- lent gibier, car ces Oiseaux se laissent atteindre avec la plus grande facilité. A la vue d'un Chien, elles vont se percher sur l'arbre le plus voisin et le chas- seur peut les tirer tout à son aise. Dans les steppes du Kordofahn, on emploie d'excellents Lévriers qui les attrapent à la course. A la Jamaïque, où ces Oiseaux sont redevenus sauvages, on sème à l'endroit où ils se tiennent d'ordinaire, des grains imbibés de rhum : les Pintades avalent ces grains, s'enivrent, titubent et, incapables de s'enfuir, se laissent ramasser par le chasseur. Captivité — La Pintade vulturine fut importée de Zanzibar à Paris en 1871. Mais sa sensibilité au froid est un obstacle à sa reproduction. Les autres espèces se sont acclimatées plus facilement et peuplent aujourd'hui un grand nombre de basses-cours. LA PINTADE HUPPÉE (,i'V«;«ùYa cristata). — Cette espèce, qui se reconnaît à la huppe noire qu'elle porte sur la tête et à la présence d'éperons aux tarses, est originaire du bassin du Zambèze. De même que la Pintade vulturine, elle est peu répandue, à l'état domestique, en Europe. [152| LES GALLINACÉS. Kio LA PINTADE MITRÉE {I\'iimida milj\itai. — lOlle se fait remarquer par le grand développement des parties charnues de la tète et du cou qui forment une sorte de casque corne, conique, d'un pouce de hauteur. Son plumage est noirâtre, parsemé de taches blanches plus grandes que chez les autres espèces. LA PINTADE PTILORHYNQLIE [Niimida ptilonorhyncJia). — Appelée aussi Pintade à pinceau, ou Pintade à caroncules bleues, elle est caractérisée par la présence d'un pinceau de poils raides à la jonction de la tête et du bec, et par une collerette de plumes ébouriffées vers la base du cou. Par ses autres carac- tères, elle se rapproche beaucoup de la Pintade mitrce; elle est d'ailleurs origi- naire de l'est de l'Afrique. Les anciens la désignaient sous le nom de Poule africaine. LA PINTADE VULGAIRE 'j, OU PINTADE A CARONCULES ROUQES {Numida melea^^ris). — Caractères. — La Pintade vulgaire a la tête dénudée, surmontée d'une callosité noirâtre, conique, comprimée latéralement, et recou- vrant une éminence osseuse spéciale; les barbillons bleuâtres à la base, rouges dans le reste de leur étendue ; les joues et les oreillons blancs, le cou en partie dénudé, d'une teinte bleu cendré passant inférieurement au violet; les tarses gris brun, les doigts rouges à l'extrémité. Son plumage est parsemé de petites taches blanches sur un fond gris de plomb, mais les variétés dues à la disposition de ces taches et à la couleur plus ou moins variable du fond, sont fréquentes. Les principjles répondent aux dénominations suivantes : Blanche, Lilas, Rouge, Grise, Quadrillée, Pointillée. Elles sont le plus souvent le produit de la domestication et de la sélection artificielle. Habitat. — Elle est originaire de l'Afrique occidentale et des iles du Cap Vert. Domestiquée depuis une époque très reculée, puis abandonnée de nouveau à l'état sauvage, elle fut réintroduite en Europe par les Portugais qui créèrent pour elle le nom de Pintade, ou Poule peinte de piiilado, peint, bigarré . Mœurs. — Ses moeurs n'offrent pas de particularité spéciale qui la distingue des autres espèces. Captivité. — L'élevage de la Pintade domestique n'offre pas plus de difficultés que celui des autres Oiseaux de basse-cour. Les jeunes Pintadeaux, cependant, passent par une période critique, à l'âge de six semaines, lorsque leurs caron- cules commencent à pousser. A l'âge de sept ou huit mois, lorsqu'ils sont bien engraissés, leur chair est très délicate, elle rappelle un peu celle du Faisan des bois. Les Pintades domestiques ont une aptitude plus prononcée à la ponte que leurs congénères vivant à l'état libre. Elles fournissent une moyenne de quatre- vingts œufs par an. Ces œufs sont petits, d'une couleur jaune, tachetés de (■) PI. XL. — La Pintade vulgaire iPianclie, p. i56). 101 LES MÉGAPODIIDÉS. [153] façon assez variable; leur poids est en moyenne de do grammes, leur saveur agréable. Malheureusement ces Oiseaux ont la réputation d'être turbulents, querelleurs, leur cri est désagréable, et ils ont la fâcheuse manie d'aller déposer leurs œufs dans les cachettes les plus retirées. La Pintade donne, avec la Poule commune, le Dindon et le Paon, des hybrides qui n'ont d'autre intérêt que leur originalité. LES MEGAPODIIDES Caractères. — La famille des Mégapodiidés, dont la place dans la classifica- tion a été longtemps discutée, comprend des Oiseaux de taille moyenne, pour- vus d'un bec robuste à arête fortement convexe, de tarses forts et élevés, cou- verts de larges écailles, terminés par des doigts longs et forts, insérés tous au même niveau, armés d'ongles puissants, recourbés. Leur plumage est généra- lement de couleur sombre; les côtés de la tête et du cou sont fréquemment dénudés. Habitat. — Les Mégapodiidés habitent différentes iles de l'Océanie, notam- ment l'Australie. Ils se répartissent en quatre genres principaux : les Mégacéphales, les Leipoas, les Talégalles, les Mégapodes, qui ont été l'objet d'une remarquable monogra- phie de M. Oustalet, à laquelle nous empruntons les considérations générales suivantes sur leurs mœurs et leur genre de vie. « La plupart d'entre eux se tiennent dans les forêts humides, dans les jungles qui bordent les plages maritimes ou l'embouchure des grands fleuves ; et quelques-uns seulement préfèrent les plages arides et sablonneuses, à peine couvertes d'une végétation rabougrie. Ils se nourrissent de graines et de fruits mûrs, qu'ils ramassent sur le sol et qu'ils savent découvrir au milieu des détritus végétaux, en grattant avec leurs pattes, à la manière de nos Gallinacés domestiques. Comme ces derniers ils sont pulvérateurs, c'est-à-dire qu'ils se roulent dans la poussière pour se débarrasser de leurs parasites. Quand rien ne les inquiète, ils marchent aisément, en relevant fortement les pattes, et en faisant le gros dos, si l'on peut s'exprimer ainsi. Par la gravité de leurs allures, ils rappellent à la fois les Faisans, les Poules et les Pintades. Mais lorsqu'un danger les menace, ils cherchent à s'y soustraire soit en courant rapidement sur le sol pour chercher un refuge sous le couvert, soit en prenant lourdement leur vol vers un arbre voisin. Arrivés là, ils se croient en sûreté, et restent immo- biles, accroupis sur une branche, le cou tendu, offrant un but facile aux coups du chasseur. En picorant à droite et à gauche, ils gloussent à la manière des Poules; en outre, les mâles, quand ils se battent, ce qui leur arrive assez fré- quemment, ou lorsqu'ils sont irrités par la présence de quelque Oiseau étranger, poussent un cri de guerre, aigre et discordant. A l'état sauvage leur caractère est entièrement farouche, mais il se modifie singulièrement sous l'influence de l'homme. Ces Gallinacés, qui dans leur pays natal se tiennent constamment [154] LES GALLINACÉS. 102 cachés dans les fourrés les plus épais, s'habituent à vivre au grand jour, dans le voisinage d'autres Oiseaux; ils accourent au moindre appel et poussent la familiarité jusqu'à prendre leur nourriture dans la main de la personne chargée de leur entretien « Par leur régime, leurs allures et leur structure intime, les Mégapodes, les Talégalles et leurs alliés se rattachent donc nettement à l'ordre des Gallinacés, et, comme j'ai essayé de l'établir, ressemblent, à certains égards, aux Pintades et plus encore aux espèces américaines qui constituent la famille des Cracidés. Mais ils diffèrent essentiellement, non seulement des Hoccos et des Pénélopes, mais de tous les représentants de la classe des Oiseaux, par leur mode de repro- duction. Il est de règle en effet, parmi les Oiseaux, que les œufs soient déposés dans un nid plus ou moins artistement construit et soient couvés, tantôt par la mère seulement, tantôt par les deux parents qui tour à tour remplissent ce pénible devoir. « Tout autrement se comportent les Mégapodiidés. Il résulte en effet de notes prises par les voyageurs aussi bien que des observations faites dans les jardins zoologiques, que les Mégapodiidés ne couvent jamais leurs œufs, qu'ils ne s'occupent dans aucun cas de l'éducation des petits, que ceux-ci, dès leur nais- sance, sont déjà assez forts pour trouver leur subsistance, qu'ils ont de très bonne heure le corps revêtu de plumes normales, les ailes et la queue bien développés et ressemblent parconséquent, sauf pour la taille, àdesOiseauxadultes. Les Gallinacés ordinaires étant des piwcoces, les Mégopodiidés sont des ultra- prcvcoces, s'il est permis de s'exprimer ainsi. « Si les Mégapodiidés ne prennent pas la peine de couver leurs œufs, ils les placent du moins dans des conditions particulières de façon à les soume.cre à une sorte d'incubation artificielle. Ils les déposent, en effet, tantôt dans des tas de terre, de sable, de détritus végétaux péniblement amassés, tantôt dans de simples excavations pratiquées dans le sable, près du rivage de la mer. La cha- leur nécessaire au développement de l'embryon est obtenue, dans le premier cas, par la fermentation des feuilles et des autres substances végétales mélan- gées à la terre humide, dans le second cas, par l'action directe des rayons solaires qui échauffent la couche sablonneuse immédiatement en contact avec les œufs. « En raison du volume des œufs, qui se succèdent lentement, la saison de la ponte dure fort longtemps chez les Mégapodiidés, et sans doute ce fait est en rapport avec les habitudes particulières de ces Oiseaux qui ne sauraient s'as- treindre à rester pendant plusieurs mois accroupis sur les œufs, et qui, d'autre part, ne pourraient les abandonner sans inconvénient pendant un certain temps dans un nid découvert, puisque ces (cufs, en raison même de l'étendue de leur surface, se refroidiraient avec une grande rapidité. En revanche, si le volume considérable de l'œuf est un inconvénient pour les parents, il constitue un avantage pour le jeune qui, logé dans une coquille spacieuse, peut pousser très loin son développement, et sortir tout armé pour le combat de la vie. Il sulfit du reste de mettre un jeune Mégapode en regard d'un poussin de nos basses- cours, pour voir combien le premier est plus robuste à sa naissance. » 103 LES MÉGACÉPHALES. [155 LES MÉGACÉPHALES Caractères. — Les Mégacephales ont pour principal caractère la présence d'une saillie dure, arrondie, en forme de casque, surmontant leur tête dénUdée. Leurs ailes sont moyennes, arrondies; leur queue médiocre, arrondie, un peu échancrée au milieu ; leurs tarses robustes, leurs doigts longs. LE MÉQACÉPHALE MALÉO [Megacephalon maleo). — Caractères Cet Oiseau a les parties supérieures du corps, les ailes et la queue d'un brun très foncé, glacé d'olivâtre et tirant sur le noir; les parties inférieures d'une belle teinte rosée qui disparaît après la mort de l'Oiseau. Le casque est noir; les parties dénudées de la tête et du cou noirâtres; le tour des j^eux d'un jaune rosé, le bec couleur de corne, les tarses d'un noir bleuâtre. Habitat. — Il habite File de Célèbes. Niœurs. — Les Mégacephales se tiennent dans les forêts voisines des rivages de la mer; ils se perchent et s'accroupissent volontiers sur les arbres. A terre, leur démarche est majestueuse comme celle des Dindons. Leur cri est étrange et profond. Ils se nourrissent de graines et de semences analogues à celles des Légumineuses. L'époque de la reproduction est pour eux les mois d'août et de septembre. « On les voit alors descendre, dit Oustalet, vers le bord de la mer pour y dépo- ser leurs œufs. Dans ce but, ils choisissent une plage éloignée des habitations et formée par un sable grossier résultant de la désagrégation de roches volca- niques. En arrière et souvent à une assez grande distance du rivage, s'étend une forêt qui sert de retraite aux Maléos. C'est de là que chaque jour, durant la saison de la ponte, on voit sortir plusieurs couples de ces beaux Oiseaux. Après avoir parcouru souvent une douzaine de kilomètres, les Maléos rencon- trent enfin une place à leur convenance, au-dessus du niveau des plus fortes marées. Aussitôt ils se mettent à l'œuvre, grattent le sol avec ardeur, font jaillir le gravier sous leurs pieds et pratiquent des excavations qui ont de i'°,2o à i°',5o de diamètre sur o"',3o à o^.tio de profondeur. La femelle pond un œuf et le couvre de sable, puis le couple regagne son abri dans la foret. Les naturels affirment qu'au bout de treize jours la même paire revient et qu'un nouvel œuf est déposé, et cette assertion parait conforme à la vérité, car, d'après les obser- vations de M. Wallace, ce laps de temps indique probablement celui qui est nécessaire pour qu'un œuf arrive à maturité. » Les œufs des Mégacephales ont une forme ovale régulière; leur couleur est d'abord d'un rouge-brique, puis elle passe au jaune et enfin au blanc pur. On trouve souvent, dans un même trou, les œufs de plusieurs couples. Les parents ne prennent aucun souci de leur progéniture ; d'ailleurs les jeunes une fois éclos sont, comme ceux des autres Mégapodiidés, complètement déve- loppés et capables de se suffire à eu.x-mcmes. [156] LES GALLINACÉS. lOi LES L El PO AS Caractères. — Le genre Leipoa est caractérisé par un bec relativement faible et court, des ailes larges, arrondies, concaves, une queue longue et arrondie forrr>ée de quatorze rectrices; des tarses robustes, médiocrement allonges, des doigts courts. Les plumes de la tête sont allongées en forme de huppe. LE LEIPOA OCELLÉ {Leipoa oceltatà). — Le Leipoa ocellé a les parties dénu- dées d'un bleu clair, passant au noirâtre après la mort; les plumes du dos et des épaules ornées de bandes transversales grises, blanches, noires et rousses; les rémiges brunes, à barbes externes marquées de lignes brunâtres en zigzag sur fond jaune ; les rectrices d'un brun noirâtre, bordées de gris fauve, et cachées par les sus-caudales d'un gris roux rayées de noir; une large bande de plumes noires à tige blanche couvre le menton et la poitrine. Sa taille est celle d'une Dinde. Habitat. — Il habite le sud-ouest de l'Australie. Mœur.«i. ■ — Il se tient de préférence dans les plaines couvertes débroussailles, où se trouvent çà et là quelques clairières dont le sol est formé d'un gravier fer- rugineux. D'une timidité extrême, il se réfugie sur les arbres quand il est poursuivi, ou se glisse dans les broussailles avec tant de précipitation qu'il s'y enlace parfois sans pouvoir se dégager. Sa nourriture se compose de graines et d'Insectes orthoptères ou hémiptères dont les téguments sont mous. Son cri, lugubre, ressemble au roucoulement du Pigeon, mais il est plus sourd, plus profond. La partie la plus intéressante de son histoire est celle qui a trait a sa repro- duction. De même que la plupart des Mégapodiidés, en effet, les Leipoas ne couvent pas leurs œufs. Ils les enfouissent dans des buttes formées de sable, de détritus végétaux, qu'ils construisent eux-mêmes. L'incubation a lieu sous l'influence de la chaleur solaire et de celle produite par la fermentation des détritus végétaux. Ces buttes, appelées mounds ou tHinuli, ont la forme de dômes de i mètre à i",5o de hauteur, et de 12 à 14 mètres de circonférence. Ils sont situés dans les clairières. Mâles et femelles y travaillent de concert. A l'éclosion, les jeunes traversent le rempart de feuilles qui les protégeait et sont aptes à courir et à voler. Ils trouvent même parfois comme premier ali- ment, des Fourmis qui s'étaient établies dans cette sorte de couveuse arti- ficielle. LES TALÉGALLES Caractères. — Les Talégalles ont le bec fort, à arête recourbée, les joues et les côtés du cou presque entièrement nus, couverts seulement d'un léger duvet, (1) PI. XL. — La Pintade vulgaire (texte, p. i52). 105 LES TALEGALLES. [157^ la peau de ces régions étant ornée de teintes vives, et susceptible de se dilater en simulant des pendeloques et des caroncules ; les ailes médiocres, arrondies; la queue allongée, voûtée ; les tarses très robustes, scutellés; les doigts longs et forts. On les a subdivisés en trois sous-genres : Catheturits^ .Eprpodiiis et Talc- g-allus. Au premier appartient l'espèce désignée sous le nom de Talégalle ou Cathé- ture de Latham. LE CATHÉTURE DE LATHAM {Catheliirus Lalhami . — Caractères. — Celte espèce, appelée par les colons du nom de Dindon ou Coq des Buissons, mesure environ o'°,-jj de longueur. Son plumage est en dessus d'un brun- chocolat, en dessous d'un brunclair rayé de gris d'argent ; les parties nues de la tète et du cou sont d'ur rouge écarlate, les fausses caron- cules d'un jaune vif; le bec gris l'œil et les pattes brun clair. La femelle est semblable au mal Habitat. — Le Cathéture de Li; tham habite presque toute la parti orientale et septentrionale de l'Australie. Il est cependant de- venu rare dans certaines régions par suite des déboisements et sous l'influence de la chasse ac- tive qu'on lui a faite. Mœurs. — Il se rencontreaussi bien dans les forêts de l'intérieur que dans celles qui avoisinent la côte. Il vit par couples ou par petites familles. « D'un naturel farouche et défiant, dit Oustalet, à la moindre apparence de danger, il s'empresse de chercher un abri dans le fourré; mais quand il ne peut se cacher assez vite, quand il est serré de trop près par les Chiens, il s'élance sur une branche basse, et de là, par une série de bons successifs, gagne les points les plus élevés de l'arbre, pour s'envoler de la vers une autre retraite. « Pendant la chaleur du jour, il se perche également, et cette habitude lui est fatale, car, dit M. Gould, le chasseur profite de la sieste de l'Oiseau pour s'en approcher sans bruit et le descendre d'un coup de feu. Le Talégalle de Latham est en effet extrêmement recherché, à cause des qualités de sa chair, qui est tendre et savoureuse. » De même que les Mégapodes et les Leipoas, le Talégalle de Latham ne couve pas ses œufs. Plusieurs couples de ces oiseaux travaillent en commun à l'édification d'un tumulus fait de substances végétales diverses qui ne tardent La vie des animaux illustrée. 1\'. — 12 La Catliéturc de Latham. [158] LES GALLINACÉS. M) pas à entrer en décomposition et à dégager une certaine chaleur. Les femelles déposent leurs œufs dans cette couveuse artificielle et ne s'occupent plus dès lors de l'avenir de leur progéniture. La forme de ces tumuli est celle d'un cône. Il en est qui mesurent jusqu'à 2 mètres de hauteur et 4 mètres de diamètre à la base. Cet édilice est construit de la manière suivante : « Les matériaux nécessaires à sa construction sont enlevés de la surface du sol, qui se trouve ainsi nettoyé à une distance de 45 mètres à la ronde ; ils sont invariablement amoncelés de la manière suivante : l'Oiseau gratte la terre avec ses pattes robustes et, au moyen de ses longs doigts, terminés par des ongles énormes, il rejette en arrière de lui les matériaux qu'il tend sans cesse à ramener vers un centre commun. Quelquefois même, il leur fait franchir de la sorte des obstacles que l'on jugerait presque insurmontables : c'est ainsi que M. Ramsay a remarqué, sur les bords de la rivière Richmond, une pleine char- retée de débris végétaux, qui avaient été traînés par les Talégalles d'une rive à l'autre d'une petite crique ayant au moins 3(3 mètres de largeur. A de rares exceptions près, les tumuli ne s'élèvent point dans un terrain en pente. Leur portion centrale consiste en feuilles réduites en poussière et mélangées avecdu terreau, autour desquelles sont disposés des matériaux plus grossiers, dont la décomposition est moins avancée ; enfin, vers l'extérieur se trouve un revête- ment très épais de feuilles mortes, de branches et de rameaux encore intacts. » Quand le tumulus est l'ouvrage d'un seul couple, les œufs sont très réguliè- rement disposés autour de son axe central; mais quand il renferme les œufs de plusieurs couples, sa disposition est quelconque. Les œufs du Talégalle de Latham sont d'un blanc pur ou jaunâtre, à coquille finement granuleuse; leur forme est variable. Ils ont un goijt agréable et sont très riches en principes nutritifs. Aussi les colons et les indigènes en font-ils parfois une ample récolte. Les petits Talé- galles, arrivés au terme de leur éclosion, prennent rapidement un tel dévelop- pement qu'ils font éclater leur coquille en une multitude de fragments ; et aussitôt, ils se mettent à courir à droite et à gauche, ramassant les Vers et les Insectes qu'ils rencontrent avec autant d'agilité que des poussins âgés d'un mois. Captivité. — Le Talégalle s'acclimate facilement en Europe. Il supporte les rigueurs de nos hivers, et se reproduit aussi aisément qu'en Australie. Il faut néanmoins, pour réussir, mettre cet Oiseau dans un vaste parc et non dans une basse-cour, et lui procurer de la terre et des feuilles mouillées pour qu'il puisse construire ses tumuli. Les allures du Talégalle, en captivité, sont celles des Gallinacés domestiques. Le mâle aime à se promener en se pavanant comme les Coqs et les Dindons, en faisant entendre une sorte de gloussement qui se transforme en un cri gut- tural, ronliant, quand l'Oiseau est irrité. Les Talégalles sont d'un naturel très doux, très familier. On peut les aban- donner dans un parc ou un jardin; ils ramassent les ^'ers, les Chenilles, les Limaces, sans jamais toucher aux plantes potagères. Leur chair est exquise, paraît-il. 107 LES MÉGAPODES. [159] LES MEGAPODES Caractères. — Les Mégapodes, qui ont donné leur nom à la famille entière, se distinguent des Talégalles par un bec plus faible, des ailes médiocres, arrondies, une queue courte, des tarses et des doigts plus robustes et plus allon- gés, terminés par des ongles très puissants. Il en existe un grand nombre d'espèces qui se font toutes remarquer par leur livrée sombre, uniforme, et la dénudation de la tète et du cou. Habitat. — Ils vivent dans les îles de l'Océanie. Mœurs. — Ils se tiennent dans les forêts et les broussailles, dans le voisinage de la mer. Leur nourriture consiste en fruits, graines. Vers, Insectes. Très agiles à la course, ils volent lourdement; ils so perchent souvent sur les arbres pour dormir ou échapper à un danger. Leur mode de reproduction présente les mêmes curieuses particularités qui ont été décrites à propos des Talégalles. Les œufs sont déposés dans d'énormes tumuli, formés de sable, de terre, de détritus végétaux. Ces tumuli sont parfois l'œuvre de plusieurs générations, ils atteignent alors des dimensions énormes : jusqu'à plus de 4 mètres de hau- teur et 45 mètres de circonférence ; ils sont placés sur le rivage, hors des atteintes de la marée, cachés par des jungles, et ombragés par des arbres au feuillage épais. C'est du moins le cas pour leMégapode de Duperrey. « Les indigènes, dit Oustalet, affirment qu on ne voit jamais qu'une seule paire de Mégapodes à la fois sur un tumulus, que les œufs sont pondus le soir, qu'ils se succèdent à quelques jours d'intervalle, qu'ils sont toujours placés vertica- lement et chacun dans un trou distinct. Immédiatement après la ponte, l'Oiseau se hâte de ramener la terre par-dessus l'œ^uf, de combler entièrement le trou et de remettre toutes choses en état : on peut néanmoins toujours reconnaître qu'un tumulus a reçu récemment la visite des Mégapodes, car dans ce cas les parois portent les traces laissées parles pattes des Oiseaux, et la terre n'est pas encore assez tassée pour que, à l'aide d'une petite baguette, il ne soit poj^sible de reconnaître la direction des trous fraîchement creusés. Les naturels sont particu- lièrement habiles dans ce genre de recherches; en se servant de leurs mains seu- lement, ils pratiquent dans le monticule de terre une excavation de plus en plus profonde, et finalement mettent la main sur les œufs qui, lorsqu'ils sont frais, sont d'une grande fragilité. Un semblable travail exige beaucoup d'adresse et de patience, car il faut souvent fouiller à près de 2 mètres de pro- fondeur. C'est en elfet à cette distance du sommet du tumulus que se trouvent généralement les œufs. Ceux-ci, toutefois, ne sont pas aussi éloignés de la paroi externe qu'on pourrait le croire, les trous creusés par l'Oiseau étant dirigés obliquement en bas, de dedans en dehors. » Les jeunes sortent de l'œuf entièrement développés, et se mettent aussitôt à courir et à voler, comme ceux des autres Mégapodiidés. >« [1001 LES GALLINACÉS. 108 LES CRACIDES Caractères. — Les Cracidés sont des Oiseaux détaille mcncnne, aux formes élancées. Leur bec, plus long que chez les autres Gallinacés, est rcnHé et re- courbé à la pointe; il est recouvert à la base d'une cire épaisse très dévelop- pée. Leurs ailes sont for- tement arrondies, leur queue longue, arrondie, , ,..;■' leurs tarses longs, assez robustes, leurs doigts longs et minces insérés au même niveau. Un ca- ractère assez particulier réside dans la forme des plumes, dont la tige est considérablement élargie vers la partie moyenne où les barbessontremplacées par du duvet. Habitat. — Cette famille est exclusivement compo- ™, sée d'espèces américaines. w 'np . LES HOCCOS ^ Caractères. — Indépen- "^ damment des caractères pro- pres à la famille des Cracidés, les Hoccos présentent encore comme particula- rité distinctive: une huppe ou cimier placé sur le sommet de la tète, et formé de plumes redressées, inclinées en arrière, à leur origine, puis recourbées en avant à l'extré- i.c iiocco HiobicOrc. mité; les joues, le cou et le croupion garnis de plumes molles, duveteuses, tandis que le reste du corps est recou- vert de plumes dures et fermes. Le poignet de l'aile est armé d'un éperon obtus. Habitat. — Les Hoccos sont propres à r.\mérique centrale. LE HOCCO (jLOBICÈRE i^C m X globicera). — Caractères. — La taille de cette espèce est intermédiaire entre celled'unegrosse Poule et celle d'un Dindon. Son plumage a une teinte bronzée uniforme, avec le ventre blanchâtre. Le bec est noir, les caroncules qui garnissent la base du bec, d'un jaune vif. 100 LES PENELOPES. ICI Habitat. — Lu Hocco globicùre habite, comme ses congénères, les forêts de l'Amérique tropicale. Mœurs. — On le rencontre par groupes de deux a quatre individus. 11 court sur le sol avec une grande rapidité, mais se perche volontiers sur les arbres pour se reposer. Son vol est lourd, de peu de durée. Il aime à se rouler dans la poussière à la façon des autres Gallinacés ou Pul- vérateurs, mais il ne gratte pas le sol de ses pattes comme la plupart de ces der- niers. . Sa voix a un timbre guttural très singulier. Il la fait surtout entendre à l'époque des amours. Le matin, il quitte la forêt et vient s'abattre dans les clairières, au bord des ruisseaux. Sa nourriture se compose principalement de fruits. Il construit son nid sur les arbres, à l'aide de bûchettes et de brindilles gros- sièrement assemblées. La femelle ne pond que deux œufs qu'elle couve pendant un mois environ. Captivité. — Les Hoccos ne sont pas encore très répandus dans les volières des amateurs. Si les adultes s'acclimatent et s'apprivoisent très facilement, les jeunes, par contre, sont très difficiles à élever. On ne cite que quelques rares aviculteurs qui soient arrivés à faire reproduire ces Oiseaux en captivité. Les Pauxis. — On a créé ce genre spécial pour une espèce voisine des Hoccos et qui se fait remarquer par un bec très surélevé à la base, ce qui donne à l'Oi- seau une physionomie très particulière. De plus, la tête ne porte qu'une huppe très courte. Les mœurs des Pauxis ou Hoccos à casque, Pierres de Cayeiine, etc., sont les mêmes que celles des autres Hoccos. Les Oréophases. — Au groupe des Hoccos se rattachent aussi les Oréophases ou Hoccos de montagne, qui établissent une transition vers les Pénélopes. LES PENELOPES Ce genre est le t3'pe d'un groupe delà famille des Cracidés, caractérisé par des formes plus sveltes, l'absence d'éperon au poignet de l'aile, la présence d'une huppe allongée retombant sur l'occiput, un bec moins élevé à la base, une dénu- dation plus complète des joues et de la gorge. Habitat. — Ces Oiseaux habitent tous les forêts de l'Amérique centrale et tropicale. L'un d'eux se rencontre cependant dans le sud des Etats-Unis. Leurs mœurs ne diffèrent pas sensiblement d'une espèce à l'autre. Mœurs. — Us vivent dans les forêts en troupes plus ou moins considé- rables. On est averti de leur présence par leurs cris gutturaux singuliers en rapport [162] LES GALLINACES. 110 avec la conformation spéciale de leur trachée. C'est surtout au lever et au coucher du soleil qu'ils se font entendre. Ils se nourrissent de baies, de fruits, d'Insectes. Leur nid est placé dans les branches des arbres; chaque couvée est, en général, de trois ccufs. Chasse. — On chasse assez activement les Péné- lopes, et ce gibier hgure souvent sur les marchés américains, bien que sa chair soit peu délicate. Captivité, — Les Pénélopes s'apprivoisent facilement en captivité.Usde- viennent même parfois d'une fami- liarité désagréable. Mais le climat de l'Europe ne leur est pas favorable et on n'a pu jusqu'ici les faire reproduire en captivité. I.'lloazin hupoé. LES HOAZINS Caractères. — Le genre Hoazin est caractérisé par des formes très élancées, un cou mince, une tête petite, des ailes longues, obtuses: une queue longue, élargie à l'extrémité; un bec de la longueur de la tète, convexe, large à la base; des tarses courts, des doigts et des ongles longs. Les plumes de l'occiput et du sommet de la tête sont longues, étroites, pointues, relevées en une sorte de huppe; celles du cou minces et pointues. L'HOAZIN HUPPÉ {Opisthocovius cristatiis). — Caractères — L'espèce unique du genre Hoazin a la tête, le cou, le dos d'un fauve brun à reflets vert bronzé, avec quelques raies longitudinales blanches; la poitrine blanchâtre, le reste des parties intérieures d'un marron clair; les ailes et la queue marquées de raies blanches transversales sur un fond marron; les parties dénudées de la face et du cou, ainsi que les pattes, d'une teinte couleur de chair. La taille de cet Oiseau est d'environ o'",6o. Habitat. — H habite la Guyane et le Brésil. Mœurs. — Il vit en bandes nombreuses dans les forêts. Son existence est plus arboricole que celle des autres Cracidés. A m LES HOAZINS. [163j On le rencontre le plus souvent sur les arbustes qui bordent les lacs et les rivières. Sa nourriture se compose presque uniquement de fruits, notamment de certaines espèces d'aroïdées. Sa voix est très forte, et c'est moins un cri qu'un hurlement. Il établit son nid dans les buissons, au-dessus de l'eau. Ses œufs, au nombre de trois ou quatre, sont d'un blanc grisâtre, tachetés de rougeàtre ; ils ressemblent par leur forme à ceux des Péné- lopes, et par leur dessin à ceux des Râles. Une particularité curieuse que pré- sente cet Oiseau est l'odeur infecte qu'il exhale et qui lui a fait don- ner le nom d'Oiseau puant. Cette odeur, forte et pénétrante, rappelle celle du fumier de Cheval, ou mieux celle du Bouc. On s'imagine ai- sément le goût dé' sagréable que peut avoir la chair de cet Oiseau et le peu d'enthousiasme que l'on met à le chasser. LES MÉSITI- ^- t^*^ DÉS. — A la suite des Mégapodiidés, Le Mésite varié. se place la petite fa- mille des Mésitidés, représentée par un seul genre originaire de Madagascar. Les Mésitidés appartiennent aussi bien aux Gallinacés qu'aux Echassiers, et ils peuvent être considérés comme faisant partie des nombreux termes de passage qui existent entre ces deux ordres. Caractères. — Le genre unique Mésiles est caractérisé comme il suit : bec presque aussi long que la tète, droit, comprimé, à pointe mousse; narines basales, linéaires, se prolongeant par un sillon jusque vers le milieu du bec; ailes courtes, sub-obtuses, dépassant un peu la queue; celle-ci, de longueur moyenne, légèrement arrondie sur les côtés; tarses médiocres, de la longueur du doigt médian, dénudés au-dessus de l'articulation, doigts allongés, libres ou faiblement unis à la base par une mince membrane; ongles faibles, comprimés, recourbés. Lorums dénudés. L'espèce représentée dans notre texte est le Mésite raric {Mesites variegatus). [164] LES GALLINACÉS. 112 Cet Oiseau mesure environ o°',3o de long. Son plumage est, en dessus, d'un roux feuille morte ; la poitrine est d'un jaune clair, tachetée transversalement de noir; la gorge blanche, les côtés de la tète et du cou marqués par une raie jaune clair passant immédiatement au-dessus de l'œil, une autre sous les lorums et soulignée par une tache noire; le ventre est roux avec des raies irrégulières noires. Habitat. — Le Mésite varié habite Madagascar. Il fut rapporté pour la pre- mière fois en Europe, par le D' Bernier, chirurgien de la marine. Les Èchassiers Les Oiseaux de l'ordre des Echassiers ont une physionomie particuhère, malgré les formes très variées que présentent les différents genres. Leur exis- tence spéciale dans les localités marécageuses se révèle par des caractères généraux communs, dont le plus frappant est la longueur souvent démesurée des jambes, en grande partie dénudées, ce qu'exprime très bien le nom d'Échas- siers qui a été donné à ces Oiseaux. Un autre caractère assez constant, est la longueur et la gracilité du cou. Quant à la forme du bec et des ailes, la disposition des doigts, on observe des variations trop considérables pour pouvoir les réunir en un seul type mor- phologique. Certains Echassiers sont plus particulièrement adaptés à la course, leurs pieds sont dépourvus de doigt postérieur; d'autres nagent et plongent comme les Palmipèdes, leurs doigts sont réunis à la base par une membrane. Les Echassiers proprement dits vivent dans les marais, sur les bords des rivières et des lacs, ils marchent sur les fonds vaseux, mais ils courent peu, nagent rarement; leur vol est rapide, de peu de durée. En volant, ils laissent leurs jambes pendantes, ou étendues en arrière, au lieu de les replover sous le corps, comme la plupart des autres Oiseaux. Leur nourriture consiste en Vers, Mollusques, l nsectes. Grenouilles, Pois- sons, petits Reptiles. La plupart des Echassiers sont migrateurs et errants. Les uns sont polygames, ils nichent à terre et les petits en naissant sont en état de recueillir eux-mêmes leur nourriture : d'autres sont monogames, ils nichent sur les arbres, sur les roseaux, leurs petits restent au nid jusqu'à ce qu'ils soient en état de voler. La mue est, chez ces Oiseaux, ordinairement double. Classification. — ■ Les Echassiers peuvent être divisés en trois grands groupes ; A. Les Echassiers coureurs, représentés par les fainilles suivantes : i" Les Outardes ou OtidiiIés\ 2" Les Kamichis ou Palamédéidcs; 3° Les Pluviers ou Charadriidés\ 4° Les Bécasses ou Scolopacidès ; La vie des ANIMAIX ILLLSTRÉE \' . |3 [166 LES ÉCHASSIERS. 2 5" Les Ai'oceltes on Récuri'iroslr'idi's ; B. Les Poules d'eau et les Foulques ou Ralidés; C. Les Echassiers proprement dits, représentés par les familles suivantes : 1 " Les Grues ou Gruidés ; 2° Les Hérons ou Ardéidcs ; 3° Les Cigognes ou Ciconidés; 4" Les Ibis ou Tantalidcs\ 5° Les Flamants ou Phcnicoptcridés. Les Echassiers du premier groupe vivent dans les endroits découverts: prairies, plaines, plages sablonneuses ou boueuses de la mer, des rives des fleuves et des lacs. Ils courent avec une grande vitesse, grâce à la disposition de leurs pieds. La plupart nichent sur le sol, et les jeunes quittent le nid aussitôt la naissance. Les Echassiers du deuxième groupe ont de nombreuses affinités avec les groupes voisins; ils présentent aussi des termes de passage des Echassiers vers les Gallinacés et vers les Palmipèdes. Néanmoins, par l'ensemble de leurs caractères et leurs habitudes, ils forment un groupe bien spécialisé. Quant aux Echassiers du troisième groupe, ils répondent exactement à l'idée que l'on se fait ordinairement du type le plus parfait de l'ordre. Ce sont de grands Oiseaux à la démarche grave et compassée, au vol lourd, mais soutenu et élevé. Ils vivent dans les régions humides, marécageuses; leur nourriture est essentiellement animale. Ils ne pondent qu'un petit nombre d'œufs et les jeunes restent longtemps au nid avant d'être en état de se suffire à eux-mêmes. A chacun de ces trois groupes correspondent des caractères morphologiques particuliers en rapport avec les habitudes variées des espèces qui les composent. LES OUTARDES OU OTIDIDÉS Les Ocididés rappellent par leur corps massif, leur physionomie générale, la structure de leur bec et jusqu'à leurs habitudes, les Oiseaux de l'ordre des Gallinacés. Mais par tous leurs autres caractères ils sont de véritables Echassiers. Caractères. — Leur bec est fort, déprimé à la base, voûté et courbé vers la pointe; leurs ailes amples, concaves, recouvrant la queue, celle-ci généralement courte; leurs tarses robustes, de longueur moyenne, réticulés; leurs doigts courts, au nombre de trois. Habitat. — Mœurs. — Ils habitent les plaines désertes, arides et sablon- neuses de l'ancien continent. Ils sont bien adaptés à la course, tandis que leur vol est lourd, peu rapide. Leurs mœurs sont polygames. Par leur genre de vie, ils ont plus d'un trait commun avec les Gallinacés. Les principaux genres de cette famille sont : les Outardes, les Houbaras, les Syphéotides. LES OUTARDES. [167] LES OUTARDES Caractères. — Les Outardes ont un bec plus court que la tête, robuste, élevé et large à la base, la mandibule supérieure dessinant une courbe bien prononcée depuis les narines jusqu'à la pointe, qui est échancrée ; la mandi- bule inférieure rectiligne; des narines basales, elliptiques, percées dans la membrane qui entoure la base du bec; des ailes amples, concaves, sub- aiguës; une queue médiocre, large, arrondie; des tarses deux fois aussi longs que le doigt médian, et recouverts d'un réseau de petites écailles hexagones; des doigts courts, épais, réunis à la base, et bordés latéralement par une étroite membrane rugueuse. L'OUTARDE BARBUE C)(Otis larda). — Caractères. —L'Outarde barbue, ou grande Outarde, a la tête d'un cendré foncé avec une bande médiane longitu- dinale rousse; le cou d'un blanc lustré, et présentant, de chaque côté, un espace violet couvert de duvet, et le dos d'un jaune roux rayé transversalement de noir ; la partie mo\'enne des ailes blanche, le bord des ailes d'un cendré brun, la queue blanche coupée de deux bandes noires, la poitrine couverte d'un large plastron d'un roux foncé écaillé de noir; l'abdomen d'un blanc grisâtre, avec la partie duveteuse des plumes d'un rose vineux ; le bec brun, l'iris jaune orangé, les tarses gris. La base de la mandibule inférieure porte de chaque côté une petite touffe de plumes allongées. L'Outarde barbue mâle atteint i mètre à i", lo de longueur; la femelle est beaucoup plus petite, mais porte une livrée analogue. Habitat. — L'Outarde barbue habite une grande partie de l'Europe et l'Afrique septentrionale, mais elle tend à devenir de plus en plus rare. En France, où elle apparaissait autrefois par bandes de plusieurs milliers d'indi- vidus, elle n'est plus aujourd'hui signalée que très accidentellement. Mœurs. — On ne peut la considérer comme un Oiseau migrateur, car ses voyages sont très irréguliers, ils dépendent de l'abondance plus ou moins grande de nourriture dans un endroit donné. Les pays de plaines où l'on cultive des céréales, les steppes sont les régions qu'elle affectionne particulièrement. Elle évite avec autant de soin les grandes forets que le voisinage des habitations. C'est un Oiseau craintif, farouche, défiant, ayant toujours l'œil au guet, fuyant de loin à la moindre apparence de danger. On la rencontre généralement en compagnies de quatre à dix individus. Sa démarche est lente et mesurée, mais en cas de nécessité, elle court avec une grande rapidité. Avant de prendre son vol, elle fait d'abord deux ou trois bonds, comme pour prendre son élan, puis s'étant enfin élevée à une certaine hauteur, elle glisse dans l'air O PI. XLI. — L'Outarde barbue (Planche p. 168). [168] LES ECHASSIERS. i avec une grande viteïrse, le cou tendu en avant, les pattes en arrière, le tronc légèrement incliné. Sa voix est une sorte de ronflement difficile à traduire, mais à la vue d'un ennemi, elle émet aussi parfois un cri ou sifflement aigu. L'Outarde barbue se nourrit surtout de substances végétales : feuilles vertes, jeunes pousses d'herbes, graines de céréales. Dans les pays où abondent les Insectes, elle fait de ces derniers une ample destruction, mais sans les recher- cher spécialement. Ses mœurs sont polygames. A l'époque des amours, les mâles piaffent et font la roue comme les Dindons; ils prennent les postures les plus singu- lières, gonfîent leur gorge, laissent pendre leurs ailes, renversent la tête en arrière. La jalousie qui les anime est fréquemment l'origine de luttes violentes, et les vaincus sont chassés loin du troupeau. « Les coups d'ailes qu'ils se por- tent, dit le D' Dorin, sont si violents, qu'on rencontre souvent, chez les derniers, non seulement des ecchymoses considérables, mais encore des dénudations à toute la face inférieure des ailes, sur les humérus, les radius et les cubitus. » Après l'accouplement qui a lieu en février, les femelles s'isolent et se prépa- rent à s'adonner, chacune de son côté, aux soins de l'incubation. L'Outarde barbue niche dans les champs de blé, de sarrasin, de seigle, dans les steppes. Elle choisittrès soigneusement l'emplacement de son nid, au milieu des herbes les plus hautes, mais dans une sorte de clairière, où la terre, nue et battue sur une étendue de 2 à 3 mètres, lui permet, en cas de besoin, de prendre rapidement son essor. Elle creuse alors, en grattant la terre, une petite exca- vation, et y dépose deux ou trois œufs ovales, courts, à grain grossier, d'un gris cendré olivâtre, semés de taches irrégulières d'un brun plus ou moins foncé. La femelle se montre alors plus farouche que jamais : elle ne s'approche de son nid qu'avec une grande prudence, en rampant et en évitant de se montrer. Dès qu'elle aperçoit quelqu'un, elle se couche à terre. Un ennemi s'avance-t-il, elle rampe dans les blés sans être vue. Le danger la surprend-il, elle s'envole, mais bientôt elle s'abat dans les moissons, et se sauve en courant. Si Ton touche à ses œufs, elle les abandonne, excepté dans le cas où les petits sont près d'éclore. L'incubation dure environ trente jours. Les jeunes naissent couverts d'un duvet laineux, brunâtre, tacheté de noir, qui se confond avec la teinte du sol. Ils se nouriissent surtout d'Lisectes, que leur mère récolte pour eux et leur donne. A l'âge d'un mois, ils peuvent voler et ils commencent à mener la même existence que les adultes. Chasse. ■ — L'Outarde barbue est, selon l'expression des chasseurs, un gibier noble. Elle mérite cette considération, non seulement à cause de sa taille élevée, de l'originalité de son plumage et de la majesté de sa démarche, mais aussi en raison de la difficulté que l'on éprouve à s'en approcher à portée de fusil. PI. XLI. — L'Outarde barbu.- ilexle p. 1671. .f •«»■■ TMi:' \ ^ Jis / y c^> ^:/y -«^ (i.TiK.iap. I 5 LES OUTARDES. Hj'.)] Les pièges et les lacets ne sont, pour cette chasse, d'aucune utilité, car cet Oiseau méfiant ne se laisse pas prendre à des embûches grossières. Le chasseur doit donc remettre à un iieureux hasard le plaisir de ce beau coup de fusil. En Russie, on fait poursuivre les Outardes par des Lévriers; en Asie, on les chasse au Faucon. Dans les pays du Nord, on profite, l'hiver, de leur engour- dissement pour les poursuivre à cheval et les tuer à coups de bâtons. Mais le procédé de chasse le plus usité, dans les localités aujourd'hui peu nombreuses où cet Oiseau est encore abondant, consiste à se mettre en embus- cade dans un chariot extérieurement garni de paille, et que l'on fait avancer vers la troupe que l'on convoite jusqu'à une distance convenable. Les Outardes, peu défiantes à la vue d'un objet auquel elles sont accoutumées, se laissent approcher plus facilement. Captivité. — L'Outarde barbue étant un gibier très recherché, on a essayé de l'élever en captivité. Mais jusqu'ici, les résultats ne paraissent pas encourageants, en raison du caractère farouche de cet Oiseau. Cependant, d'après Nordmann, elle vit en demi-domesticité, au milieu d'autres Oiseaux de basse-cour, dans les fermes de la Russie méridionale. L'OUTARDE CANEPETIÈRE {Otis Ictrax). — Caractères. — L'Outarde canepetière se distingue de l'Outarde barbue par sa taille moindre qui n'excède guère o°',45, par l'absence de plumes sous la mandibule inférieure, et par les caractères de son plumage. Le mâle adulte a les parties supérieures du corps d'un jaune clair, tachetées et rayées de noir; les côtés de la tête et le devant du cou, d'un cendré foncé ; un collier blanc descend en sautoir, des oreilles vers la gorge; un demi-collier de même couleur, mais plus large, et suivi d'une autre bande également noire, orne la poitrine; le bord des ailes, les couvertures supérieures et infé- rieures de la queue, le ventre, sont blancs; les rémiges d'un brun foncé, les rectrices blanches barrées transversalement de noir ; le bec et les pieds gris, l'iris laune. En automne, le collier blanc et les ornements noirs de la poitrine dis- paraissent. La femelle, de plus petite taille que le mâle, est presque entièrement d'un jaunâtre clair, rayé de noir; elle a les couvertures supérieures des ailes blan- ches tachetées de noir, le ventre blanc. Habitat. — L'Outarde canepetière, petite (outarde ou Poule Ac Cartilage, a une aire de dispersion assez étendue. Elle habite, en général, toutes les contrées chaudes et tempérées de l'Europe, et le nord de l'Afrique. Elle a été observée accidentellement en Angleterre, en Belgique, en Hollande. En France, elle se cantonne de préférence dans les plaines de la Champagne et de la Beauce : elle arrive au printemps, et repart de septembre à novembre. Mœurs. — ■ Ses mœurs sont à peu près les mêmes que celles de l'Outarde barbue; mais ses allures sont plus vives. Elle court très rapidement; son vol est léger, rapide, soutenu. Elle est timide et craintive à l'excès : la vue d'un Oiseau de proie l'inquiète. [170] LES ÉCHASSIERS. G et sous l'influence d'un danger imminent, elle prend les postures les plus grotesques. Son régime est à la fois animal et végétal, mais les Insectes, Vers, Mol- lusques, en formenfnéanmoins le lond. La Canepetière est un Oiseau sociable; elle vit par bandes d'une dizaine d'in- dividus, qui ne se séparent qu'à l'époque des amours. A ce moment les mâles se livrent aux mêmes évolutions que celles qui ont été décrites pour l'Outarde barbue. Ils font la roue, hérissent les plumes de leur collerette, laissent pendre les ailes. Ils se provoquent aussi en combat singulier; le plus faible, généralement le plus jeune, est chassé hors de la société, tandis que le vainqueur se promène fièrement autour des femelles. Puis l'accouplement a lieu. La Canepetière établit son nid dans les champs, parmi les herbes. Ce nid est une excavation creusée dans la terre et tapissée de quelques herbes. Les reufs, au nombre de trois ou quatre, ont le volume des œufs de Poule, mais ils sont également arrondis aux deux bouts; leur couleur est d'un brun olivâtre avec des macules irrégulières d'un brun roux. Les jeunes, une fois éclos, se montrent extrêmement gloutons; ils se jettent avec avidité sur les Insectes, notamment sur les Sauterelles et autres Ortho- ptères ; ils mangent aussi des Vers, des Limaces, des petits Escargots. Chasse. — La Canepetière a une chair estimée, rappelant assez bien celle du Faisan. On la chasse de la même façon que l'Outarde barbue, mais cependant avec plus de chances de succès. La Canepetière, en effet, ne reste pas toujours en rase campagne; elle s'aven- ture dans les endroits montucux et un peu couverts, où elle est plus facile à tirer. Quand elle est surprise ou poursuivie, elle se tapit d'abord contre terre, cherche à se cacher, puis, au dernier moment, elle s'envole brusquement et bruyamment, en ligne droite. Captivité. — L'élevage de la Canepetière présente de grandes difficultés, en raison du caractère timide et craintif de cet Oiseau. LES HOUBARAS Caractères. — Les Houbaras ont le bec aussi long que la tète, très déprimé dans les deux tiers de sa longueur a partir de la base, les narines presque médianes, latérales, s'ouvrant dans des fosses nasales larges se prolongeant en un sillon au delà du milieu du bec: les ailes allongées, amples, sur-obtuses, le sommet de la tête, le bas et les côtés du cou ornés de faisceaux de plumes décomposées. Aux caractères distinctifs tirés de la forme du bec et des ornements du cou. s'ajoutent la couleur des ailes, variées de blanc et de noir, et celle de la queue, marquée de trois bandes transversales. Habitat. — Le genre Houbara est représenté par deux espèces dont l'une, 7 LES KAMICHIS. [171] la Hoiihara onciiilde, habite particulièrement le nord de l'Afrique, et l'autre, la Houbara de Maçqiiceii, est propre à l'Asie. La première se montre presque régulièrement chaque année dans le midi de l'Europe. La seconde n'}' apparaît qu'accidentellement. Mœurs. — Les mœurs des Houbarassont les mêmes que celles des Outardes. LES PALAMÉDÉIDÉS La famille des Palamédéidés a été fondée pour deux genres d'Oiseaux de l'Amérique tropicale, auxquels on peut assigner les caractères suivants : Caractères. — Ces Oiseaux ont un corps lourd, massif, un bec crochu rap- pelant à la fois celui des Outardes et celui des Gallinacés; des ailes amples, longues, sur-obtuses, armées au poignet de deux éperons robustes ; des tarses épais, réticulés, de la longueur du doigt médian ; des doigts allongés, au nombre de trois, les deux antérieurs réunis à la base par une étroite palmature, le pos- térieur armé d'un ongle robuste et droit comme celui des Alouettes. Les Palamédéidés ne comprennent que les genres Kamichi et Chauna, chacun d'eux n'étant représenté que par une seule espèce. LES KAMICHIS Caractères. — Les Kamichis ont pour caractères distinctifs ; le front orné d'une corne mince, longue d'environ o'",i5; la ligne naso-oculaire emplumée, la tête et le cou garnis de plumes courtes et veloutées. LE KAMICHI CORNU (Palamedea cornuta). — Caractères. — Cet Oiseau mesure environ o'",8o de longueur. Son plumage est presque entièrement d'un brun noir, à l'exception du ventre et du croupion qui sont d'un blanc pur, du sommet de la tète qui est blanchâtre, du haut de la poitrine dont les plumes sont d'un gris argenté et bordées de noir, des petites couvertures qui sont d'un jaune rougeàtre. L'iris est orangé, le bec brun noir avec la pointe blanchâtre, les taises d'un gris ardoisé. Habitat. — Le Kamichi cornu habite le Brésil, la Guyane, la Colombie, où il est désigné vulgairement sous le nom de Aniuma. Mœurs. — 11 se tient dans les grandes forêts vierges, où il vit par cou- ples durant la saison des amours, et par bandes de quatre à six individus pen- dant le reste de l'année. Il cherche sa nourriture, essentiellement végétale, dans les endroits bas et marécageux. Sa démarche est lente et grave. Il construit son nid sur le sol, mais toujours très près de l'eau. La ponte est de deux (tufs blancs, de la grosseur de ceux de l'Oie. Les petits, à peine éclos, sont déjà en état de courir et de chercher leur nour- riture. [1721 LES ÉCHASSIERS. LES CHAUNAS Caractères. — Les Cliaunas se distinguent des Kainichis par l'absence de corne frontale, celle-ci remplacée par une huppe occupant la région de la nuque; par une ligne naso-oculaire nue. Les plumes de la tête et du cou sont molles, mais non veloutées. LECHAUNA CHAVARIA (*) [Chaiiua chavaria\. — Caractères. — La taille de cet Oiseau est un peu plus faible que celle de son congénère, le Kamichi, elle n'est que de o^jl-îtS. La tête et la huppe sont grises ; les joues, la gorge, le haut du cou blancs; la nuque et la partie antérieure de la poitrine d'un gris cendre foncé, le manteau brun foncé; le bord des ailes, le ventre et le croupion blan- châtres; la ligne naso-oculaire et les lorums d'un rouge de chair; l'iris jaune, le bec noir, les tarses d'un rouge clair. Habitat. — Le Chauna chavaria habite le sud-est du Brésil et la Plata. PAœurs. — Il fréquente les marécages, ou les bords des rivières, dans les endroits où l'eau est peu profonde, le courant peu rapide. Bien que vivant près de l'eau, il ne nage pas. Sa démarche est lente et majestueuse comme celle des Kamichis. Son vol est léger et facile. Il s'élève quelquefois dans les airs à une grande hauteur en décrivant des cercles, comme les Urubus, au.xquels il res- semble d'ailleurs par ses allures et ses longues ailes. Son cri est fort et perçant ; il le fait entendre aussi bien dans le jour que pen- dant la nuit; le mâle et la femelle se répondent alternativement. On rencontre le Chauna chavaria soit isolé, soit en sociétés de plusieurs indi- vidus, soit par couples. Son existence est celle du Kamichi. Il recherche sa nourriture parmi les plantes marécageuses, mais il mange aussi des petits Poissons, des Vers, des Grenouilles. Il niche dans les roseaux, comme les Poules d'eau. Captivité. — Le Chauna chavaria s'habitue mieux à la captivité que le Kamichi. Il s'apprivoise même facilement, et lorsqu'il a été pris jeune, il vit en parfaite intelligence avec les Oiseaux de basse-cour. LES CHARADRllDES Le groupe des Charadriidés a une composition assez hétérogène. Certains genres établissent une transition vers les Outardes; d'autres, tels que les Glaréoles, mériteraient presque d'être isolés dans une famille spéciale. Les Charadriidés, dont le t}pe est le Pliii'ier, sont des Échassiers coureurs, vivant dans les plaines marécageuses ou dans les steppes arides et incultes. Cl PI. \1.11 . — Le Chauna chavaria. 9 LES GL ARE OLE S. [173] Le seul caractère général qui soit constant dans tous les genres, c'est que le bec n'est corné que dans son dernier tiers, il reste membraneux dans les deux tiers postérieurs. LES GLARÉOLES -^ Caractères. — Les Glaréoles ont un bec beaucoup plus court que la tète, convexe, plus large que haut à la base, plus haut que large vers la pointe, à bords mandibulaires dessinant une courbe bien prononcée; des narines ovales, basales, obli- ques; des ailes beaucoup plus lon- gues que la queue, sur- aiguës ; une queue four- chue, des tarses médio- cres, minces, réticulés sur les côtés de l'articulation tibio-tarsienne, scutellés dans le reste de leur étendue; des doigts grêles, le médian et l'externe réunis à la base par une petite membrane. LA QLARÉOLE PRATINCOLE [Gla- reola pratiiicola). — • Caractères. — La Glaréole pratincole a la tète et le dos gris brun; la gorge d'un jaune roussàtre, entourée d'un cercle brun; la poitrine, le ventre et le croupion blancs; les extrémités des rémiges et des rectrices noires, l'iris brun, le bord des paupières rouge ; le bec et les pieds bruns. Sa taille est d'environ o^.'in. Habitat. — Elle habite l'Europe méridionale et orientale, l'Asie et l'Afrique septentrionales. Elle est connue vulgairement sous ditférents noms : Poule des sables, Perdrix de mer, Hirondelle de marais, noms qui rappellent, les uns ses habitudes, l'autre la forme de son corps. Mœurs. — La Glaréole pratincole est un (Jiseau migrateur. Elle arrive dans le midi de la France vers le milieu d'avril et repart vers la lin d'août, voyageant par petites troupes de quinze à vingt individus. Elle se plaît dans le voisinage de l'eau, sur les plages sablonneuses de la Méditerranée, sur le bord des étangs. On la reconnaît de loin à ses allures qui ne permettent pas de la confondre avec aucun autre Echassier. Elle court très bien et vole encore mieux. Sa course La vie des animalx illustrée. IV. — 14 La Glaréole pratincole. [i'ii] LES ÉCHASSIERS. 10 est saccadée comme celle du Pluvier, mais avec cette différence que tout en courant, elle hoche continuellement de la queue. Son vol ressemble à celui de la Mouette, il est remarquable par sa rapidité, sa variété, ses brusques détours. Dans les pays où elle doit se reproduire, la Glaréole vit par couples. On la rencontre, courant ou volant, faisant la chasse aux Insectes, aux larves, aux Libellules, aux Sauterelles, surtout le soir, vers le coucher du soleil. Elle déploie dans ses évolutions autant d'adresse et d'élégance que les Hirondelles, ce qui ajoute encore à la ressemblance qu'elle présente avec celles-ci. La Glaréole niche sur les rives inclinées des marais, dans les steppes dégarnies d'arbres. Son nid consiste en une simple excavation tapissée de chaumes et de racines. Chaque couvée est de quatre œufs courts, ventrus, d'un jaune d'ocrc avec des points et des taches foncés formant des marbrures irrégulières. Le dévouement que montre la mère pour sa progéniture est bien digne de remarque : lorsqu'on s'approche de ses petits, elle accourt en criant, pour les défendre, et ne craint pas de fondre sur les Chiens. La même affection unit tous les individus d'une même bande; lorsque l'un d'eux est tué, les autres viennent en poussant des cris, se poser près de son cadavre, et se laissent tuer à leur tour plutôt que de s'enfuir. Chasse. — Oij chasse surtout les Glaréoles en Hongrie et en Russie. Leur chair, quand elle est grasse, est très succulente. Captivité. — On a pu conserver des Glaréoles pendant plusieurs mois en captivité, en les nourrissant de pain trempé dans du lait, et d'Insectes. Elles s'apprivoisent facilement. LES ŒDICNÈ/HES Caractères. — Aux caractères du groupe s'ajoutent, pour le genre Œdi- cnèmc, un bec de la longueur de la tête, ou plus court, épais, triangulaire, légè- rement déprimé à la base, comprimé dans sa moitié antérieure ; des narines linéaires, étendues jusqu'au milieu du bec; des ailes moyennes, aiguës, n'atteignant pas l'extrémité de la queue, celle-ci conique, composée de douze rectrices; des tarses longs, minces, recouverts d'un réseau de petites écailles; des doigts courts, épais, bordés et réunis à la base par une étroite membrane. L'ŒDICNÈME CRIARD [Œdicnemus crepitans). — Caractères. — Cet Oiseau, dont la taille est d'environ o'",4o, a un plumage assez uniforme rappe- lant celui de l'Alouette : sur un fond roussàtre, se détachent de longues mèches brunes marquant le centre de chaque plume; les lorums, la gorge, le ventre, les cuisses, sont d'un blanc pur; les rémiges noires, avec une tache blanche sur les deux premières, les autres terminées de blanc: les rectrices noires à la pointe, blanches sur les côtés; les paupières, l'iris et la base du bec sont jaunes, le bout du bec noir, les pieds d'un jaune-paille. La femelle porte le même plumage que le mâle. 11 LES ŒDICNEMES. [175] ^^•^ Habitat. — L'Œdicnème criard habite toute l'Europe, particulièrement les contrées méridionales, le nord de l'Afrique et l'Asie occidentale. Sédentaire sur les rivages de la Méditerranée, il est migrateur partout ailleurs. Mœurs. — Il s'établit de préférence dans les plaines crayeuses et sablon- neuses, mais on le trouve aussi parfois dans les prairies humides. Il a des mœurs presque nocturnes; ce n'est qu'après le coucher du soleil qu'il se met en mou- vement pour rechercher sa nourriture exclusivement animale : Insectes divers, petits Limaçons, Lézards, Campagnols, etc. Brehm, qui observa cet Oiseau en Afri ses allures singulières. « C'est, dit-il, un ami de la solitude, qui peu de ses semblables. Il ne se lie à aucune mais il les étudie toutes et sait conformer conduite aux résultats de son expérience, ne sait ce que c'est que la confiance: tout animal lui semble suspect, si- non dangereux. Il observe tout, en toutes circonstances, et se laisse rarement tromper. Il sait qu'il est aussi en sûreté sur les toits en ter- rasse des maisons d'Egypte, que dans nos plaines sablonneuses ; au voisi- nage d'un bois de pins, que dans les cam- pos d'Espagne ou qu'au sein du désert. La confiance qu'il montre en Egypte n'existe qu'en apparence : il se tient sur ses gardes tout aussi bien que chez nous. Cependant, il est rare qu'on l'aperçoive ; il a vu l'homme qui se dirige sur lui, bien avant que celui-ci ait pu soupçonner sa présence. Se trouve-t-il dans une plaine, loin de tout fourré où il puisse se chercher un abri, il se rase et, grâce à la teinte couleur de terre de son plumage, il disparaît complètement aux regards. Un fourré est-il dans son voisinage, il y court rapidement, mais ne s'}' arrête pas ; il le franchit en toute hâte, et gagne les champs du côté opposé à celui par lequel arrive l'ob- servateur. Dans le campo ou dans le désert, il commence par se raser ; mais si on continue à l'approcher, il se lève, court toujours hors de la portée du fusil, se retourne de temps à autre, s'arrête, recommence à courir, et gagne bientôt une avance suffisante, sans qu'il ait été obligé de recourir à ses ailes. Un cava- lier ne peut pas mieux le surprendre qu'un piéton ; il sait que ce n'est que du cheval sans cavalier qu'il n'a rien à craindre. « Sa marche, tant qu'il n'est pas presssé, a quelque chose de raide, de trotti- nant; quand il est poursuivi, il court avec une rapidité étonnante. Son vol est léger, assez facile, mais rarement soutenu ; l'Œdicnème criard sait bien que le Faucon a encore de meilleures ailes que lui. » Sa voix singulière et retentissante se fait entendre après le coucher du soleil. L'Œdicnème criard. [170J LES ÉCHASSIERS. 12 L'Œdicnème criard aime beaucoup à se désaltérer : il franchit souvent plusieurs kilomètres pour aller chaque soir étancher sa soif dans quelque cours d'eau. Au printemps, les mâles se livrent souvent des combats, pour la possession des femelles. La construction des nids a lieu en avril. L'Œdicnème niche dans quelque dépression du sol, dans des endroits pier- reux et les guérets. Sa ponte se compose de deux à quatre œufs, relativement gros si on les compare au volume de l'Oiseau, et de la forme des œufs de Poule; leur couleur est gris jaunâtre ou roussàtre; ils sont tachetés, mouchetés irrégu- ièrement, de gris brun ou de brun foncé. Les pettis, une fois nés, apprennent très vite à capturer les Insectes qui for- ment le fond de leur nourriture, et aussi à se blottir dans les retraites naturelles qu'ils rencontrent à l'approche de quelque danger. Chasse. — L'Œdicnème criard est très difficile à chasser. On a vu plus haut, à propos de ses mœurs, avec quelle adresse il échappe à ses ennemis, sans toutefois les redouter. Aussi ne connaît-on aucun moN'en infaillible pour le capturer ou pour le tirer au fusil. Captivité. — En captivité, il s'apprivoise facilement. LES COURVITES Caractères. — Le genre Courvite est caractérisé par des formes élevées, un bec relativement long, mais plus court que la tête, déprimé à la base, recourbé à la pointe; des narines basales, s'ouvrant dans des fosses nasales peu profondes, ne se prolongeant pas en un sillon; des ailes moyennes, suraiguës, une queue courte, large; des tarses longs et grêles, scutellés; des doigts courts, au nombre de trois seulement. Habitat. — Les Courvites sont propres aux contrées chaudes de l'Afrique et de l'Asie; l'un d'eux fait de fréquentes apparitions en Europe. LE COURVITE ISABELLE [Cursoriiis isatielliniis). — Caractères. — Le Cour- vite Isabelle a, comme son nom l'indique, un plumage couleur Isabelle s'harmo- nisant parfaitement avec la couleur du sable des déserts. Deux lignes noires, séparées par une bande blanche, partant de l'œil et se dirigeant en arrière, limitent l'occiput qui est d'un gris bleu; les rémiges sont d'un brun noir avec l'extrémité jaune rougeàtre ; les rectrices, à l'exception des deux médianes, tachetées de noir et terminées de blanchâtre ; l'iris est brun clair, les jambes bleuâtres, les pieds jaunâtres. La taille de cet Oiseau est d'environ o'°,25. Le mâle et la femelle ne diffèrent pas l'un de l'autre. Habitat. — Le Courvite Isabelle habite toute l'Afrique; il se montre acciden- tellement en Europe. Mœurs. — Il se tient dans les déserts les plus arides, les plus desséchés, là 13 LES PLU VI AN S. [1771 où ne pousse qu'une maigre végétation. Ce n'est pas un Oiseau migrateur, mais il entreprend souvent de grands voyages ; il apparaît subitement dans des régions où on n'est pas habitué à le rencontrer, puis il disparaît aussi rapidement qu'il est venu. C'est surtout à l'époque des amours, que les mâles sont ainsi portés à errer loin de leur domaine. Par ses allures et son genre de vie, il mérite bien le nom de coureur du désert qui lui a été donné. <( Cet Oiseau, dit Brehm, a quelque chose de trop spécial dans ses allures pour qu'on puisse le méconnaître. On voit le mâle et la femelle courir avec une rapidité incroyable, toujours hors de portée de fusil, à quinze pas environ l'un de l'autre. Tant que l'Oiseau court, son corps, ses pattes, se meuvent avec une telle rapidité qu'on ne peut les distinguer. On dirait un Oiseau sans pattes, mû par une force qu'on ne peut s'expliquer. Tout à coup, il s'arrête, il regarde autour de lui, il ramasse quelque chose à terre, et reprend sa course. Là où il n'est pas beaucoup chassé, il se laisse approcher, mais jamais à une distance où le plomb pourrait l'atteindre. On peut ainsi le suivre pendant des heures sans qu'il s'envole. » Néanmoins, son vol est aussi rapide que celui du Vanneau. Le Courvite construit son nid dans quelque touffe d'herbe, au milieu des pierres. Ce nid consiste en une simple dépression creusée dans le sol. Les œufs, au nombre de trois ou quatre, ont le volume de ceux des Pigeons; ils sont courts, ventrus, d'un gris jaunâtre, et semés de points et de traits irréguliers bruns ou cendrés. Chasse. — La chasse du Courvite est assez difficile, car cet Oiseau est très défiant. Il faut, pour l'approcher, tourner autour de lui, en décrivant de grands cercles concentriques. Le plus souvent on le prend dans des pièges. LES PLUVIANS Les Pluvians établissent une transition entre les Courvites et les Pluviers. Ils ont encore la forme du bec des premiers, mais ils se rapprochent des seconds par leurs tarses médiocres, leurs doigts latéraux allongés et leur physionomie générale. LE PLUVIAN D'ÉQYPTE [Plui'ianus ccgfptius\. — Caractères. — Le Pluvian d'Eg\pte mesure environ o°',22. Il a le front, la partie supérieure de la tête et du cou, le dos, amsi qu'une bande en écharpe ceignant le bas du cou, d'un noir profond nuancé de verdâtre ; une bande de même couleur couvre les côtés de la tète depuis les narines jusqu'à la nuque en passant par l'œil. Le reste de la tète et du cou, la gorge, le ventre sont blancs; la poitrine et les flancs d'un brun roux pâle; toute la partie supérieure des ailes d'un gris bleuâtre, les rémiges noires à la base et à l'extrémité, blanches au milieu; les rectrices d'un gris bleuâtre avec l'extrémité blanche. La femelle a le même plumage que le mâle. Habitat. — Le Pluvian d'Egypte habite les bords du Nil et de quelques autres cours d'eau de l'Afrique. ; 178] LES ÉCHASSIERS. 14 Mœurs. — Il se tient sur les plages sablonneuses. Ses mœurs sont peu sociables. On ne le trouve généralement que par couples ou par petites bandes de six à dix individus au plus. « Tout voyageur qui a parcouru l'Egypte, dit Brehm, connaît cet Oiseau, vif, léger, agile, élégant. On le voit avec i sa famille, courant sur le sable, volant à la surface de l'eau, étalant aux re- gards ses belles ailes rayées de blanc et de noir. Sa course rapide n'est pas saccadée comme celle du Courvitc Isa- belle, et rappelle plu- tôt celle du Pluvier. V. Le Pluvian d'E{;yptc. Son vol est vif, facile, mais peu soutenu ; c'est au plus si le Pluvian vole d'un banc de sable à l'autre, et en rasant la surface de l'eau. C'est pendant son vol qu'il fait entendre son cri un peu sifflant : tschip, Ixcliip, trdit. Il crie encore quand il est posé ou qu'il court; il est aussi bavard que le Courvite Isabelle est silencieux. » C'est pour cette raison que les Arabes ont donné à cet Oiseau le nom d'aivr- lisseiif du Crocodile. Le Pluvian se nourrit d'Insectes, de Vers, de petits coquillages qu'il ramasse sur le sable; il va chercher jusque dans la gueule des Crocodiles les débris d'aliments qui sont restés entre leurs dents. Cette dernière particularité, si curieuse qu'elle paraisse, est cependant exacte, et avait été remarquée depuis 15 LES PLUVIERS. [179] les temps les plus anciens. C'est sans doute au Pluvian que se rapportent les récits que Hérodote et Aristote consacrent à un Oiseau qu'ils désignent du nom de Trochilus. C'est en un endroit découvert, dans le sable même de la plage, que le Plu- vian dépose ses œufs. Ceux-ci ont une coquille mate, d'un jaune d'ocre rous- sàtre ; ils sont parsemés de points, de stries, de taches d'un gris rougeâtre, ou d'un brun châtain, assemblés en dessins variés. LES PLUVIERS Caractères. — Les Pluviers ont pour caractères : un bec plus court que la tète, droit, comprimé vers la pointe; des narines étroites, linéaires, s'ouvrant dans des sillons nasaux prolongés au delà du milieu du bec ; des ailes sur- aiguës, pourvues, au poignet, d'un tubercule mousse ; des tarses élevés, minces, couverts sur toutes les faces d'un réseau de plaques hexagones; trois doigts en avant, le pouce rudimentaire ou nul. Leur plumage, varié en dessus de nombreuses taches, et leur queue ornée de plusieurs bandes transversales permettent de reconnaître ces Oiseaux à pre- mière vue. LE PLUVIER DORÉ [Charadriiis aitratiis). — Caractères. — Le Pluvier doré est en dessus d'un noir profond, varié de taches d'un jaune d'or, celles-ci disposées en forme d'écaillés sur le bord des plumes; la gorge, le devant du cou, la poitrine, l'abdomen sont d'un noir lustré encadré de blanc au prin- temps, tacheté de gris jaunâtre avec le ventre blanc, en automne; les côtés de la tête, du cou et de la poitrine varies de taches cendrées, brunes ou jaunâ- tres ; les rémiges sont noires à tige blanche vers l'extrémité ; les rectrices brunes barrées de jaune; le bec, l'iris et les pieds noirs. Habitat. — • Le Pluvier doré habite l'Europe, l'Asie, le nord de l'Afrique. Sédendaire en Angleterre et en Allemagne, il est de passage régulier en Belgique, en Hollande et en France. Il passe l'hiver dans quelques départements lorsque l'hiver est très doux. Mœurs. — Le Pluvier doré est un Oiseau très sociable. Il vit en bandes plus ou moins nombreuses, parcourant les plaines des terrains secs et élevés, recherchant les Insectes, les Vers, les larves dont il se nourrit. Gai, vif, agile, il est à la fois bon coureur et bon voilier. Dans les régions où il vient s'abattre pour se reproduire, on entend retentir de tous côtés son cri mélancolique et plaintif. Il construit son nid à terre, dans quelque dépression qu'il tapisse d'herbes et de chaumes desséchés. Ses œufs, au nombre de trois à cinq, sont relativement gros, d'un jaune olivâtre, avec des points, des taches d'un brun foncé ou d'un brun rouge très irrégulièrement répartis. Il ne fait, en général, qu'une couvée par an, à moins qu'on ne lui ait dérobé ses œufs. [180] LES ECHASSIERS. 10 Ses ennemis sont, en effet, très nombreux; les Renards, les Martes, les Fau- cons, les Buses, les Mouettes détruisent très souvent ses couvées. Chasse. — La chair du Pluvier doré est très estimée, si l'on en croit le proverbe : Qui n'a mangé ni Pluvier, ni Vanneaux, Ne sait ce "que gibier vaut. Cependant, elle a parfois un goiît huileux plus ou moins agréable. Dans le nord de la France, on capture les Pluviers au tilet, en les attirant à l'aide d'un appeau. Captivité. ■ — Le Pluvier doré vit très bien dans les jardins, qu'il débarrasse des Vers et des Limaçons. L'hiver, on le nourrit de mie de pain et de petits morceaux de viande cuite. Le Pluvier fauve qui est propre à l'Asie, à l'Afrique et à l'Océanie, et le Pluvier varié ou Vanneau-Pluvier à\i nord de l'Europe et de l'Amérique, ont sensiblement les mêmes moeurs que le Pluvier doré. LES GUIGNARDS Les Guignards, ou Pluviers des Alpes, se distinguent à peine par leurs carac- tères du genre Pluvier. Ils ont un bec plus mince et moins renflé que ces der- niers, des formes moins trapues. LE QUIQNARD DE SIBÉRIE {Eudromias movinellus). — Caractères. — Le Guignard commun ou de Sibérie, en plumage d'été, a le dos et la partie supé- rieure des ailes d'un noirâtre lavé d'olivâtre, chaque plume étant encadrée de roussàtre, le dessus de la tète noir, la face et les sourcils blancs, la gorge blanche, le bas du cou et le haut de la poitrine d'un cendré rayé transversalement de roussàtre, ces régions étant limitées en bas par une étroite bande noire, doublée d'un large ceinturon blanc; le haut de l'abdomen et les Hancs d'un roux vif, le milieu de l'abdomen noir, le ventre et les sous-caudales blancs, les rectrices ter- minées de blanc pur; le bec et l'iris bruns, les pieds d'un cendré verdàtre. En automne, le plumage du mâle et de la femelle passent en dessus au gris foncé, les parties blanches de la tète se teintent de roussàtre, la poitrine devient grise. Habitat. — Les Guignards habitent le nord de l'Europe, l'Asie, l'Afrique. Ils sont de passage régulier en France en mai et en août. Mœurs. — Ils voyagent en bandes très nombreuses et viennent s'établir, pour nicher, sur les plateaux élevés des montagnes. Leurs mœurs, leurs allures, sont • aussi paisibles, aussi charmantes que celles des Pluviers. Ils font leur nid dans une dépression peu profonde du sol, qu'ils tapissent de quelques racines sèches et de lichens.. La couvée est de trois ou quatre œufs p^'riformes, d'un gris roussàtre ou olivâtre avec de grandes taches noires vers le gros bout. Chasse. — Il est peu d'Oiseaux plus faciles à chasser que les Pluviers. On peut LES GRAVELOTS. [181] les approcher de très près, et quand l'un des individus de la bande est tiré, les autres, au lieu de s'enfuir, se mettent à tournoyer au-dessus du cadavre de leur compagnon et se laissent fusiller à volonté. LES GRAVELOTS Les Gravelots sont de plus petite taille que les Pluviers et les Guignards. Leur bec est mince, plus court que la tète. Ils se reconnaissent à un bandeau de couleur variable qui orne leur front et à un large collier situé au bas du cou. Il en existe plusieurs espèces dont la plus connue est le Gravelot nain. LE GRAVELOT NAIN [Aegialites minor). — Caractères. — Le Gravelot nain est de la taille d'une Alouette. Il a les joues, le sommet de la tête, le dos et les ailes d'un brun cendré, les rémiges latérales, le ventre, la poitrine d'un blanc pur: une double bande transversale noire encadrant une ligne blanche couvre le front: une ligne naso-oculaire noire se prolonge un peu en arrière de l'œil; l'iris est brun, les lorums d'un Jaune doré : le bec noir, les pattes rougeàtres. Habitat. — Cet Oiseau, désigné aussi sous les différents noms de Plu- vier des Philippines, Petit Pluvier à collier, Plui'ier de rivage. Alouette de mer, a une aire de dispersion assez étendue. On le ren- contre dans une grande partie de l'Europe, surtout dans les contrées méridio- nales, en Asie et en Afrique. Mœurs. — Il vit en sociétés moins nombreuses que les Guignards. Il s'établit sur les rives des cours d'eau, des étangs, au bord de la mer, quelquefois dans les champs sablon- neux, à une assez grande distance de l'eau. Ses mouvements sont vifs et légers; il court avec une rapidité surprenante- en volant, il pousse souvent de petits cris aigus. Ses moeurs sont presque noctur- nes, comme celles de la plupart des Charadriidés ; il ne déploie toute son activité que le matin de très bonne heure, et le soir, après le coucher du soleil. D'un naturel doux et paisible, il témoigne à sa compagne et à ses petits le plus grand attachement. Devant l'homme, il n'est craintif que dans les régions où on lui fait la chasse. Le Gravelot nain. [18-2] LES ÉCHASSIERS. 18 Il se nourrit d'Insectes, de larves, de coquillages qu'il va parfois cherclicr sous les pierres du rivage, et même dans l'eau. Pour construire son nid, la femelle se contente de creuser une légère dépres- sion dans un endroit sablonneux de la rive, à une centaine de pas du bord de l'eau. Elle pond en mai, trois ou quatre œufs pvriformcs d'une couleur gris jaunâtre, semés de points et de taches d'un brun noir. Elle couve surtout pendant la nuit; le mâle la relaie de temps en temps. Les jeunes éclosent au bout de quinze à seize jours; ils sont d'abord nourris par leurs parents, mais ils sont très vite en état de se suffire à eux-mêmes. Aussitôt que les couvées sont terminées, tous les jeunes Gravelots d'un même canton se réunissent et se mêlent aux troupes des autres petits Echassiers qui se disposent à émigrer. LE QRAVELOT HIATICULE ou Grand Pluvier à collier. — D'une taille un peu supérieure à la précédente, cette espèce s'établit particulièrement sur les dunes et les plages sablonneuses de nos côtes. Son aire de dispersion, ses moeurs, sont analogues à celles du Gravelot nain. LE QRAVELOT DE KENT OU PLUVIER A COLLIER INTERROMPU. — Il af- fectionne aussi les rivages de la mer de préférence aux bords des cours d'eau. Il se mêle, au printemps et à l'automne, aux bandes de Gravelots hiaticules et aux autres Echassiers qui fréquentent à cette époque le voisinage de nos côtes. LES HOPLOPTÈRES Caractères. — Les Hoploptères tiennent à la fois des Gravelots et des Van- neaux, mais ils sont surtout caractérisés par la présence au pli de l'aile, d'un ergot corné, aigu. Leurs tarses sont minces et élevés, leurs doigts grêles, au nombre de trois seulement. L'HOPLOPTÈRE ÉPINEUX {Hoplopleriisspinosits). — Caractères. — L'Hoplo- ptère épineux mesure environ o'",3o. Il a le manteau d'un gris brun; la tête et la face inférieure du corps noires; les côtés de la tête, du cou, du ventre, la partie postérieure du cou, le croupion et une large bande au milieu de l'aile d'un blanc pur; les extrémités des rémiges et des rectrices noires. Habitat. — Connu aussi sous le nom de Vanneau à éperon, cet Oiseau se ren- contre dans la Sénégambie, l'Abyssinie, l'Egj^pte ; il s'avance dans ses migrations jusque dans la Turquie d'Europe, la Grèce, le midi de la Russie. Mœurs. — Il fréquente de préférence les rives des lacs à eau saumàtre, les bords des grands fleuves. Son genre de vie est à peu près le même que celui du Van- neau. Mais il vit en petites sociétés ou par couples. Il se nourrit d'Insectes, de coquillages, de ^'ers qu'il ramasse sur le sable. l'J LES VANNEAUX. [1831 Ses allures sont vives et joueuses, sa course rapide, son vol élégant, son carac- tère remuant et querelleur. Il est toujours en mouvement, la nuit aussi bien que le jour. L'activité extraordinaire qu'il déploie explique bien cette légende arabe, qui dit que le siksiik, nom sous lequel il est désigné en Egypte, ne dort jamais. La moindre chose inaccoutumée lui fait pousser des cris perçants. Il s'élance en criant jusque sur les Corbeaux, les Oiseaux de proie, et les met en fuite par ses démonstrations belliqueuses. L'Hoploptère épineux niche dans les champs humides ou sur les bancs de sable qui bordent les lacs. Sa ponteest de trois ou quatre œufs d'un gris olivâtre ou d'un jaune verdàtre, pointillés et tachés de noir et de brun cendré. LES SARCIOPHORES OU VANNEAUX A CARONCULES. — Ces Oiseaux, reconnaisables aune caroncule membraneuse insérée à la base du bec, et à unesaillie cornée en avant de l'œil, servent de tran- sition entre les Hoplo- ptères et les Vanneaux. Leurs mœurs tiennent d'ailleurs et des uns et des autres. Ils sont propres au con- tinent africain. LES CHÉTUSIES. — Certains auteurs ont éta- bli ce genre pour quel- ques espèces très voisines des Vanneaux, mais qui se distinguent de ceux-ci par des tarses plus élevés, un bec plus allongé, plus mince, des jambes dénudées sur une plus grande étendue, des formes plus trapues, et l'absence de huppe sur la tète. Ils habitent l'Asie et l'Afrique. Leurs mœurs sont celles des Vanneaux. Ces près d'eux que se range aussi une espèce de la Nouvelle-Zélande : VAiiarliytichus frontalis. LES VANNEAUX Caractères. — Le genre Vanneau est caractérisé par un bec plus court que la tète, mince, brusquement renllé, des narines linéaires, longitudinales, les sillons nasaux s'étendant jusqu'aux deux tiers du bec; des ailes amples, subaiguës, pour- vues au poignet d'un éperon corné; une queue médiocre; des tarses longs, minces, réticulés de toutes parts; quatre doigts^ dont trois en avant, un en ar- L'Anarhynque de la Nouvelle-Zélan Je. [184] LES ÉCHASSIERS. 20 rière, articulé assez haut, ne portant à terre que par l'extrémité de l'ongle; une tête ornée d'une petite touffe de plumes relevées; un plumage coloré par grandes masses. LE VANNEAU HUPPÉ [Vauelliis ci-islaltis). — Le Vanneau huppé est un Oiseau bien connu des chasseurs au marais. Caractères. — Sa taille est d'environ o°',34. Son plumage est, en dessus, d'un vert foncé à reflets métalliques rouges et dorés. Le sommet de la tête, la gorge, le haut de la poitrine, et une ligne au- dessous de l'œil sont noirs; toutes les autres parties de la tête, du cou et de la face inférieure du corps sont blanches; les rémiges sont noires, la queue blanche dans sa première moitié, noire dans le reste de son étendue; le bec et l'iris sont noirs, les pieds d'un rouge clair. La femelle porte une huppe plus courte que le mâle: son plumage a des redets moins brillants. En automne, les deux sexes ont un plumage terne. Habitat. — Le Vanneau huppé est répandu dans toute l'Europe: on le trouve aussi en Asie et dans l'Afrique septentrionale. IVlœurs. — C'est un Oiseau migrateur: son passage au printemps dans le nord de la France a lieu dans les premiers jours de mars; son passage d'au- tomne a lieu vers la hn de novembre ou le commencement de décembre. Il voyage en bandes nombreuses qui vont s'abattre dans les marécages, les plaines basses et humides. Cependant, on ne peut pas le considérer tout à fait comme un Oiseau de marais, car dans certaines contrées, telles que les steppes arides de la Russie, on le rencontre dans les parties entièrement désertes, couvertes d'un sable mouvant et n'offrant, çà et là, que quelques îlots de ver- dure. « Celui qui a pu observer les mœurs et les allures du Vanneau, dit Brehm, apprend vite à l'aimer, et pourtant il excite parfois la colère de l'homme. Le chasseur hait en lui l'Oiseau vigilant qui avertit souvent de la présence d'un ennemi tout le gibier d'eau ; mais pour celui qui n'est point passionné pour la chasse, le Vanneau est toujours un être agréable à voir, qu'il vole ou qu'il coure. C'est un des premiers messagers du retour du printemps ; il arrive chez nous en même temps que l'Etourneau et que l'Alouette; nous le voyons souvent que l'hiver règne encore, et lorsqu'il a fort à souffrir de la faim. Pour lui, plus que pour les autres Oiseaux, on a remarqué que la grande bande immigrante était précédée de quelques avant-coureurs, chargés, dirait-on, d'an- noncer leur arrivée et de préparer les logements. Souvent, leurs espérances sont cruellement déçues : c'est ce qui arrive quand le temps vient à changer. Une neige qui tombe assez tard au printemps recouvre leurs aliments. Ils semblent espérer un meilleur avenir; ils ne peuvent se décider à la retraite : ils vont d'une source à l'autre, errent dans le pays, mais, tout en espérant, ils pâtissent, ils maigrissent et finissent par périr. En général, cependant, les immi- grants arrivent au bon moment et supportent sans accidents les derniers retours de l'hiver. A l'époque des migrations, on entend souvent jusque dans la nuit leur 21 LES VANNEAUX. [185] voix caractéristique ; et pendant le jour, on en voit, surtout dans les plaines et les valle'es, au bord des rivières, des bandes nombreuses qui continuent leur voyage. Une fois arrivés dans leur patrie, les Vanneaux se dispersent, chaque paire demeurant fidèlement unie. Alors commence la vie d'été avec ses joies et ses plaisirs, mais aussi avec ses soucis et ses peines. ■' Le Vanneau évite, autant que possible, le voisinage des habitations; il sait qu'il a tout à craindre non seulement de l'homme, mais des Chats et des Chiens qui pourraient décou- vrir son nid. Il est d'ail- leurs d'un natu